Bienvenue dans l'ère post PC
Une interview d'Adam Greenfield sur « l'informatique ubiquitaire » à venir. Par Cyril de Graeve et Ariel Kyrou.
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Post-PC, oui, mais le plus humain possible La solution n'est-elle pas de rendre les connexions à l'ère post-PC les plus proches possibles des règles de nos relations humaines, entre individus ? D'un point de vue empirique, les gens semblent avoir un besoin irrépressible d'appliquer un schéma anthropomorphe aux artefacts existants autour d'eux, et pas seulement quand ils sont numériques ! Fabien Girardin et Nicolas Nova montrent dans leur pamphlet «Sliding Friction», qu'il suffit juste de rajouter des «sourcils» à un morceau de machine pour qu'elle soit perçue comme ayant une personnalité. De même, plus un artefact sera interactif, plus il sera difficile d'échapper à cette idée d'identification. Nous assignons des émotions aux artefacts interactifs, nous les traitons comme des êtres sociaux, voir comme des «êtres» égaux. Ce n'est donc pas une mauvaise idée pour les développeurs d'y insérer les mêmes standards qui se retrouvent dans la vie sociale et qu'un adulte humain bien socialisé sera à même de reconnaître : la discrétion, le tact, l'indulgence implicite en ce qui concerne les erreurs les plus triviales, etc. Bref, il est grand temps pour les développeurs de systèmes interactifs de se familiariser avec la littérature psychosociale. En général, je conseille à mes étudiants de commencer avec le sociologue canadien Erving Goffman. Vous le dites, la machine est aussi perçue comme un «outil» social. N'est-ce pas un leurre? Il s'agit effectivement d'une mauvaise allocation des ressources et des désirs. Servons-nous des technologies d'information numérique pour ce qu'elles font le mieux, ne les installons pas là où elles peuvent nous faire du mal. Je vois en général la sphère sociale comme l'un des derniers lieux à investir par ces technologies - voyez par exemple mon article «Antisocial Networking» pour un point de vue plus approfondi sur ce thème. On observe deux visions différentes des nouvelles technologies entre l'Occident et l'Asie. La première privilégie la technique et reste culturellement très rattaché au PC fixe. A l'inverse, le Japon n'a d'yeux que pour la mobilité et un usage a priori beaucoup plus ubiquiste des choses. L'ubimédia a-t-il plus de chance de se développer en Asie qu'en Occident ? Le cliché veut que le public d'Extrême-Orient soit moins soucieux du respect de la vie privée et plus investi par des notions de progrès technique. C'est vrai en Corée du Sud, au Japon ou à Singapour, où une grande part des systèmes ubiquitaires existants sont le fait d'initiatives gouvernementales, en étroite relation avec les fabricants et le marché. Je me demande néanmoins si de telles initiatives sont vraiment bonnes... A mon avis, elles vont plus calcifier les préjugés que nous avons sur les systèmes ubiquitaires que leur permettre d'évoluer. D'un autre côté, il faut bien reconnaître qu'il est vraiment très plaisant de se promener à Hong Kong ou à Séoul avec ces systèmes de transit via RFID, bien plus que tout autre système métropolitain américain, par exemple. En se sens, existe-t-il plusieurs voie d'accès à l'ubimédia, plusieurs possibilités de développement ? Je crois qu'il y existera autant d'ubimedia que de cultures capables de l'adopter. Dans de très nombreux lieux, l'ordinateur de bureau n'a jamais été le moyen originel d'accéder à une information en réseau ; il est donc idiot de croire que le PC aura encore une influence notable dans le futur. Pour ma part, je suis opposé à la vision de Sanjay Jha, le PDG de Qualcomm, qui veut que pour accéder à l'Internet omniprésent de demain, nous devons nous appuyer dans la mesure du possible sur notre expérience de l'utilisation du PC. Il y a évidemment de la place pour que des centaines de fleurs bourgeonnent, s'adaptant parfaitement à des temporalités, à des lieux, à des publics et à des contextes propres et singuliers.
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