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Pour ou contre les puces RFID ?

Une interview de Michel Alberganti et Pierre Georget sur les enjeux des puces RFID. Par Yvon Le Mignan.

6 - De l'homme ou de l'objet

Il y a aussi toute cette dimension des implants de puces RFID sous la peau. Il y a cette histoire du bar de Barcelone qui propose l'implantation d'une puce dans le bras des habitués, pour leur donner quelques avantages ... Au-delà de l'anecdote, on peut y voir le signe précurseur d'une application concrète de la RFID...

Michel Alberganti - En tant que telle, cette histoire est anecdotique, mais elle n'est pas du tout refermée sur ce type d'usage. Dans le domaine de la santé, on connaît déjà ces expériences menées aux Etats-Unis sur les malades d'Alzheimer, ce qui est quand même une application autrement plus sérieuse que celle du bar de Barcelone. On sent bien qu'il va y avoir, par le biais de la médecine, une entrée progressive de l'utilisation des puces sous la peau. En outre, il y a déjà, semble-t-il, des expériences aux USA sur les soldats. Tous les gens qui mènent une vie à risque seront vraisemblablement les premiers à être concernés par ces puces, c'est à dire les pompiers, les policiers, les militaires, etc. Dans ce cadre, la puce sous la peau est la meilleure sécurité pour avoir de l'information fiable et instantanée. Cela commencera à mon avis par là. Par ailleurs, Il ne faut pas oublier que, s'agissant des animaux de compagnie ou encore du bétail, on utilise déjà la puce sous la peau. Donc, petit à petit, l'industrie grossit, et, inéluctablement, par petites étapes, par petits îlots, les hommes seront concernés également.

En vous écoutant, je songe au bracelet des nourrissons. De fait, dès la naissance de l'individu la question de la trace « unique », de la traçabilité se pose. Une application de la RFID dans ce contexte précis, en l'occurrence celui des maternités, serait tout à fait envisageable...

Michel Alberganti - Absolument. Ce qui est intéressant dans cet exemple du bracelet des nouveaux-nés, c'est qu'il s'agit d'un système d'identification de la personne humaine banalisé, intégré, automatisé, si je puis dire... Qui n'est pas sous la peau, mais... C'est un peu un bracelet antivol, anti-substitution, qui sécurise la mère et le personnel de l'hôpital, et qui, d'une certaine façon, induit une forme de démotivation du personnel pour la surveillance, l'automatisation du système prenant naturellement l'ascendant sur l'humain, sur l'observation humaine... C'est très révélateur, au fond, sur la technicisation de notre société, sur la confiance accordée à la machine, au système, à l'objet, plutôt qu'à la personne, «imparfaite», vulnérable, forcément... Auparavant, dans les maternités, je suppose qu'il y avait une conscience plus humaine de la chose.

Le mot clé, finalement, dans notre conversation, c'est le mot «objet», c'est-à-dire la relation nouvelle qui s'établit entre l'objet et l'homme, voire l'homme considéré comme un objet, suivi à trace, maîtrisé, jusqu'à son espace le plus intime, à savoir l'intérieur de son corps...

Michel Alberganti - Oui, cet Internet des objets est effectivement une extension de l'Internet qui au départ était peuplé d'êtres humains et qui demain sera majoritairement peuplé d'objets. En gros, le rêve de l'Internet des objets c'est quand même une gestion informatisée du maximum d'évènements qui se produisent sur la planète et en particulier ceux qui se produisent dans les zones, dans les domaines où aujourd'hui l'informatique est inopérante, c'est-à-dire en dehors des entreprises. On le voit bien avec ce qu'explique Pierre Georget. Plus la RFID se développe, plus elle se rapproche du consommateur, c'est-à-dire de l'individu, de vous, de moi, du domaine privé. Elle est arrivée aux entrepôts, dans les usines de production, c'est-à-dire dans des lieux totalement maîtrisés, des lieux « captifs » en quelque sorte... Et là, on voit bien que tout ce qui reste à conquérir comme espace, pour l'informatique, pour l'informatisation, se passe désormais en dehors des entreprises. D'abord, comme on l'a vu, dans les magasins, et puis, pourquoi pas, bientôt, dans la vie courante. Par le biais des puces, on sent que cela devient possible.

Pierre Georget - Il y a un chercheur de Xerox PARC, Marc Weiser, qui avait déjà anticipé cela dans les années 1980 en disant : il faut qu'on aille vers la «calm technology», c'est-à-dire une technologie aisément accessible, à tout moment et en tout endroit... C'était déjà l'idée d'une certaine «pervasivité» *, d'une technologie ambiante... Et avec la RFID, effectivement, on s'approche de cette situation. Cela suppose quand même que la technologie informatique elle-même fasse encore pas mal de progrès pour que cela devienne une réalité. Il ne suffit pas d'identifier les objets pour avoir de l'information disponible en tout lieu et à tout moment. Il y a aussi toute une montée en puissance des technologies de l'information qui sera nécessaire pour que cela soit une réalité, notamment en termes de capacités de traitement et de facilité d'usage. Cela reste aujourd'hui une des limites de l'informatique. Mais on y va. Et il ne faut pas trop s'en étonner. L'informatique est une science très récente, il faudra des dizaines d'années, voire un siècle pour qu'elle arrive à maturité.

* L'informatique pervasive fait référence à la tendance à l'informatisation, la connexion en réseau, la miniaturisation des dispositifs électroniques et leur intégration dans tout objet du quotidien, favorisant ainsi l'accès aux informations partout et à tout moment. (source : Technique de l'ingénieur)

...Une idéologie de la transparence