Le monde est un village

L’univers télécoms des étrangers en France au travers de 7 portraits

Joji-Philip ou l’Inde réelle au jour le jour

1
2
3
4
5
6
7

Joji-Philip est originaire de l'État du Kerala qui se trouve tout au sud de l'Inde.

Eglise catholique dans les Backwaters, Kerala. Photo Benutzer Rhæssner - GFDL.

Bateau traditionnel de transport de marchandises sur les Backwaters, Kerala. Photo Philippe Raffard - GFDL.

Manifestation du Parti du Congrès (Indian National Party) à Delhi en 2005. Photo Soman - GFDL.

2004. Affiche électorale du BJP (Bharatiya Janata Party), parti du peuple indien à orientation nationaliste hindoue. Photo Soman - GFDL.

Plantations de thé à Munnar, Kerala. Photo Anoop - GFDL.

Tout de suite, les quelques mots que prononce "father Joji-Philip" en malayalam, sa langue natale, nous emportent très loin, à des milliers de kilomètres... tout comme le timbre de voix qui est d'une douceur, d'une suavité et d'un magnétisme saisissants... Joji-Philip est prêtre. Il prépare à Paris un doctorat de théologie : «Dès que j'aurai terminé ma thèse, je vais rentrer chez moi pour continuer ma fonction de prêtre dans mon diocèse dans l'État du Kerala qui se trouve tout au sud de l'Inde. Je suis en France depuis huit ans, c'est la neuvième et dernière année

Visiblement, être éloigné depuis des années de l'Inde, de son diocèse, du Kerala (ou Kérala, comme on le transcrit souvent en français) n'a pour lui que peu d'importance. L'opportunité qui lui a été offerte de venir à Paris pour mener ses études emporte ou déporte tout sentiment profond de nostalgie : «C'est une chance. C'est l'occasion de découvrir une autre culture, une autre langue, une autre manière de penser, très différente de celle de mon pays... Alors, la question de l'espace, d'être loin de mon pays, cela ne me pose aucun problème... Je suis d'ailleurs retourné en Inde deux fois depuis que je suis ici et il y a les contacts par l'Internet ou par le téléphone»

Dès son arrivée à Paris, en 2001, grâce à Internet, Joji-Philip a conservé un lien étroit et exigeant avec la réalité de l'Inde. Se tenir au courant de l'actualité indienne est pour lui un acte fondamental : «Tous les jours, tous les matins, je lis les journaux sur Internet, que ce soit les journaux en malayalam ou en anglais, puisqu'il y a aussi de nombreux journaux en langue anglaise... C'est une manière de rester en contact permanent avec ce qui se passe chez moi et dans les autres États de l'Inde. Ce n'est pas une obligation. C'est une nécessité personnelle.»

De cette nécessité, dont on ressent la force, le dynamisme fécond, avec ce que cela implique de conscience, de vigilance et d'implication personnelle, il dit encore : «Il ne s'agit pas simplement d'un rituel. Personnellement, je suis sensible aux évènements politiques, aux mouvements culturels et sociaux qui se passent dans la société indienne... Il y a notamment aujourd'hui, comme partout dans le monde, une montée du fondamentalisme en Inde... et Internet est, je crois, aujourd'hui, la meilleure façon de savoir concrètement, sur le terrrain, ce qui se passe. Au vrai, je dirais que c'est la seule option !... Lire la presse, se tenir au courant, par la lecture de plusieurs journaux, avec des points de vue qui sont parfois contradictoires, mais aussi par les réseaux sociaux, par Twitter, etc., c'est la seule façon réelle que je vois pour le moment pour être au courant de tout ce qui se passe autour de nous. Pas seulement en Inde, ici aussi, en France. La seule option, aujourd'hui, partout dans le monde, c'est Internet !»

Et, souriant, il conclut : «Se tenir informé, c'est une question vitale pour chacun d'entre nous, c'est une question, je crois, de sensibilité... de sensibilité sociale. C'est un devoir social. Pour nous tous, c'est un devoir de savoir ce qui se passe dans le monde et autour de nous.» Plus tard, hors micro, il ajoutera : «Je dirais même que c'est un acte de résistance (sous-entendu : contre l'indifférence, le silence ou l'éventuelle manipulation des faits)... C'est une sorte de résistance personnelle, n'est-ce pas ?...»

 

Écouter l'interview de Joji-Philip

«Du devoir social de se tenir au courant», tel pourrait être le titre de cet entretien avec Joji-Philip, prêtre catholique indien en résidence à Paris depuis 2001 où il achève sa thèse de doctorat en théologie.

Durée : 4mn Télécharger

Et pour aller plus loin

 

Commentaires