Uwe Schmidt, la musique à l’ère du disque dur

Le regard poétique d’un musicien électronique sur notre culture technologique

«Je suis ma propre machine»

Uwe Schmidt évoque de manière plus précise notre relation intime aux objets et aux technologies, dans deux morceaux de l’album HD. Tout d’abord dans «I Love U», un titre en forme de clin d’œil à la figure et à la musique de Prince, dans lequel se distingue un vers malicieux  («I love U like I love my drum machine», «je t’aime comme j’aime ma boîte à rythmes»). Ensuite avec «Ich Bin Meine Maschine» («je suis ma propre machine»), une phrase empruntée à un discours de Heinz von Foerster, un philosophe et pionnier de la cybernétique.

Ces mots de Von Foerster l’ont inspiré sur le long terme, pourrait-on dire : «C’est une phrase que j’avais échantillonné il y a une dizaine d’années et qui, sans vraiment que je parvienne à la comprendre à l’époque, m’avait toujours paru puissante. Par la suite, je me suis mieux intéressé à ses théories. L’une d’elle parlait notamment de la possibilité de considérer un être humain comme une machine. Vous pouvez ainsi vous considérer comme un algorithme, en calcul perpétuel. Néanmoins, si je ne suis pas aussi matérialiste, je ne suis pas loin de considérer une machine comme un être, ou même une entité divine».


Uwe Schmidt pose, pince-sans-rire, devant l’objectif du photographe, Dieter Wuschanski pour la promotion de l’album, Liedgut.

«L’autre jour, il m’est arrivé quelque chose d’étrange. Je possède un vieux synthétiseur, doté de connexions particulièrement complexes. Je l’ai programmé et laisser fonctionner seul pendant plusieurs heures. Il a donc commencé à tourner de manière automatique, et à produire un effet feedback, générant des textures sonores sans cesse renouvelées. Quand je suis rentré, le studio était empli de l’odeur de la machine. La chaleur avait commencé à brûler la poussière, le plastique des circuits commençait à fondre. Je me suis mis à rire parce que j’avais l’impression que c’était l’odeur de transpiration d’un être humain qui avait travaillé là pendant des heures, dans une pièce fermée». Puis il précise son sentiment :

J’ai alors regardé cette machine comme un être humain, ou plutôt comme un être. Elle avait travaillé pendant plusieurs heures, et fini par produire un son totalement différent de ce que j’avais commencé à concevoir quelques heures auparavant.  Une telle machine est une structure complexe finalement très organique, nourrie par une énergie provenant d’une prise de courant. Ce qui sort de cette prise reste d’un grand mystère.

Et de conclure : «Ce type de situation constitue pour moi une inspiration assez puissante, plus spirituelle que matérialiste. C’est de cette manière que j’aime penser ma relation aux machines, à mes machines. J’aime penser qu’il existe une sorte de conscience, au-delà du simple mécanisme des choses».

«Ich Bin Meine Maschine» extrait de l’album HD.

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