Le monde est un village

L’univers télécoms des étrangers en France au travers de 7 portraits

Mamadou Ly, du village de Mboyo au village planétaire

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Mamadou Ly est originaire de Podor, à la frontière de la Mauritanie.

Mamadou Ly, le 8 juillet 2010, Jardin du Palais-Royal, Paris.

« Je suis ce qu'on appelle un tronc commun entre les Africains de l'Afrique et les Africains de France », dit-il de lui-même.

Mboyo, le village natal de Mamadou, au nord du Sénégal. Cette photo, comme la grande majorité des documents qui composent ce diaporama (et sauf mentions contraires), est une photo personnelle de Mamadou Ly.

Maintenant il y a le portable, il y a les réseaux... Partout où on est, on peut parler à la famille, discuter... »

Une petite fille de Mboyo. « La personne qui est la plus proche de toi ne compte plus... Ce qui t'intéresse, c'est celui que tu vois sur la webcam, qui est en Australie, qui est aux Etats-Unis! », regrette-t-il.

Journaliste radio, de Dakar à Paris (ici à Marmite FM).

Podor, chef-lieu du département de Podor, l'un des 45 départements du Sénégal et l'un des 3 de la région de Saint-Louis, dans le nord du pays.

Dans le jardin du Palais-Royal : « Je suis du Sénégal mais je me sens aussi de Mauritanie, de la culture mauritanienne, de son histoire », dit-il.

Enfant de Mboyo, «village presqu'île» au nord du Sénégal, dans le département de Podor, à la frontière de la Mauritanie, journaliste et comédien de théâtre à Dakar, acteur de cinéma ("Lili et le Baobab" de Chantal Richard, avec Romane Bohringer), Mamadou Ly vit en France depuis dix ans. Aujourd'hui, Il poursuit son métier de journaliste à Paris, notamment sur le site Seneweb.com, où il anime une émission dans sa langue maternelle, le peul (ou fulfulde, ou pular ou encore pulaar), langue parlée dans une vingtaine d'États d'Afrique occidentale et centrale, des rives du Sénégal à celles du Nil...

«Tronc commun entre les Africains de l'Afrique et les Africains de France», comme il se définit lui-même, Mamadou Ly vit avec passion sa double appartenance... Ses fréquents reportages au Sénégal auprès des populations du territoire comme son engagement communautaire à Paris font de lui un témoin inspiré de la mutation des échanges engendrée par le numérique. Il parle d'Internet, bien évidemment, avec ses webcams, ses réseaux sociaux et ces zones de turbulences temporelles où réalité et virtualité s'entrechoquent. Mais il discute tout aussi volontiers de cet autre nouvel outil du quotidien, qui vient transformer subrepticement et radicalement le tissu social du village africain : le téléphone "portable"...

«Avec l'Internet, avec le téléphone portable, le monde est devenu un village planétaire, c'est vrai... et cela peut être bon», confie-t-il, «mais c'est un village planétaire sans chef, et cela peut être fou et dangereux. Dans un village, il y a quelqu'un qui décide... Et soudain, dans ce village où tout le monde se retrouve, il n'y a pas de chef, les informations ne sont pas contrôlées, chacun pour soi, Dieu pour tous !... Les gens se précipitent pour atteindre les informations en premier, pour les diffuser en premier... et cette course vers l'information, c'est une course vers des brindilles d'allumettes !... Cela peut créer une catastrophe dans ce village !..

Et bien que très conscient des nouvelles possibilités offertes, ne serait-ce que cette opportunité de faire vivre aujourd'hui le pulaar sur le Web, langue ignorée sur les canaux officiels, c'est autour de cette complexité, de cette imbrication du tangible et de l'illusoire, du futile et du fondamental, du réel et du virtuel que se décline l'essentiel de sa réflexion... Avec par exemple ces mariages contractés, «concoctés» sur le Réseau, via les messageries ou les sites sociaux, en toute ingénuité, hors de tout contact physique, parfois suivis de cruelles déceptions..., ou encore en soulignant les stratagèmes de dissimulation à l'écran, la puissance de la rumeur, etc.

Sa réflexion trouve toute sa force, sa charge émotive, lorsqu'il évoque ses échanges sur le Net avec sa mère : «Elle est là tout le temps, je la vois tout le temps... Mais là où je crois qu'elle est présente, c'est là qu'elle est le plus loin de moi !... Parce que la chaleur humaine, la relation humaine, le contact humain ne sont plus là... Il y a toujours un creuset, cela crée un vide personnel»...

Lucide, il conclut : «Quand même, c'est une chance pour l'Afrique ... Il s'agit d'essayer de moderniser en appuyant sur les aspects positifs de notre culture, en nous ouvrant un petit peu, en pratiquant comme le disait Léopold Sédar Senghor le rendez-vous du donner et du recevoir !... C'est-à-dire donner tout ce qui est positif de notre culture et recevoir tout ce qui est positif de la culture occidentale, en gommant les aspects négatifs de cette culture occidentale !»... Heureux mais difficile programme !...

Écouter l'interview de Mamadou Ly

De Mboyo, son village, «en frontière» avec la Mauritanie, au village numérique et planétaire... Telle est la trajectoire, le grand fil tendu de cet entretien avec Mamadou Ly, réalisé le 8 juillet 2010, dans le jardin du Palais-Royal à Paris.

Durée : 9mn Télécharger

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