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- Le téléphone mobile, interface de lecture et de navigation

Le téléphone mobile, interface de lecture et de navigation
auteur:
Fabien Eychenne
Longtemps dessiné comme un objet tourné vers le visage de l'ordinateur (la fameuse forme en coquille), le téléphone mobile se tourne de plus en plus vers le monde. Il l’observe et le capte en photo et en vidéo. Il le "lit", qu’il s’agisse des puces RFID ou, au travers de son objectif photographique, des codes-barre à deux dimensions, des filigranes contenus dans des images publicitaires et interprétés par l’appareil comme des liens, ou même des textes reconnus par un service de traduction distant. Il se situe et nous situe dans l'espace, par l'intermédiaire de différents dispositifs de géolocalisation. Il se frotte (sans contact, certes, mais de très près) aux portillons, serrures, distributeurs de boisson, bornes d’embarquement - et même aux autres téléphones, au travers de multiples services destinés à repérer amis, âmes sœurs et autres “étrangers familiers” passant dans les parages.
Le mobile transporte également mémoire (répertoire, agenda, notes, photos, musique), valeurs (porte-monnaie électronique, carte de transports, billets de spectacles…) et clés (il permet l'accès à des bâtiments publics, des entreprises, et dans certaines villes d'Asie, à son propre domicile).
Bref, le mobile change de statut et devient une véritable "télécommande de la ville", intégrant un nombre croissant de dispositifs naguère indépendants les uns des autres.
Beaucoup de choses changent lorsque le mobile s’utilise aussi bras tendu, regard et appareil dirigés vers le monde et les autres. Le geste n’est plus réflexif, mais affirmatif : donner, prendre, piloter. L’objet lui-même devra bien changer avec : on imagine un bâton de berger ou de maréchal, une baguette, un panneau, une télécommande, un couteau suisse.
Jusqu'où cette évolution ira-t-elle ? La réponse dépend d'au moins trois facteurs. En premier lieu, la volonté des utilisateurs de fédérer un plus ou moins grand nombre d'usages autour d'un seul appareil, avec ses conséquences en termes de complexité d'usage, mais aussi de vie privée. En second lieu, le degré de résistance d'autres acteurs – les banques, les transporteurs, les institutions publiques… – ainsi "aspirés" dans l'orbite des opérateurs de télécommunications et qui pourraient bien ne pas l'entendre ainsi. Et enfin, l'existence, dans l'espace urbain, de dispositifs capables d'être lus par les téléphones mobiles, voire de communiquer avec eux : "étiquettes", capteurs, actionneurs, etc.


