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Convergence

Petites merveilles techno et inventions insolites

Les oiseaux chantent nos mobiles
Ou quand le geai, la mésange et l'étourneau convergent vers nos sonneries
Les oiseaux chantent nos mobiles

C'est un fait désormais admis : les oiseaux imitent les sonneries de nos téléphones mobiles. Membre de l'agence fédérale allemande pour la protection des oiseaux, Matthias Werner y voit la conséquence du passage accéléré d'espèces très communes en Europe d'un habitat champêtre à un habitat citadin : «Nos villes ne cessent de s'étendre, qui attirent les oiseaux en leur offrant de nouvelles sources de nourriture. Elles se dotent en même temps de plus en plus d'espaces verts protégés». Protégés de tout sauf des mélodies du GSM, que la mésange charbonnière, le chouca des tours, le geai des chênes ou l'étourneau sansonnet «reproduisent à s'y méprendre» renchérit Richard Schneider, ornithologue du Centre NABU de protection des oiseaux à Mössingen. Et pour cause : imiter les sons qui les entourent est pour les oiseaux une façon de marquer leur territoire ainsi qu'une manœuvre face à des dangers potentiels. «C'est ainsi que fonctionne l'évolution : il n'y a pas de schéma prédéterminé et les influences de l'environnement, même si elles sont artificielles, s'avèrent être considérables».

Faut-il s'en émouvoir ? «Non, répond le biologiste berlinois Matthias Glaubrecht, les facteurs décisifs seront l'envergure du changement et sa cadence. Aucune espèce ne peut survivre si elle n'est pas capable de s'adapter. Mais il est évident que l'activité humaine accélère l'évolution». Pour les scientifiques, ces acquisitions ne se feraient pas, pour le moment, au détriment du répertoire d'origine des espèces - répertoire que les taxinomistes animaliers des universités d'Europe et d'Amérique du Nord s'efforcent néanmoins d'archiver(1), «au cas où...».

Olivier Messiaen(2) se retourne-t-il dans sa tombe, lui qui se voulait ornithologue autant que musicien et parcourait le monde pour «récolter» des chants d'oiseaux et les introduire avec ferveur dans ses compositions ? Si la boucle est un jour bouclée, ses émules du futur risquent-ils de ne plus découvrir, sous leur plume, que la « Marche Turque » et la « Lettre à Elise » en version mobile pour les insérer dans leurs œuvres ?

Deux articles pour en savoir plus :
- www.praxion.org/spip.php?article222
- www.ipsnews.net/news.asp?idnews=42994

(1) Le "Museum of Natural History" détient déjà, à lui seul, les chants de plus de 1.800 espèces d'oiseaux parmi 110.000 enregistrements de sons produits par des mammifères, des insectes et même des poissons. Ces fichiers sont une partie d'un réseau européen d'acoustique biologique pour la taxinomie et la conservation, créé en 2006, qui gère ces enregistrements comme un outil crucial de recherche "devant la sérieuse menace d'extinction que fait peser le changement climatique sur beaucoup d'espèces". Pour le taxinomiste animalier allemand Karl-Heinz Frommolt, directeur des Archives sonores de l'Université de Humboldt à Berlin, "la méthode acoustique, développée par la taxinomie animale et étayée par une étude de l'habitat, est très utile pour déterminer les mesures de protection de l'environnement à adopter".

(2) Olivier Messiaen est le seul compositeur à avoir eu une formation d'ornithologue et à avoir noté les chants d'oiseaux de manière scientifique - rythmes, lignes mélodiques et timbres. Il en insère des transcriptions précises dans ses œuvres. Le "Réveil des oiseaux", le "Catalogue d'oiseaux" et les "Oiseaux exotiques" sont presque exclusivement composés de chants d'oiseaux.