Les nouveaux territoires du Louvre

Présentation et entretien avec Agnès Alfandari, directrice du Service Multimédia du Musée du Louvre

Du futur, du sacré et du sens

Aujourd’hui l’accès à tous… et aux artistes contemporains !

Plus que jamais, entre 2009 et 2012, Le Louvre a continué de plus belle sa politique de démocratisation de l’accès à ses œuvres mais également d’ouverture vers le monde de l’art d’aujourd’hui.

Illustration de ce désir de s’ouvrir à tous grâce au multimédia : «Le grand Louvre des petits», première application électronique jeunesse, qui vient de sortir en avril 2012. Les éditions du Louvre et les Editions Gallimard Jeunesse se sont associées pour faire découvrir le musée du Louvre aux enfants de 3 à 7 ans via une visite interactive et ludique autour de 16 œuvres et plus de 12 activités ludo-éducatives. L’application est disponible sur l'App Store pour iPad, iPhone, iPod Touch en français et en anglais.

Le Louvre a par ailleurs poursuivi son dialogue entre «art contemporain et art patrimonial». C’est d’abord Patrice Chéreau qui a été le grand invité du Louvre à l’automne 2010 avec son programme intitulé «Les visages et les corps». Soit une œuvre «à fragmentations» constituée d’expositions, de théâtre, de danse, de lecture, de musique et de cinéma...

Une vidéo de Patrice Chéreau, interviewé par Patrick Cohen dans le 7/9 de France Inter (8h20 - 29 octobre 2010).

Enfin, depuis le 8 mars et jusqu’au 11 juin 2012 à l’occasion du cycle consacré aux arts du livre, le Louvre accueille l’écrivain et réalisateur belge Jean-Philippe Toussaint, qui s’empare de l’aile Sully du musée pour une expo sur le livre… sans passer par l’écrit : «Livre/Louvre, un hommage visuel à la littérature».


Jean Philippe Toussaint, néon Livre/Louvre, 2012 Néon, création © J.P. Toussaint
Jean Philippe Toussaint, Mains, Détails Photographies © J.P. Toussaint, 2012

L’interview : la philosophie en actes du Louvre

Au fond, tous ces outils que sont le Web, la mobilité, les dispositifs multimédias «in situ» participent à un objectif commun, celui de l'accessibilité et d'une plus grande démocratisation...

Il ne faut pas perdre de vue que l'arrivée de la médiation multimédia « in situ » ou de la médiation via la mobilité sont des choses très récentes au Louvre. De la même façon, sur Internet, la multiplication des plates-formes sur lesquelles le Louvre peut apparaître et intervenir est également quelque chose d'assez nouveau.
S'agissant de l'accessibilité, Internet est un canal prépondérant. Il s'agit de voir quelle place le Louvre veut avoir sur ce territoire-là, et quel lien il veut créer avec son public...
Pour les dispositifs «in situ», il s'agit d'en déterminer les spécificités qui peuvent réellement nous aider dans nos missions de conservation, de recherche, d'éducation, de diffusion, de démocratisation en effet, mais aussi, prosaïquement, de gestion de flux des visiteurs... C'est une question fondamentale pour le Louvre puisque c'est le musée qui accueille le plus de visiteurs au monde, avec parfois des pics de fréquentation assez vertigineux. C'est comme à Venise. À Venise, si vous descendez à la gare et que vous allez à San Marco, c'est fléché et les ruelles sont bondées... Mais si vous circulez dans les ruelles parallèles, il n'y a plus personne ! Au Louvre, c'est pareil. On a un circuit qui grimpe l'escalier Denon jusqu'à la Victoire de Samothrace et qui ensuite s'engouffre dans la grande galerie et aboutit dans la salle de la Joconde... En revanche, vous avez des espaces qui sont plus désertés. Par conséquent, une des questions que l'on traite aussi dans le cadre du multimédia, c'est celle du flux... Par exemple, est-ce que le multimédia peut être utilisé comme « aimant », pour attirer les visiteurs dans des espaces qui sont moins connus ?... En proposant une attraction multimédia étonnante, nouvelle, peut-on essayer de répondre en partie à ces questions de gestion de flux ?... Le multimédia est un nouvel outil de relation avec le public, de proposition au sein du musée, et son utilisation peut et doit répondre à de multiples objectifs...

Si on se projette dans dix ans, quel est le pari du Louvre ?... Que ceux qui sont aujourd'hui des enfants aient envie demain de venir au musée ?

Qu'ils aient envie de venir au musée du Louvre et surtout qu'ils se sentent proches de ce que le musée propose. Et pas forcément le musée physique, encore une fois. Que le musée fasse partie du quotidien, qu'il n'y ait pas de sacralisation de l'œuvre d'art, du lieu, que ce soit quelque chose de très naturel et de très partagé... Le vrai pari est là : faire en sorte que le patrimoine appartienne au quotidien, que ce soit un sujet de délectation, de plaisir, et de partage.

Mais les gens viennent au Louvre parce que c'est aussi un «Monument», parce que justement, le Louvre, c'est sacré !... De plus, comme on le sait, le patrimoine est souvent associé à quelque chose d'un peu mortifère, hors de la vie, du vivant...

Il y a une politique très forte au musée du Louvre, animée par Henri Loyrette, son directeur, qui est vraiment de dire, et de le dire avec force, que le Louvre est un lieu vivant, un lieu de création... C'est pour cela qu'il a ouvert les portes à l'art contemporain, et de façon très importante, à la fois pour les décors pérennes, c'est-à-dire la décoration intérieure et définitive du musée, mais aussi dans le cadre d'expositions temporaires. Il y a eu l'année dernière l'intervention d'Anselm Kiefer, il y a un projet de plafond avec Cyd Twombly, l'art contemporain a vraiment sa place au Louvre... Et c'est aussi un lieu de vie et de création dans la mesure où le Louvre propose des moments de vie à ses visiteurs, des concerts, des spectacles, de la danse dans les salles, énormément de choses...
Pour moi, le Louvre est d'abord et avant tout un lieu vivant... Nous avons un petit slogan entre nous, qui dit : «Le Louvre, ouvert au public depuis 1793 !», comme on pourrait le dire de Darty ou de Tati... Le Louvre est dans la ville, c'est ouvert, ça existe, et ça vit ! C'est vraiment un lieu très actif. D'ailleurs, c'est ce qu'on tâchera de montrer sur le nouveau site, en incluant beaucoup de vidéo. Nous voulons montrer qu'il y a beaucoup de créations dans ce musée, qu'il y a des gens, derrière, qui le font vivre et qu'il s'y passe beaucoup de choses, avec des « vrais gens », qui agissent, qui bougent, qui rient !... Le Louvre, ce n'est pas des objets morts accrochés à des cimaises !... Il y a une vitalité très forte dans ce musée.

Avec cette présence de l'art contemporain au Louvre, qui est l'un des lieux patrimoniaux les plus connus au monde, est-ce qu'il n'y a pas le risque d'une perte de sens ?...

Je pense au contraire qu'on arrive à avoir une programmation contemporaine qui a beaucoup de sens par rapport aux objets que nous conservons. Il ne s'agit pas de faire venir quelqu'un pour faire venir quelqu'un. Quand Bill T. Jones danse autour des sculptures, il y a vraiment une logique, ce n'est pas du tout «gadget» ou illogique par rapport au Louvre en tant que conservatoire, cela fonctionne complètement. Cette confrontation entre danse et sculptures interroge notre rapport au corps, à l'esthétisme du corps et de sa représentation... Les expositions d'art contemporain sont très souvent des contrepoints aux expositions que le musée programme, et ces contrepoints créent des passerelles inédites, des «passages de sens» très dynamiques et très enrichissants... En réalité, c'est une tradition qui se poursuit. Henri Loyrette n'est pas à l'origine de cette ouverture du Louvre à l'art contemporain. Delacroix passait son temps au Louvre, Picasso aussi... Il y a toujours eu un dialogue entre les artistes contemporains et le musée du Louvre. Henri Loyrette n'a fait que le réactiver. Et d'ailleurs, cette ouverture à l'art contemporain rejoint notre préoccupation globale autour du multimédia, de la question du multimédia au Louvre, et notamment s'agissant du Web, en tant que territoire hybride, vivant, partagé... Jusqu'à présent, on avait un discours assez «ascendant» vers le public, et l'on aimerait aussi permettre le discours singulier de l'individu face à ce que nous sommes... C'est en tout cas l'un des enjeux que nous nous fixons. 

Ecouter le sixième fragment de l’interview d’Agnès Alfandari

Agnès Alfandari, directrice du Service Multimédia du Louvre, où il est question du sens et des perspectives des aventures multimédia du Louvre.

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