L’histoire des télécoms, #2 : le téléphone

Une interview de Patrice Carré sur l’épopée du téléphone, de ses inventeurs à ses premiers usages

Succès du téléphone auprès des hommes d’affaires

Comment ce télégraphe parlant est-il perçu lors de son apparition sur le marché ?

Aux Etats-Unis, un certain nombre d'hommes d'affaires se rendent compte qu'il y a là quelque chose qui peut faire gagner du temps. Le télégraphe Morse nécessitait un médiateur à l'émission et un médiateur à la réception puisqu'il fallait retranscrire le message d'un langage codé en un langage clair... Et même si le langage était un langage clair d'emblée, encore fallait-il découper les bandes, les coller sur un bout de papier, les transmettre via un porteur à celle ou à celui à qui le message était destiné. Tout cela prenait du temps et était assez complexe. Désormais, on a un appareil qui peut être installé directement dans un magasin, par exemple, appareil qui sera relié à un autre télégraphe parlant dans une usine. On aura une liaison point à point entre un lieu de distribution et une unité de production. Et donc on simplifie grandement la prise de commandes entre le magasin, l'unité de diffusion, et l'usine, l'unité de production... Il existe d'ailleurs une lettre du Consul de France à Chicago adressée à son ministre, on est en 1878 ou en 1879, je n'ai plus la date exacte en tête, c'est une lettre que j'avais retrouvé aux Archives en faisant un travail sur l'exposition d'électricité de 1881... et dans cette lettre, le Consul de France parlait de plus de 35000 téléphones installés aux Etats-Unis et insistait sur l'intérêt croissant des hommes d'affaires américains pour ce nouvel outil de communication !... Par ce témoignage, on perçoit aussi l'intérêt porté en France à l'invention de Bell, ce qui est très intéressant.

Il y a, à la fois, une économie de temps et une économie de main-d'œuvre...

Absolument. Et d'ailleurs, en Allemagne, quand le téléphone va être copié, puisque ce sont des modèles qu'on peut copier très simplement, Heinrich von Stephan, qui est le patron de la Poste allemande, va comprendre immédiatement l'intérêt du téléphone en terme d'économie. L'appareil de Bell permet une réelle économie de temps, et c'est un fait capital, mais aussi une économie de main-d'œuvre. Il n'y a plus à former de manipulateurs Morse, on fait l'économie de techniciens qui doivent manipuler un matériel qui nécessite une formation au préalable, qui est un peu sophistiqué, qui exige des compétences particulières, etc... La simplicité d'utilisation, voilà le premier atout du téléphone ! Ce dont von Stephan est parfaitement conscient. Et dès 1878, c'est-à-dire deux ans seulement après le dépôt de brevet de Bell, il prend la décision de faire installer le téléphone dans des bureaux de poste, dans des bureaux télégraphiques... Aux Etats-Unis, très vite, dans des grandes villes comme Boston, New York, Washington ou Chicago, le téléphone rencontre un réel succès. A tel point que rapidement se pose la question de ce qu'en anglais on va appeler le switching, la commutation. En 1878 est installé dans le Connecticut le premier bureau central avec des agents - on ne parle pas encore des « demoiselles du téléphone » - qui vont dispatcher les messages et se livrer à cette opération de commutation.


Bureau Téléphonique 1940 © France Telecom.

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