Procès Davidson : la friteuse sur le banc des accusés

Fait divers #5 : une histoire d’électricité

«Procès Davidson : la friteuse sur le banc des accusés»

CITIZEN NEWS. 9 janvier 2024, tribunal de Los Angeles en Californie. Et si la coupable était cette friteuse électrique chinoise ? Et si c’était elle qui avait poussé Donald Davidson, 37 ans, à tuer son épouse il y a plus d’un an, dans sa cuisine, alors qu’il préparait à manger ?

Voilà l’improbable scénario qu’ont présenté hier les avocats de la défense du célèbre prodige de la Silicon Valley, devant une assistance tour à tour incrédule, ironique et finalement stupéfaite. Et pourtant ! La friteuse pourrait bien innocenter le milliardaire désormais présenté comme la victime d’un incroyable effet domino ayant provoqué son coup de folie.

Jusque-là, l’accusation n’a eu de cesse de dresser un portrait glaçant de Donald Davidson, décrit comme rigide, obsessionnel, terriblement fier de sa fortune et surtout exaspéré par les frasques d’une épouse qu’il ne supportait plus et dont il disait «qu’elle voulait lui sucer jusqu’au dernier dollar». Mais c’est un autre visage qu’il présentait hier. Celui d’un homme meurtri dans son enfance par une violente agression et fragilisé par des accès mélancoliques si récurrents qu’il s’est équipé il y a trois ans d’un stimulateur électrique intra-crânien afin de à guérir sa dépression.

Selon ses avocats, c’est avec cet implant cérébral que la nouvelle friteuse sans fil des Davidson serait entrée en résonnance magnétique suite à une défaillance de son système de recharge électrique.

Un dysfonctionnement mis en évidence par la défense via la possibilité d’interaction entre les systèmes de recharge sans fil des deux appareils : aussi infime soit-elle, preuve a été donnée que la friteuse a pu dérégler l’implant cérébral de Donald Davidson.

Conséquence : dans son cerveau, le stimulateur électrique se serait emballé, influant sur d’autres régions du système limbique que le seul septum – la zone du cerveau activée pour corriger la dépression – et aurait provoqué le coup de folie du chef d’entreprise. Plusieurs neurologues se sont alors succédé à la barre pour expliquer à quel point la littérature cognitiviste fourmille de cas semblables où, lors de crises d’épilepsie ou de séances d’électrochocs, les patients se retrouvent assaillis par des souvenirs qui leur font perdre pied avec la réalité. Selon la défense, c’est ce qui serait arrivé à Donald Davidson : revivant son trauma passé, il aurait tué son épouse, en croyant se débattre avec l’agresseur de son enfance.

Reste à savoir si les jurés seront ou non convaincus par l’incroyable démonstration. Tous, en tout cas, regardaient avec inquiétude la friteuse qui trônait hier parmi les pièces à conviction. Elle semblait presque menaçante et étrangement sournoise. Mais peut-être pas autant que Donald Davidson lui-même.

Par Régis Jaulin et David Neiss
Illustration Sidonie Le Gourrièrec

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