Bienvenue dans l'ère post PC
Une interview d'Adam Greenfield sur « l'informatique ubiquitaire » à venir. Par Cyril de Graeve et Ariel Kyrou.
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Questions de vie privée À supposer que les questions d'interopérabilité soient résolues par un standard unique, le fait que les traces de vie individuelles puissent être stockées et répertoriées par quelques entités capables de fusionner les bases de données («data-mining») n'est-il pas un sérieux problème ? Pour moi, le premier souci du «data-mining» n'est pas vraiment cette autorité centrale qui pourrait nous faire profiter d'une «conscience informationnelle totale». Même si la crainte est bien sûr fondée, nous allons tous profiter d'une telle conscience. Je pense que la réalité sera bien plus complexe et profonde qu'un simple scénario techno-orwellien. Est-ce que ce n'est pas le concept même de protection de la vie privée qui va devenir définitivement caduque à l'ère de l'ubimédia ? Je ne pense pas, personnellement, que la vie privée soit aujourd'hui une valeur désuète, ou qu'il ne soit pas possible de la protéger techniquement ou socialement. Ce que je pense, en revanche, c'est qu'un nombre non négligeable de ces notions fondamentales sur lesquelles reposent nos organisations sociales ou notre jurisprudence - l'attente légitime d'anonymat dans un lieu public, par exemple - se sont avérées être des spécificités locales issues d'affaires techno-sociales particulières, bien plus que des vérités universelles. Mais nous sommes d'accord que si l'intimité et le respect de la vie privée valent le coup, alors il faudra se battre pour les défendre... Vous voulez dire que certains n'accordent aucune importance à la protection de leur vie privée, et donc de leurs données personnelles ? Il y a beaucoup de gens qui, clairement, ne sont pas plus attachés que cela à ces valeurs et qui sont prêts à sacrifier le respect de leur vie privée, ou du moins leurs données personnelles à un «futur d'ouverture, de franchise et de confiance mutuelle», fondé sur la fiabilité des outils et des composants aujourd'hui disponibles. Ils ne se rendent d'ailleurs même pas compte qu'ils sacrifient là quelque chose d'important. Personnellement, je pense qu'il ne faut pas surestimer le danger de cette transparence totale, qui risque surtout de ne produire qu'un regrettable relâchement. Maintenant, c'est évident, il n'est pas facile de gérer l'apparence de notre moi dans un monde où il est si facile de glisser d'un masque à un autre. Et puis la malhonnêteté est un lubrifiant essentiel, sans lequel une société devient vite insupportable. Vous vous imaginez dans l'obligation de devoir dire tout ce que vous pensez, réellement, de vos voisins, amis, collègues ou parents, le tout en temps réel ? C'est hélas ce que prônent les défenseurs d'une transparence technologique universelle mais orientée en sous-estimant le rôle du secret et du mensonge dans la cohésion sociale. |