L’hôpital 2.0
L’hôpital connecté, c’est l’avènement d’une médecine en réseau où les différents acteurs interagissent et échangent de l’information.

L’hôpital 2.0

Des services au service des personnels de santé et des patients

L’«hôpital connecté », autrement appelé «hôpital 2.0», est une petite révolution qui se déroule sous nos yeux. Peu à peu, la plupart des établissements se mettent en réseau et utilisent les nouvelles technologies autant pour la gestion des soins et la sécurité de tous que pour apporter de nouveaux services aux patients et développer demain la télémédecine. Petit tour d’horizon avec Charles Brocker du Lys, responsable du Centre de compétences «Hôpital connecté» de la division Santé d’Orange Business services.

CM : Pouvez vous nous résumer ce qu’est l’hôpital connecté ?

Charles Brocker du Lys : Depuis le début des années 2000, et plus encore depuis 2009 avec la loi HPST (Hôpital, Patient, Santé, Territoire), l’hôpital subit de profondes transformations. Les établissements doivent se spécialiser sur certaines pratiques médicales et autour d’un nombre réduit de plateaux techniques. Des hôpitaux locaux deviennent de «simples» EHPAD (Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées et Dépendantes) rattachés à des établissements plus importants. Enfin, et surtout, une forte pression financière pèse sur le système de santé, ce qui suppose de mettre en place de véritables parcours de soins et d’optimiser les structures utilisées en fonction du rapport coût/efficience.

L’hôpital connecté, c’est donc avant tout l’avènement d’une médecine en réseau où les différents acteurs interagissent et échangent de l’information. La coopération entre établissements et entre professionnels de santé est devenue maintenant indispensable. Des structures comme les Communautés Hospitalières de Territoire, les Groupement de Coopération Sanitaire et les Maisons de Santé se mettent donc en place durablement sur notre territoire.

CM : En quoi Orange est-il un acteur légitime dans ce domaine ?

CBdL : Orange travaille depuis de nombreuses années pour répondre aux besoins des établissements de santé. Et depuis 2007, avec la création de la division santé d’Orange, c’est tout un ensemble de solutions spécifiques, la plupart du temps totalement dédiées aux professionnels de santé, qui a été développé. L’hôpital connecté fédère l’ensemble de ces solutions. Ce secteur dispose d’un marketing dédié qui travaille en étroite relation avec la division santé, les équipes d’Orange Labs (plus de cent personnes au secteur santé) et avec les équipes santé d’Orange Consulting.

Nos clients mais aussi nos partenaires sont régulièrement sollicités afin de rester au plus près des besoins des professionnels de santé et de leurs évolutions. Orange dispose également depuis plusieurs années maintenant d’une force commerciale dédiée au secteur de la santé répartie sur l’ensemble du territoire.

CM : L’hôpital 2.0., c’est quantité de modules qui s’insèrent dans l’infrastructure existante. Pouvez-vous nous parler de ceux destinés au suivi des activités hospitalières, à l’administration ?

CBdL : Je pense que le grand public ne se rend pas compte de la difficulté qu’il y a à gérer un établissement de santé. Il faut assurer le suivi d’un nombre important de matériels et de fournitures, tout en respectant des contraintes spécifiques en matière de disponibilité, de traçabilité, des normes de qualité hygiène et sécurité de l’environnement etc. De plus, le service étant rendu dans un contexte «médical», il y a une tolérance zéro vis-à-vis des erreurs.

Toutes les solutions qui permettent de faciliter le travail des professionnels de santé, d’optimiser leur temps sont les donc bienvenues.

La solution de traçabilité des biens et des personnes va par exemple permettre de localiser en temps réel certains équipements d’un hôpital. Le matériel étant équipé de tags RFID actifs via wifi, on peut très rapidement trouver le brancard ou le fauteuil roulant disponible le plus proche de l’infirmière qui en a besoin et envoyer sa position exacte sur son terminal DECT ou sur son smartphone.

De la même façon, le gestionnaire de l’hôpital va avoir une vision en temps réel de son parc de matériel, de son état, de son niveau d’utilisation, du lieu de son utilisation, etc. En complément, cette solution permet d’alerter le personnel lorsque certains équipements – notamment les plus onéreux – sortent d’une zone prédéfinie. Elle permet donc de lutter contre le vol de matériel, qui malheureusement se développe dans les établissements de santé.

L’application «Rappel de rendez-vous», quant à elle, fait gagner du temps et de l’argent aux Hospices Civils de Lyon, mais il devient aussi une vraie mémoire de secours pour les patients.

Autre exemple, la solution de rappel de rendez-vous. Grâce à elle, on va diminuer le pourcentage de rendez-vous manqués dans les établissements de santé.

Un rendez-vous non honoré, en particulier s’il concerne des examens nécessitant l’utilisation de plateaux techniques (scanner, IRM, radio), représente un manque à gagner important car ce sont autant d’actes qui ne sont pas facturés.

Or le pourcentage de ces rendez-vous, en particulier dans les hôpitaux publics, peut être très important (10% et parfois même jusqu’à 20%). L’enjeu financier est donc fort. Orange propose des solutions simples qui permettent de coupler les agendas avec des systèmes de rappel de rendez-vous par SMS, mail ou message téléphonique. Ces solutions ont déjà été déployées avec succès dans de grands centres comme les HCL (Hospices Civiles de Lyon).

CM : Les modules de gestion des parcours de soins s’adressent quant à eux aux médecins et personnels soignants. Quels sont les exemples les plus emblématiques en terme d’efficacité à la fois économique et organisationnelle ?

CBdL : Dans ce domaine, un sujet est actuellement vraiment au cœur de la problématique des hôpitaux : la mobilité. Le personnel est très mobile, que ce soit à l’intérieur de l’établissement (les infirmières marchent chaque jour des kilomètres) ou à l’extérieur (les trajets des médecins entre l’établissement et leur cabinet en ville par exemple). Dans ce contexte, les smartphones et les tablettes deviennent un outil précieux pour mutualiser un certain nombre de fonctions sur un même terminal (alerte pour la recherche de personnes, gestion des alarmes critiques, notamment pour la prévention de fugue, fonction de dictée numérique etc.), tout en permettant de développer de nouveaux usages (prescription de médicaments, accès et saisie dans le Dossier Patient Informatisé etc.). C’est un enjeu considérable lorsque l’on sait que le taux d’équipement des professionnels de santé en terminaux mobiles reste aujourd’hui très faible, de l’ordre de 5 à 8%.

CM : Parlez nous des nouveaux services pour les patients.  On évoque des «services hôteliers» dans l’hôpital. De quoi s’agit-il ?

CBdL : Un hôpital, c’est aussi un hôtel, étymologiquement c’est le lieu de l’«hospitalité». J’évoquais plus haut les aspects logistiques de l’administration d’un établissement de santé. Parmi ceux-ci, il faut aussi citer la gestion du linge, de la restauration, des divertissements, etc. Durant son séjour un patient va «consommer» toutes ces prestations. La gestion de ces «services hôteliers» tend aujourd’hui à se professionnaliser dans les hôpitaux et une véritable attention est maintenant portée à ces sujets qui permettent d’améliorer le confort des patients et, au-delà, leur satisfaction.

À la polyclinique de Picardie, après une phase de tests, personnels et patients se disent conquis par les terminaux multimédias (TMM).

Les solutions proposées par Orange permettent d’enrichir l’expérience des patients en matière de divertissements en se rapprochant de ce que l’on peut connaître chez soi. L’hôpital va pouvoir fournir des bouquets de télévision de base, ou enrichis de chaînes supplémentaires, proposer des services de VoD, offrir de façon simple la radio dans toutes les chambres, communiquer sur l’établissement lui-même grâce à une chaîne dédiée à l’hôpital, etc. Il est également possible de proposer, au travers de terminaux multimédias, un véritable accès à Internet ou de permettre aux professionnels de santé d’accéder directement au dossier d’un patient, à ses radios, examens, etc.

Ces services deviennent donc un élément différenciant les établissements de santé les uns par rapport aux autres et des critères de choix pour les patients lorsqu’ils doivent sélectionner leur lieu d’hospitalisation. Pour finir, ces solutions, faciles à configurer, peuvent permettre à certains hôpitaux d’en assurer l’exploitation en propre et ainsi d’en tirer un nouveau revenu.

CM : Existe-il aussi des solutions pour améliorer la sécurité des patients et des personnels soignants ?

CBdL : L’hôpital est un lieu public et ouvert, et l’actualité récente a malheureusement mis en évidence un certain nombre de problèmes de sécurité pour les patients comme pour les personnels soignants. Pour répondre à ces problèmes, il existe des outils techniques : les caméras de vidéosurveillance permettent de sécuriser un établissement au même titre qu’une gare ou une ville. Ces solutions peuvent être couplées avec les contrôles de sas afin de gérer les entrées-sorties de zone des différentes populations qui se côtoient (patient, visiteurs, personnels). Il y a également des solutions plus spécifiques pour assurer la sécurité des personnels potentiellement isolés pendant certaines périodes critiques, notamment la nuit. Ils sont munis de terminaux mobiles permettant de déclencher simplement une alerte en cas de chute ou d’agression.

Il faut aussi mentionner le cas toujours sensible de la protection des nourrissons. Une solution adaptée est de les équiper d’un «tag» – le plus souvent un bracelet équipé d’une puce RFID mis à la cheville du nourrisson – afin d’alerter le personnel soignant si l’enfant sort d’une zone prédéfinie. Cela rassure à la fois les familles et le personnel.

Orange Healthcare a mis en place un dispositif unique dans le service de néonatologie de l’hôpital de Villefranche-sur-Saône. Sur les écrans de machines, le bébé et la mère restent en permanence sous l’œil vigilant des infirmières. Et même la famille peut se connecter pour voir le nouveau-né.

CM : A partir de quand pouvons-nous considérer qu’un hôpital est connecté ? Combien cela représente-t-il d’établissements ?

CBdL : Quasiment tous les établissements nationaux ont déployé, avec Orange ou avec d’autres partenaires, l’une ou l’autre des solutions de l’hôpital connecté. En revanche, très peu en ont mis en place plusieurs.

C’est tout l’enjeu des prochaines années car la médecine devient une pratique en réseau, les informations sont numériques et les professionnels de santé ont de plus en besoin de les échanger, de les partager, de collaborer les uns avec les autres.

Même si le contexte financier est difficile, la mise en place de cet hôpital connecté est une question de temps : les établissements vont progressivement s’équiper pendant les prochaines années.

CM : Et ailleurs dans le monde, quelles sont les innovations et les services que l’on verra arriver dans quelques années ?

CBdL : C’est essentiellement l’automatisation de certaines tâches qui va encore enrichir les services proposés et l’expérience des utilisateurs. Par exemple, les technologies sans contact (les tags RFID) font qu’un professionnel de santé sera automatiquement reconnu lorsqu’il pénètre dans la chambre ou au domicile d’un patient. Il aura ainsi directement accès à son dossier, sans devoir entrer des codes.

Les interfaces de reconnaissance vocale vont aussi permettre, au-delà des fonctions de dictée numérique actuelles, de renseigner directement le dossier d’un patient en utilisant un langage normé.

La télémédecine va également connaître un essor considérable. Les professionnels de santé expriment depuis plusieurs années le besoin de pouvoir réaliser un certain nombre d’actes à distance, que cela soit pour établir un diagnostic ou certifier un compte-rendu.

Les patients, de leur coté, pourront bénéficier de consultations à distance évitant ainsi de nombreux déplacements. C’est essentiel, car le bénéfice du déplacement d’une personne fragile pour une consultation doit souvent être à chaque fois évalué en regard des risques que cela comporte pour elle.

Autrement dit : demain, la télémédecine sauvera et prolongera des vies.

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