« Tout reste à imaginer » de la réalité augmentée
Une interview de l'essayiste Philippe Quéau, observateur des différents avatars de la RA depuis ses origines. Par Christine Tréguier.
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La RA est un feu mental Y a-t-il une différence entre la réalité augmentée telle que vous la décrivez et un environnement que l'on pourrait qualifier de « responsif », c'est-à-dire avec des tags 2D donnant accès à des informations accessibles par exemple via un smartphone, comme les applications qui se développent actuellement dans le domaine du tourisme ou de l'immobilier ? Oui. Il y a une différence de taille. Un « environnement responsif » ne fait justement que « répondre » à des demandes. On est toujours dans une logique de transmission du haut vers le bas (« top-down »). Dans mon esprit, la réalité augmentée doit avant tout augmenter non l'environnement mais les capacités de réflexion et d'action des hommes et des femmes. En d'autres termes, la réalité augmentée doit en principe être l'analogue conceptuel de la truelle ou du pinceau. Elle doit rendre possible une véritable action de compréhension et de transformation, voire de recréation de l'environnement. Dans un texte sur les réalités mixtes, vous disiez : « Il sera sans doute de plus en plus difficile à l'avenir, de reconnaître au premier coup d'oeil la part exacte revenant à la réalité et la part revenant à la virtualité ». En sommes-nous déjà là ou pas du tout ? A priori c'est déjà le cas pour tout ce qui relève de l'imagerie numérique. Le trucage généralisé des images fait désormais partie du quotidien. Les retouches peuvent être modérées et invisibles, ou au contraire forger des néo-réalités complètement « artificieuses ». Bien malin qui peut garantir du premier coup d'œil la nature exacte des images numériques que les médias contemporains déversent sur nos rétines permissives. A gauche : Nature morte au travail. Philippe Quéau. 2010. |
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