Au Louvre-Lens, on a pu découvrir l’application Gestuelle 3D créée par Orange en partenariat avec le musée. De l’extérieur, on a du mal à comprendre, mais avec les lunettes 3D, c’est bluffant.

L’innovation “Gestuelle 3D”

Interagir avec les œuvres en relief plutôt que les contempler

Vous souvenez-vous de la publicité en 3D Haribo diffusée au cinéma, dans laquelle des bonbons, aussi vrais que nature, semblaient jaillir de l’écran ? Certains spectateurs tentaient même de les attraper… L’expérimentation Gestuelle 3D allait plus loin, non pas avec des friandises, mais avec des œuvres d’art, que l’on pouvait saisir, regarder sous toutes les coutures, et avec lesquelles on pouvait interagir… virtuellement, bien sûr ! Retenu pour être testé auprès du public, le prototype présenté début 2013 au Louvre-Lens a évolué. Cette innovation est maintenant devenue un outil ludo-pédagogique que se sont approprié les médiateurs culturels du musée.

Le Louvre-Lens au début de l’année 2013. Les invités à une soirée de présentation avaient l’occasion de tester « Gestuelle 3D », l’une des trois innovations conçues par les laboratoires Orange en partenariat avec le musée.

Imaginez… Muni de ses lunettes 3D, le visiteur regardait l’écran face à lui, découvrant un carrousel d’œuvres d’art tournant dans l’espace en trois dimensions. D’un balayage de la main, il faisait défiler les œuvres pour en choisir une. Puis, en tendant les bras, il saisissait l’œuvre entre ses mains.  Il pouvait alors la faire pivoter dans l’espace pour la voir de côté, de dessous ou de dessus. Il la découvrait sous des points de vue impossibles à saisir dans la réalité en tant que visiteur ordinaire du musée. Il pouvait même la faire jaillir de l’écran, juste en rapprochant les bras de son corps, afin d’observer les détails ultra réalistes d’œuvres 3D numérisées à une très haute résolution par le Louvre-Lens.

Vu de l’extérieur, l’utilisateur de cette innovation ressemblait à un danseur hypnotisé par un écran affichant des images difficiles à cerner, abstraites ou dédoublées. Mais lorsque l’on chaussait soi-même les lunettes, l’effet était bluffant, avec une réelle impression de prise en mains de l’œuvre d’art en relief.


L’une des œuvres numérisées que l’on pouvait examiner sous tous les angles via le prototype Gestuelle 3D.

Comme avec une Kinect, mais en 3D

Cette innovation résulte de travaux de recherche visant à associer l’expérience de la 3D à celle du corps comme moyen de commande. L’interaction gestuelle fonctionne comme avec une Kinect : on peut agir sur du contenu avec des gestes, donc sans instrumentation. Sauf que l’objet de l’expérimentation n’est pas un jeu, mais du contenu muséal en relief, qui permet au visiteur de s’approprier des œuvres, de les manipuler dans l’espace et sous tous les angles et d’accéder à des points de vue impossibles à voir à l'œil nu.

Lors de la présentation au Louvre-Lens, Jérôme Royan, ingénieur de recherche sur les technologies 3D pour les Orange Labs, qui avait travaillé sur le prototype, expliquait :

L’idée maîtresse, c’est que tout est mis dans un même espace : l’espace d’affichage et l’espace d’interaction sont exactement les mêmes. Cela pourrait presque, dans un futur prochain, nous permettre de toucher ce qui est virtuel.

 Du prototype de laboratoire au dispositif grand public

Comme l’appréciation de cette expérimentation était positive, Gestuelle 3D a été présentée au grand public dans le Centre de Ressources du Louvre-Lens, à l'occasion de l'exposition « Des animaux et des pharaons », qui a eu lieu du 5 décembre 2014 au 9 mars 2015. Sept œuvres de cette exposition étaient proposées dans le dispositif numérique, qui a été baptisé depuis Bestiaire 3D.


L’application Bestiaire 3D pour manipuler virtuellement sept œuvres en 3D relief de l’exposition « Des animaux et des pharaons ».

Les médiateurs du musée se sont approprié l’innovation, et ils ont monté des ateliers pédagogiques pour enfants, autour de cet outil. Le jeune public, se plaçant dans la peau d’un conservateur de musée, avait notamment la possibilité de mener une enquête ludique en manipulant les objets virtuels, en les regardant sous toutes les coutures, en trouvant leur numéro d’inventaire, l’endroit où l’œuvre pouvait être réparée, etc.

Suite à l’intérêt suscité par cette innovation, le Louvre-Lens a décidé de conserver Bestiaire 3D, même à l’issue du partenariat avec Orange qui se terminait fin 2015.

L’ingénieur de Recherche et Développement d’Orange Guillaume Bataille, qui a repris le projet, a fait évoluer les interactions pour qu’elles soient plus « naturelles ». L’idée était de se rapprocher de la manipulation réelle, et de prendre en compte des réflexes plus ou moins déjà acquis par le grand public dans son utilisation des objets numériques. Par exemple, dans la nouvelle « démo », qui a été livrée début septembre 2015, l’action de saisir les objets est devenue plus directe.

La « démo » hors les murs

Bestiaire 3D présente la caractéristique étonnante, pour un outil digital, de générer du plaisir et de l’émotion. Hors du musée, cela a encore été mis en évidence lors d’une démonstration réalisée pendant une semaine, du 23 au 28 février 2015, dans la galerie marchande d’un hypermarché à Noyelles-Godault, situé à une quinzaine de kilomètres du Louvre-Lens. L’objectif était d’amener la culture à un public qui ne vient pas forcément au musée, et de lui donner envie d’y aller. Un beau succès, notamment auprès des jeunes de 15 à 20 ans, attirés par l’écran 3D.

Une technologie de pointe qui se démocratise

La technologie mise en œuvre pour l’innovation Gestuelle 3D/Bestiaire 3D est expérimentée depuis une vingtaine d’années dans les centres de réalité virtuelle (laboratoires de recherche académique ou industriels). La bonne nouvelle, c’est que ces dispositifs, longtemps très coûteux et réservés aux grandes industries de l’automobile et de l’aéronautique, sont devenus accessibles au grand public, aux PME-PMI, aux collectivités territoriales, et seront bientôt intégrés par défaut dans les ordinateurs, les TV, les tablettes et les smartphones.

Le dispositif d’observation et de manipulation actuel pourrait aussi être accompagné de commentaires audio, ou intégrer diverses fonctionnalités ludiques, comme reconstituer un puzzle à partir de fragments d’une œuvre. Il pourrait, dans un autre registre, permettre d’apprendre des techniques de restauration d’œuvres via des versions virtuelles d’outils comme des brosses, des pigments…

Et la fiction pourrait devenir réalité

À plus long terme, dans un centre de ressource de musée comme en dehors de l’univers culturel, l’interaction gestuelle pourrait servir à naviguer sur des océans de données en 3D. Cela ne vous semble pas bien concret ? Pensez au film Minority Report, quand Tom Cruise fait défiler dans l’espace avec ses mains des séquences temporelles du crime qu’il essaye d’anticiper. Ce type d’interaction gestuelle avec des données pourrait bien passer d’ici quelques années de la fiction à la réalité, ne serait-ce que pour l’une de ses principales qualités : l’interaction naturelle, sans instrument de commande à manipuler... Et demain, peut-être avec des lunettes de réalité augmentée encore plus performantes, pour une immersion toujours plus profonde.

 
Écoutez l’interview de Jérôme Royan

Jérôme Royan, ingénieur de recherche à Orange Labs Rennes, qui a travaillé sur Gestuelle 3D, prototype de l’innovation Bestiaire 3D, livrait début 2013 sa vision de l’évolution potentielle de cette expérimentation : navigation dans les « Big data » et immersion dans la vraie réalité augmentée, celle d’aujourd’hui n’étant pour lui qu’une « réalité virtualisée augmentée ».

Durée : 1mn Télécharger

Et pour aller plus loin

Commentaires