Les nouveaux territoires du Louvre

Présentation et entretien avec Agnès Alfandari, directrice du Service Multimédia du Musée du Louvre

Le Louvre et le Web 2.0

Aujourd’hui la communauté en ligne du Louvre

En 2012, l’idée d’une communauté internationale de «proches» du Louvre est plus importante que jamais pour le musée. Il ne faut donc pas voir la fermeture du site communaute.louvre.fr, site expérimental participatif du musée du Louvre en partenariat avec Orange, comme un échec mais comme l’étape qui lui permet de multiplier désormais les offres de participation, que ce soit via Facebook, Twitter ou son site Web « amiral ».

En effet, selon le communiqué de presse à propos de ce site expérimental, «ce projet pilote était l'occasion pour le Louvre de tester des outils participatifs afin d'identifier les fonctionnalités à intégrer de façon pérenne dans le nouveau site louvre.fr et a permis de prendre la mesure concrète de ce qu'impliquent de tels outils en termes d'animation, de modération et d'administration.» L'intégration dans l'espace personnel de louvre.fr des outils qui ont remporté l'adhésion des membres a été engagée dès la fin de l'année 2011 et est annoncée tout au long de l'année 2012.`

Le vendredi 23 mars 2012, par exemple, Le Louvre a créé un événement pour aller à la rencontre de 1000 des 527000 «fans» de la page Facebook du musée dans le cadre d’une nocturne. L’objectif était de valoriser les fans du musée du Louvre et de donner envie aux visiteurs qui étaient là de suivre Le Louvre sur les réseaux sociaux. Bilan de la soirée : 25000 nouveaux abonnés à la page Facebook d’un des musées les plus visités au monde (près de 9 millions de visiteurs par an).


Le Louvre sur Facebook (avec en image l’annonce de l’exposition phare du moment «La Sainte Anne, l’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci», du 29 mars au 25 juin 2012) – Capture d’écran.

L’interview : sur l’ambition « participative » du Louvre

En 2009, on parle d'un projet de site participatif sur le site Louvre.fr, avec en perspective la création d'une communauté... Qu'en est-il exactement, et quelles en sont les ambitions ?

Nous sommes en train de travailler sur la refonte du site actuel. Son premier objectif est de repenser et de simplifier l'approche en ligne des différentes collections. Mais il nous a semblé absolument indispensable de nous tourner également vers les nouveaux usages qui sont apparus sur le Web, de participation, de communauté, d'échange, de partage, etc., ce qu'on appelle communément le Web 2.0.
Internet est devenu maintenant un territoire en soi. Rattacher le site louvre.fr au musée «physique» parisien n'a plus autant de sens qu'auparavant.
Aujourd'hui, louvre.fr a comme perspective de devenir l'un des territoires du Louvre, à égalité avec les autres territoires, comme le Louvre à Lens, comme le Louvre à Abou Dabi, comme certains partenariats aux Etats-Unis ou en Asie... Et dans cette perspective, il est impossible d'imaginer un territoire où les gens ne puissent pas partager, délivrer des informations, se parler, etc. D'où l'idée de la communauté.
Via ce site participatif, nous voulons créer un lien, une relation durable avec le public. Que ce soit le public averti, désireux de partager ou d'amplifier ses connaissances, ou le très grand public qui pourra poster ses photos, ses vidéos, partager ses émotions. C'est une logique résolument participative, ouverte.
Par ailleurs, nous sommes très intéressés par la communauté éducative. Le Louvre souhaite devenir un outil de l'éducation artistique à l'école, au travers de modules multimédias dédiés, de plates-formes d'échange, de débat, de partenariat entre les classes, etc. Cette dimension éducative est l'une des grandes ambitions de ce projet.

Avec ce projet de site communautaire, le Louvre entre en quelque sorte dans la modernité du Web... Il ne s'agit plus seulement de donner accès au Louvre mais de proposer toute une gamme d'outils en fonction des désirs ou des besoins de communautés très diverses...

C'est aussi une façon d'acter quelque chose qui existe aujourd'hui.
Le Musée du Louvre a un site officiel, louvre.fr, mais le musée du Louvre existe sur Internet indépendamment du site. Il y a des pages Louvre dans Facebook, des espaces Louvre sur Dailymotion ou sur YouTube, c'est un fait. Nous ne sommes plus les seuls à «posséder» le musée du Louvre. Et cela nous intéresse de dialoguer avec ces «autres Louvres» qui existent, plutôt que de nier leur existence...
La communauté sera aussi un moyen de se mettre en lien avec Flickr, avec Twitter, avec Facebook, YouTube, Dailymotion et autres sites participatifs, de fédérer ces différents espaces communautaires qui de toute façon existent... Mais plus profondément, c'est aussi «acter» que le Louvre ne peut pas tout contrôler, et que vouloir tout contrôler n'a pas d'intérêt et de sens aujourd'hui. C'est là un aspect très fort du projet et qui touche à la philosophie du Web 2.0. Le patrimoine Louvre appartient à tout le monde, le musée physique du Louvre ne fait que le conserver dans les meilleures conditions pour pouvoir le transmettre de génération en génération. Ce patrimoine Louvre appartient à la Nation, et bien au-delà de la Nation puisque nous avons une collection très encyclopédique et universelle...

En vous écoutant, je pensais au détournement de la Joconde par Picabia et Duchamp en 1919, la Joconde à la moustache, et ce titre : «LHOOQ»... Cette ouverture du Louvre aux différentes communautés, peut-elle aller jusque ce type de détournement ironique ?... Qui dit site participatif dit contradiction, pluralité, création, débat... Et cela peut choquer certains...

Nous voulons vraiment jouer ce jeu du participatif. Cet espace communautaire sur louvre.fr, nous souhaitons en faire un espace de création et de contribution. Nous nous sommes beaucoup interrogés sur la cohabitation entre le discours officiel, l'information validée, ce qui constitue le label qualité du site Louvre, reconnu par tous, et l'ouverture au discours «non autorisé», libre en un mot... Notre réponse est de proposer un espace communautaire clairement identifié où l'internaute pourra s'exprimer en toute liberté. De notre point de vue, la clé de cette proposition se trouve dans la localisation précise des échanges. Il s'agit de bien faire connaître d'où vient la parole, son contexte, pourquoi pas de l'accompagner, et en quelque sorte de pouvoir « flécher » l'information...
Par exemple, nous avons plusieurs collections sur louvre.fr, notamment des parcours de visite.... Dans cette logique communautaire, les gens pourront proposer des parcours nouveaux, atypiques, singuliers... L'idée, c'est de laisser ouverte cette possibilité et de créer des passerelles entre le site officiel et le site communautaire. Tel parcours de visite particulièrement intéressant pourra être proposé sur le site officiel, signé par son auteur, à l'égal de tous les autres articles du site... Quant à la question de savoir si cela peut aller jusqu'au détournement à la Picabia ou à la Duchamp, pourquoi pas ! La seule question, finalement, c'est la question de l'intelligence et de la pertinence du propos... C'est un pari sur l'intelligence.

Nous songeons aussi à d'autres formes de participation, comme de proposer un dictionnaire de l'histoire de l'art, assez grand public, qui permettra d'expliquer les grandes notions, les périodes, les techniques artistiques... Et là encore, dans l'esprit de Wikipédia, ce dictionnaire sera contributif... L'enjeu va être de tester la qualité de cette communauté, l'envie des gens d'y participer, mais aussi de vérifier si le Louvre dispose de la capacité de séduction nécessaire pour faire vivre ce type de projet communautaire.


Côté pile, le «Portrait de Monna Lisa» par Léonard de Vinci, dit «La Joconde», le tableau le plus célèbre du Louvre. Côté face, «LHOOQ», son détournement de 1919 par Marcel Duchamp et Francis Picabia.Question : la liberté de ton, le scandale, la provocation, les points de vue iconoclastes ont-ils leur place sur le site d’un musée ? - Copyright photo : © 2007 Musée du Louvre / Angèle Dequier

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Écouter le cinquième fragment de l’interview d’Agnès Alfandari

Agnès Alfandari, directrice du Service Multimédia du Louvre, autour des projets de site participatif et communautaire du Louvre.

Durée : 12mn Télécharger

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