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Vers un nouvel horizon

Une interview de Philippe Lemoine sur la nécessité d'inventer une écologie des nouvelles technologies.

Inventer une nouvelle modernité

On connaît l'écologie verte. Ne pensez-vous pas qu'il y a une sorte d'écologie grise, une écologie des nouvelles technologies, à construire d'urgence, en parallèle ?

Ma réflexion sur le devenir de l'idée de modernité m'amène à considérer que, finalement, aucune société ne peut accepter durablement une absence d'horizon positif, comportant de l'inconnu, des projets à accomplir. Le XVIIIe siècle a été marqué par le thème des voyages, de l'espace, des continents à découvrir, le XIXe siècle par celui du progrès et de sa traduction dans le quotidien de tous. Le thème de la modernité ne peut plus se satisfaire aujourd'hui de cette notion de progrès, dépassée depuis que la société a constaté ses dégâts. En Allemagne, quelqu'un comme Ulrich Beck essaye de caractériser une seconde modernité avec son concept de «société du risque», qui serait une modernité écologique. Mais je pense qu'il ne faut pas raisonner seulement sur les catastrophes naturelles, le nucléaire, les pluies acides... Nous devons y mettre au cœur les technologies de l'information. Qu'est-ce que le virtuel ? Ou encore la simulation ? La connexion ? L'intelligence collective ? Il y a mille questions liées à ce monde, mais pas de corps politique, alors que l'écologie me semble désormais un énorme corps politique qui se vide peu à peu de sa capacité de réflexion. L'un des enjeux important aujourd'hui serait de faire la jonction entre la capacité de mobilisation du militantisme qui existe sur l'écologie et la capacité d'interrogation critique autour des technologies de l'information. Alors, il faut peut-être parler d'écologie grise comme vous me le soufflez.

...Et que les entreprises fassent leur révolution ! - 1/3