À 12 ans, les amoureux apprennent l’araméen pour cacher leur idylle à leurs parents

Fait divers #3 : une histoire d’éducation

«À 12 ans, les amoureux apprennent l’araméen pour cacher leur idylle à leurs parents»

CITIZEN NEWS. 12 décembre 2023, Texas. Au terme de plusieurs semaines d’inquiétude, l’affaire du possédé de Dunham semble enfin s’éclaircir. Le petit Christian, 12 ans, qui récitait dans son sommeil des paroles incompréhensibles et écrivait de nombreuses lettres dans une langue inconnue, n’était pas fou, mais juste amoureux…

Les parents du garçon, catholiques rigoristes et néo-luddites (ndlr : qui s’opposent aux avancées technologiques), voyaient dans les actions extraordinaires de leur fils l'œuvre du démon. Après avoir remué ciel et terre afin d'être entendue par le diocèse épiscopal du Texas, la famille avait obtenu la visite d’un prêtre exorciste qui, après examen de l’enfant, n'en est toujours pas revenu :

Le petit Christian ne parle pas la langue de Satan, mais celle de Jésus-Christ c’est-à-dire l’araméen ancien.

Derrière ce mystère, nulle sorcellerie, mais une histoire d’amour : Christian et son amoureuse, Nausicaa, 12 ans également, ont en réalité appris l’araméen dans le plus grand secret en suivant des cours en ligne communautaires (MOOC) afin de pouvoir dissimuler leurs conversations à leurs familles. Une façon moderne de les crypter - peu ou quasiment pas d’outils de traduction en ligne étant disponibles pour l’araméen ancien.

À l’origine de ce Roméo et Juliette moderne, deux familles voisines que tout oppose : Christian, scolarisé dans une école hors ligne, est élevé dans une famille traditionaliste qui lui interdit de côtoyer les enfants «nés de la technologie» (ndlr : Nausicaa est issue d’une fécondation in vitro). Nausicaa, dont les parents sont des athées militants, décide alors de suivre des cours d’araméen en ligne pour les partager avec son amoureux. Le but ? S’écrire des mots doux que les enfants s’échangent en les cachant dans leurs jardins respectifs. Jour après jour, Nausicaa, qui est la seule connectée, fait ainsi patiemment la leçon à son petit camarade.

Rapidement, la fillette cumule en ligne les badges en langues orientales antiques. Elle reçoit même des propositions de bourse d’étude de la part de professeurs de prestigieuses universités, qui ignorent son âge. Et c’est l’un de ces professeurs, par ailleurs théologien, qui au moment de la découverte du pot aux roses, entrouvre le dialogue entre les deux familles. Il convainc le père du petit garçon de faire valider en ligne ses compétences en araméen en lui confirmant qu’il s’agit bien de «la langue parlée par Jésus-Christ». Une remarque qui fait sourire la mère de Nausicaa :

Elle a été bien maligne de choisir d’apprendre en ligne une langue comme l’araméen.

Aujourd’hui, les deux enfants vont enfin pouvoir étudier ensemble, toutes les semaines, sous la surveillance du théologien : il s’est engagé à traduire au père de Christian tous les messages qui sembleraient licencieux. Nausicaa est ravie, même si elle avoue déjà s’intéresser «à l’Elfique et au Haut-Valyrien», des langues imaginaires plus propices «aux poèmes d’amour» selon la fillette, déjà fan de J.R.R. Tolkien et de G.R.R. Martin. Des œuvres que Christian n’a, lui, guère le droit de lire. Pour l’instant ?

Par Régis Jaulin et David Neiss
Illustration Sidonie Le Gourrièrec

 

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