Les nouveaux territoires du Louvre
Un entretien avec Agnès Alfandari, directrice du Service Multimédia du Musée du Louvre. Par Yvon Le Mignan.
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Du futur, du sacré et du sens Au fond, tous ces outils que sont le Web, la mobilité, les dispositifs multimédias « in situ » participent à un objectif commun, celui de l'accessibilité et d'une plus grande démocratisation... Il ne faut pas perdre de vue que l'arrivée de la médiation multimédia « in situ » ou de la médiation via la mobilité sont des choses très récentes au Louvre. De la même façon, sur Internet, la multiplication des plates-formes sur lesquelles le Louvre peut apparaître et intervenir est également quelque chose d'assez nouveau. Si on se projette dans dix ans, quel est le pari du Louvre ?... Que ceux qui sont aujourd'hui des enfants aient envie demain de venir au musée ? Qu'ils aient envie de venir au musée du Louvre et surtout qu'ils se sentent proches de ce que le musée propose. Et pas forcément le musée physique, encore une fois. Que le musée fasse partie du quotidien, qu'il n'y ait pas de sacralisation de l'œuvre d'art, du lieu, que ce soit quelque chose de très naturel et de très partagé... Le vrai pari est là : faire en sorte que le patrimoine appartienne au quotidien, que ce soit un sujet de délectation, de plaisir, et de partage. Mais les gens viennent au Louvre parce que c'est aussi un « Monument », parce que justement, le Louvre, c'est sacré !... De plus, comme on le sait, le patrimoine est souvent associé à quelque chose d'un peu mortifère, hors de la vie, du vivant... Il y a une politique très forte au musée du Louvre, animée par Henri Loyrette, son directeur, qui est vraiment de dire, et de le dire avec force, que le Louvre est un lieu vivant, un lieu de création... C'est pour cela qu'il a ouvert les portes à l'art contemporain, et de façon très importante, à la fois pour les décors pérennes, c'est-à-dire la décoration intérieure et définitive du musée, mais aussi dans le cadre d'expositions temporaires. Il y a eu l'année dernière l'intervention d'Anselm Kiefer, il y a un projet de plafond avec Cyd Twombly, l'art contemporain a vraiment sa place au Louvre... Et c'est aussi un lieu de vie et de création dans la mesure où le Louvre propose des moments de vie à ses visiteurs, des concerts, des spectacles, de la danse dans les salles, énormément de choses... Avec cette présence de l'art contemporain au Louvre, qui est l'un des lieux patrimoniaux les plus connus au monde, est-ce qu'il n'y a pas le risque d'une perte de sens ?... Je pense au contraire qu'on arrive à avoir une programmation contemporaine qui a beaucoup de sens par rapport aux objets que nous conservons. Il ne s'agit pas de faire venir quelqu'un pour faire venir quelqu'un. Quand Bill T. Jones danse autour des sculptures, il y a vraiment une logique, ce n'est pas du tout « gadget » ou illogique par rapport au Louvre en tant que conservatoire, cela fonctionne complètement. Cette confrontation entre danse et sculptures interroge notre rapport au corps, à l'esthétisme du corps et de sa représentation... Les expositions d'art contemporain sont très souvent des contrepoints aux expositions que le musée programme, et ces contrepoints créent des passerelles inédites, des « passages de sens » très dynamiques et très enrichissants... En réalité, c'est une tradition qui se poursuit. Henri Loyrette n'est pas à l'origine de cette ouverture du Louvre à l'art contemporain. Delacroix passait son temps au Louvre, Picasso aussi... Il y a toujours eu un dialogue entre les artistes contemporains et le musée du Louvre. Henri Loyrette n'a fait que le réactiver. Et d'ailleurs, cette ouverture à l'art contemporain rejoint notre préoccupation globale autour du multimédia, de la question du multimédia au Louvre, et notamment s'agissant du Web, en tant que territoire hybride, vivant, partagé... Jusqu'à présent, on avait un discours assez « ascendant » vers le public, et l'on aimerait aussi permettre le discours singulier de l'individu face à ce que nous sommes... C'est en tout cas l'un des enjeux que nous nous fixons. |
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