Les nouveaux territoires du Louvre

Présentation et entretien avec Agnès Alfandari, directrice du Service Multimédia du Musée du Louvre

Le Museum Lab de Tokyo

En 2012, c’est au Museum Lab de Tokyo que sont présentées les premiers dispositifs multimédia autour du Portrait de Luis María de Cistué de Goya, avant d’être accueillis à Paris en juin 2013. Soit la preuve que ce lieu dont Agnès Alfandari soulignait l’importance il y a un peu moins de trois ans reste une pièce essentielle de l’ambition multimédia du Louvre…

Est-ce que vous pouvez nous parler du Museum Lab de Tokyo, qui est un lieu d'exposition, très réel, une sorte de laboratoire des technologies et des usages multimédias de demain ?

C'est un projet qui existe depuis 2006, en partenariat avec la société japonaise Dai Nippon Printing (DNP). Cette association nous permet d'organiser deux fois par an, au sein du siège social de DNP, sur un espace de 100 m2, des expositions qui expérimentent à chaque fois une dizaine de dispositifs de médiation multimédia autour d'une œuvre ou d'un petit groupe d'œuvres...
Il s'agit vraiment d'un laboratoire à échelle réelle, qui est ouvert au public. Il nous permet d'identifier et de tester différents champs de recherche. Par exemple, comment un dispositif multimédia cohabite avec l'œuvre originale, comment le multimédia peut aider à contextualiser une œuvre d'art, notamment lorsqu'il s'agit d'œuvres archéologiques... Par ailleurs, il y a toutes les questions liées aux usages : un dispositif multimédia doit-il nécessairement être interactif ? Comment peut-on proposer des dispositifs à des groupes ?, etc. Ce projet nous permet de tester des technologies qui nous semblent prometteuses dans le cadre de la médiation, comme la réalité augmentée, la 3D, les puces RFID (Radio Frequency IDentification) ou encore la très haute définition... Chaque dispositif correspond à une grille d'hypothèses qui sont évaluées. Au fil des expériences, c'est plus d'une soixantaine de dispositifs multimédias qui ont été testés et évalués. Nous disposons aujourd'hui d'une sorte de catalogue d'exemples de ce que le multimédia peut apporter en termes de médiation.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples précis de dispositifs testés au Museum Lab ?

En 2007, par exemple, lors d'une exposition de figurines grecques antiques, on a imaginé un dispositif qui permettait de fabriquer sa propre statuette. Un système d'objet intelligent muni de puces RFID, que l'on posait sur un pupitre, déclenchait des animations qui expliquaient le processus de fabrication... Ce dispositif associait des sortes de cubes en plexi contenant différentes matières, différents choix d'argiles, différents choix de moules, différents choix de pigments... Étape après étape, vous parveniez réellement à façonner votre propre statuette, en fonction de vos choix.


Dans ce dispositif présenté par le Museum Lab de Tokyo pour «simuler» la fabrication de statuettes en argile, l’écran et l’objet «intelligent» muni d’une puce RFID se marie à des argiles et des pigments à l’air bien plus « matériel »… 
© Photo DNP / Louvre - DNP Museum Lab, Tokyo

Autre exemple : dans cette même exposition, on a reproduit avec des projections la tombe dans laquelle ces figurines ont été trouvées. Et vous aviez la possibilité, grâce à des pupitres interactifs où deux personnes pouvaient interagir en même temps, d'entrer dans la peau d'un archéologue, de fouiller les différentes couches de la tombe, les différentes sédimentations, pour arriver à l'endroit précis où se trouvaient les figurines au moment de leur découverte...En ce moment, l'exposition en cours présente des portraits romano-égyptiens. Ces portraits réalistes sur panneaux de bois ont été peints avec une technique très particulière, qui est celle de l'encaustique. Nous avons mis au point un dispositif d'écran mobile qui permet de découvrir les techniques utilisées et le savoir-faire de l'époque. Depuis le panneau de bois, les couches préparatoires, les premiers dessins aux grands traits, les grandes masses de couleurs, puis les petits détails en rehaut avec des couleurs plus claires, puis la feuille d'or s'il y a des feuilles d'or, etc. Là aussi, on expérimente et on observe. L'approche matérielle des œuvres nous semble être une approche très pertinente, notamment pour le grand public. Il s'agit de faire découvrir une œuvre d'art par le « faire » et non par le discours.

Le projet Museum Lab va-t-il se poursuivre ?

Oui, l'expérimentation se prolonge pour trois ans de plus, et nous en sommes très heureux.
Il faut savoir que grâce au Museum Lab, il s'est développé en interne une compétence qui n'existait pas au Louvre auparavant. Le Museum Lab est pour partie responsable de l'intégration du multimédia «in situ» au Louvre Paris. Aujourd'hui, le Louvre a beaucoup de projets de médiation multimédia, notamment dans les nouveaux espaces qui sont en cours d'ouverture ou de réaménagement... Il y a maintenant une sorte de logique d'intégration du multimédia au Louvre. Lorsqu'il s'agit de repenser un espace, ou de créer un nouvel espace, la dimension multimédia y est, de fait, intégrée. Le Museum Lab a vraiment permis de convaincre puis de créer en interne une compétence en conception et production de dispositifs qui n'existait pas jusqu'alors...
Beaucoup de nos confrères, et notamment de musées étrangers, sont intéressés par ce projet. Clairement, on voit qu'il y a là une offre nouvelle qui peut intéresser un public différent. Par ailleurs, c'est aussi un type d'exposition qui mobilise peu d'œuvres, ce qui a son importance. Ce type d'exposition «laboratoire» permet d'exposer des œuvres de grande qualité tout en répondant à des soucis de conservation, de déplacement d'œuvres... On peut montrer un choix restreint d'œuvres et proposer un grand nombre de dispositifs de découverte, susceptibles de passionner les visiteurs... Il y a là quelque chose de très intéressant, pour le Louvre bien sûr, mais aussi pour tous les autres musées.


Une autre animation proposée par Museum Lab de Tokyo, plus mystérieuse encore…- © Photo DNP / Louvre - DNP Museum Lab, Tokyo

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Écouter le quatrième fragment de l’interview d’Agnès Alfandari

Agnès Alfandari, directrice du Service Multimédia du Louvre, à propos du musée «laboratoire» que le Louvre a créé à Tokyo.

Durée : 12mn Télécharger

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