L’histoire des télécoms, #2 : le téléphone

Une interview de Patrice Carré sur l’épopée du téléphone, de ses inventeurs à ses premiers usages

L’arrivée du téléphone en France

A quelle date apparaît le téléphone en France ?

Le téléphone arrive à Paris lors de l'Exposition Universelle de 1878 qui est la première grande exposition universelle de la IIIème République. Il faut noter que la même année, en 1878, on décide de créer un Ministère des Postes et Télégraphes. Auparavant, le télégraphe était rattaché à l'armée puis dans un second temps au Ministère de l'Intérieur, ce qui en dit long sur le « surveiller » qui est le premier infinitif avant le « punir » de ce fameux titre de Michel Foucault. Quant à la Poste, elle était rattachée au Ministère des Finances. On considérait que c'était une taxe, un impôt indirect que de payer pour envoyer une lettre et transmettre des nouvelles ou de l'information... En 1878, la IIIème République décide de faire une seule et même administration qui s'appelle l'administration des Postes et Télégraphes et c'est un dénommé Adolphe Cochery, député du Loiret, qui en a la charge. Il veut rationnaliser, réorganiser tout ça. On a d'un côté une lourde administration qui est une administration de main-d'œuvre, avec des centres de tri, des dépôts, l'administration postale, et de l'autre côté, sur le plan quantitatif, une petite poignée de télégraphistes qui sont d'abord et avant tout des techniciens qui ont connu leur heure de gloire sous le Second Empire. Edouard Estaunié, qui fut en 1904 l'inventeur du mot télécommunication, a dans ses mémoires cette phrase assasine quand il parle du rattachement du Télégraphe à la Poste, je la cite de mémoire : « Et alors, nous fûmes rattachés à la tourbe des colleurs de timbres ! », ce qui est révélateur de l'opposition qui règnait alors entre les postiers et les ingénieurs télégraphistes. Cet état d'esprit va d'ailleurs être très longtemps une source de conflits entre les hommes des Télécoms et les hommes de la Poste, jusque dans les années 1970...


Poste téléphonique Bailleux-Ader (1892) © France Télécom.

Le téléphone est donc présenté lors de l'Exposition Universelle de 1878... Est-ce que l'Etat s'y intéresse ?

On considère, à juste titre d'ailleurs, que sur le plan technique il ne peut pas rivaliser avec le télégraphe. Il ne peut pas rivaliser avec un grand réseau technique puisque, à l'époque, l'affaiblissement du signal étant ce qu'il est, on ne sait pas aller au-delà de quelques kilomètres... Donc, un réseau téléphonique ne peut être qu'un réseau urbain, comme un réseau de distribution d'eau dans une ville ou comme les tout premiers réseaux de distribution du gaz. C'est urbain, donc géographiquement limité. On considère par conséquent que l'Etat n'a pas à s'intéresser au téléphone. Ce sont des compagnies privées détentrices de brevets qui vont se lancer dans l'installation du téléphone. Et puis ces compagnies vont très vite fusionner dans une seule et même compagnie qui s'appelle la Société Générale du Téléphone, la SGT. Celle-ci va installer des réseaux téléphoniques dans quelques grandes villes françaises : à Paris, à Lyon, à Marseille, mais aussi à Alger et à Oran qui à l'époque sont des villes françaises. Au début, évidemment, il y a très peu d'abonnés. Ceux-ci sont essentiellement des banques, des administrations, des grandes sociétés. Parmi les premiers abonnés, on trouve notamment les grands négociants en vin de Bordeaux qui comprennent immédiatement l'intérêt du téléphone.


Transmetteur à pied Mildé (1892) © France Télécom.

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