Tablette à l’école, un outil tout en un parfaitement adapté
Après le manuel scolaire numérique et la calculatrice, la tablette devient le prochain outil équipant chaque élève.

Tablette à l’école

Un outil tout en un parfaitement adapté

Aujourd’hui, la tablette s’implante dans les salles de classe. Elle est multifonctions, légère et a donné de nombreuses preuves de son efficacité. Demain, le smartphone pourrait lui aussi faire son entrée à l’école comme outil pédagogique. En ce début d’année 2014, bilan et prospective avec Thierry Coilhac, en charge du développement des activités liées à l’éducation chez Orange.

CM : La tablette a fait son entrée dans les établissements scolaires il y a trois ans. Où en est-on aujourd’hui ?

TC : Le développement de la tablette dans l’éducation a été plus rapide que ce à quoi on s’attendait. Dix millions d’unités équipent déjà des écoles dans le monde entier. Des pays comme la Corée, la Turquie ou la Thaïlande ont lancé des plans de généralisation consistant à équiper chaque élève d’une tablette individuelle, ce qui représente des dizaines de millions d’unités. La ville de Los Angeles à elle seule en a commandé 640 000.

C’est d’ailleurs pour cela que l’éducation est un des axes prioritaires pour des constructeurs comme Apple ou Samsung. Le groupe de média News Corp de Rupert Murdoch a de son côté créé une filiale dédiée à la tablette pour l’éducation. Son petit nom est d’ailleurs la «tablette orange» puisqu’elle n’existe que dans cette couleur.

En France on estime qu’environ 100 000 tablettes ont déjà été commandées par les collectivités locales. Ce sont des opérations récurrentes, qui sont renouvelées tous les ans, et d’autres collectivités leur emboiteront le pas. L’équipement des écoles par les municipalités, notamment, est en plein essor, ce qui était attendu puisque les configurations basées sur PC avaient déjà eu beaucoup de succès.

Du côté de l’État, le Rapport sur la structuration de la filière du numérique éducatif publié en juillet 2013 par quatre ministères (Éducation Nationale, Enseignement Supérieur et Recherche, Économie et Finances, Redressement Productif) insiste largement sur le caractère désormais inévitable de ce terminal dans le monde scolaire : «La question majeure est de savoir si l’on peut s’appuyer à l’avenir sur des stratégies de type BYOD, les smartphones et la tablette étant désormais considérés comme aussi indispensables que la calculatrice scientifique, équipement obligatoire traditionnellement financé par les familles, a pu l’être jusqu’à présent. Les financements consacrés à l’équipement des élèves modestes devraient alors intégrer l’achat de ces matériels

Le financement de ce terminal par les familles, comme c’est le cas pour d’autres fournitures scolaires, est un point clé, puisqu’il peut permettre une généralisation très rapide. Une étude de Médiamétrie révèle que 80% des parents sont convaincus de l’intérêt de la tablette dans un cadre scolaire, et  68% sont prêts à contribuer à son achat.

Des responsables politiques, comme Pascale Luciani Boyer (porte-parole de l’Association des Maires de France pour le numérique et membre du Conseil National du Numérique) vont même jusqu’à demander à ce qu’elle soit remboursée par la Caisse d’Allocation Familiale !

CM : Pourquoi cet outil est-il adapté et quels sont ses apports en terme d’éducation ?

TC : L’adéquation de la tablette pour l’éducation a largement été démontrée. Les nombreuses expérimentations et déploiements qui ont eu lieu dans le monde et en France dans plus de 500 établissements scolaires concluent au fait qu’une tablette c’est : 

  • Une pile de dictionnaires : français, synonymes, anglais, etc.
  • Une pile de manuels scolaires de toutes disciplines, multimédias, interactifs, personnalisables, faciles à annoter.
  • Une bibliothèque entière de littérature classique française (100 000 livres gratuits) et étrangère.
  • Un kiosque de presse à journaux gratuits, français et étrangers (pour les langues, l’économie, la géographie, la philosophie, etc.).
  • Une calculatrice basique, une calculatrice scientifique graphique.
  • Des dizaines de formulaires et autres outils : maths, physique, conjugaisons, correcteurs, traducteurs, atlas géographique, piano, feuille de dessin, souris à disséquer, etc.
  • Un balladeur MP3 pour les langues, les dictées, la musique, et tous types d’apprentissages.
  • Un terminal de réponse interactif pour des interrogations instantanées en classe sur TNI (Tableau Numériques Interactifs).
  • Des applications pour apprendre, réviser, s’entrainer, parfois de façon ludique, parfois de façon collaborative en réseau, etc.
  • Un terminal connecté pour accéder à l’ENT (Espace Numérique de Travail) - où l’élève trouvera les cours, exercices et corrigés déposés par les enseignants, ou les informations de vie scolaire - et aux innombrables portails de ressources multimédias académiques (Edubase, Euler, etc.), publiques (INA, Wikipedia, etc.), associatives (Sésamath) ou collaboratives.                

Les contenus arrivent massivement, que ce soit via les éditeurs traditionnels (Hachette, Nathan, Bordas, Belin, etc.) qui font migrer tout leur catalogue, les start-up spécialisées, ou les sites collaboratifs d’enseignants.

Cette substitution de la tablette aux outils matériels présente de nombreux avantages. L’élève a toujours tout avec lui, dans un outil qui ne pèse que 600 g et non plus dans un cartable de 13 kg. Et les ressources sont multimédias, interactives et collaboratives, lui sont instantanément accessibles de n’importe où, utilisables, et potentiellement illimitées.

Tablette à l'école, Madmagz
Pour de nombreux enseignants, la tablette est un outil léger qui favorise la participation. Photo : Mag des usages.

CM : Quels sont les établissements concernés ? Les écoles ? Les collèges et lycées ? L’utilisation des tablettes va-t-elle au-delà de la salle de classe ?

TC : Environ 10 000 tablettes sont actuellement utilisées dans un cadre scolaire et les trois types d’établissements sont concernés. Dans les écoles primaires, elles constituent un excellent outil d’apprentissage des compétences de base (lire, écrire, compter). Prêtée à un enfant en difficulté, elle peut lui permettre de s’entraîner, de réviser, à son rythme chez lui et à l’abri des regards. Il pourra, par exemple, enregistrer ses exercices de lecture et les réécouter le lendemain avec l’enseignant.

Reportage et retours d’expériences dans une classe pilote d’une école primaire près de Grenoble qui mène des expérimentations pédagogiques avec les tablettes.

Dans les collèges et lycées, un premier bilan a permis de mieux cerner ses différents usages : accès à des sites de ressources pédagogiques – Ceux du ministère comme Eduscol ou Primtice, ceux des académies, des collectivités locales, des associations d’enseignants comme Sesamath ou des blogs comme LeWebPedagogique, mais aussi des sites généralistes comme Wikipedia ou le site de l’INA, et des sites d’éditeurs –, lecture de tous types de fichiers (pdf, word, Wordub, etc), et de vidéos, écoute de textes en français ou dans une autre langue, etc.

Grâce à une plateforme d’échange, l’enseignant peut instantanément distribuer son cours et les exercices, puis «ramasser» les copies des élèves lorsqu’ils ont fini l’exercice, y compris pour les devoirs à faire à la maison. Les fonctions photo et vidéo permettent aux élèves de réaliser des travaux pratiques, comme envoyer un document numérique où apparaissent les différentes parties (tige, pétales, etc.) d’une fleur après dissection, ou se filmer lors d’une épreuve de saut en hauteur et transmettre la meilleure séquence.

Pour être efficace, la tablette doit être toujours disponible, personnelle et utilisable dans tous les lieux où s’effectue la scolarité. Néanmoins, elle doit rester un outil pédagogique et il est nécessaire de protéger l’enfant contre certains «dangers» de l’Internet, en installant des configurations logicielles spécifiques pour filtrer les connexions et interdire les sites adultes par exemple.

Au collège Les Merisiers à Jouy-le-Moutier (95) dans le cadre du projet TEN (Tablette Elève Nomade), la tablette est utilisée par les élèves de 6ème pour concevoir un mur végétal.

CM : Quel marché cela représente-t-il ?

TC : Le calcul est simple. Le potentiel est de 10 millions de terminaux si tous les élèves du CE1 à la terminale sont équipés, avec un renouvellement tous les trois ans (à chaque entrée de cycle), ce qui fait environ 3 millions de terminaux par an. Ce chiffre est à rapprocher des 3,6 millions de calculatrices et des 40 millions de manuels scolaires qui se vendent tous les ans.

La tablette ne sera évidement que le support matériel qui embarquera un grand nombre de ressources et de services. L’ensemble matériel + ressources + services représente un marché qui dépasse le milliard d’euros par an en France, et un même ordre de grandeur dans les pays européens. C’est donc toute la filière de l’e-éducation qui sera tirée par la tablette.

CM : En quoi Orange est-il concerné ?

TC : Ces tablettes pour l’éducation seront nécessairement connectées.  Elles le seront dans les principaux lieux d’utilisation, l’établissement scolaire et le domicile des enfants. L’information pédagogique sera de plus en plus en ligne, dans le «cloud». Le cours vu en classe pourra ainsi être revu le soir à la maison. L’exercice fait le soir sera collecté en ligne puis corrigé le lendemain par l’enseignant.

Elles seront vraisemblablement rapidement «toujours connectées» dans les autres lieux : en sortie scolaire, dans les transports, le week-end, pendant les vacances, etc.

La connexion est donc un élément essentiel, que ce soit en Wi-Fi à travers les accès fibre de la maison ou des établissements, et en 3G / 4G. Orange est concerné au moins à ce titre.

Par ailleurs, peu d’entreprises ont le profil pour distribuer des terminaux connectés à des millions de clients, avec les services et la garantie de qualité qui doivent les accompagner. Leur nombre se réduit encore si ces sociétés doivent savoir converser à la fois avec les familles et avec les collectivités locales. C’est typiquement une activité d’opérateur de télécom.

CM : Le smartphone peut-il être un outil alternatif ?

TC : Fonctionnellement, oui. Quand on observe les usages pédagogiques sur tablette mentionnés plus haut, on s’aperçoit que 90% d’entre eux fonctionnent aussi sur smartphone. Seule la lecture «pleine page» n’est pas possible pour des raisons ergonomiques. Mais cela laisse encore beaucoup de possibilités. D’autant plus qu’un grand nombre des contenus «pleine page» actuellement disponibles dans les livres vont se fragmenter en plus petites unités, ou changer de forme grâce à l’interactivité et au multimédia. Ce sera le cas notamment des exercices et corrigés dont la forme devrait s’adapter aux petits écrans.

En revanche, on risque de se heurter à une barrière psychologique, car le smartphone est évidemment aussi un téléphone. Mais l’obstacle est contournable. Il pourrait y avoir des smartphones estampillés «Éducation» dont l’usage téléphonique serait contrôlé. Il serait ainsi techniquement assez simple d’empêcher l’accès à Facebook ou à d’autres sites quand le smartphone est à l’intérieur de l’établissement.

Un des scénarios possibles est que l’usage du smartphone décolle spontanément, du fait des enseignants et des élèves eux-mêmes, sans que cela ne soit organisé par le haut. D’où l’intérêt de réfléchir à la façon dont il pourrait être utilisé dans l’éducation, et aux différentes manières d’accompagner la diffusion de ses usages.

CM : Quelle est la stratégie d’Orange et quels sont ses partenaires et ses projets dans ce secteur de l’e-éducation ?

TC : Nous sommes montés en compétence sur ce sujet à travers diverses expérimentations.

La plus poussée, le projet TEN – Tablette Élève nomade – a été lancée en 2011 sur des classes de sixième. En partenariat avec les conseils généraux et les académies, nous avons équipé 300 élèves et enseignants, répartis sur six collèges du Val d’Oise, des Yvelines et de la Somme. Nous avons opté pour des tablettes connectées en Wi-Fi et 3G de façon complémentaire, individuelles, utilisées dans toutes les matières, et autorisant des usages personnels non pédagogiques à la maison.

Pour l’école primaire, nous avons lancé depuis 2013 une expérimentation dans laquelle nous avons équipé trois écoles de configurations très complètes : fibre, réseau local, Wi-Fi, tablettes, ressources, vidéoprojecteurs interactifs, serveurs de partage de documents, etc.

Cette expérimentation nous a conforté dans la certitude que seule une offre complète, clé en main, convient pour l’école primaire. Les compétences technologiques y sont bien plus rares que dans les collèges ou lycées, et les mairies sont moins à même que les conseils généraux et régionaux de leur apporter une aide.

Début 2014, nous lançons le pilote commercial d’une offre qui inclut tous les matériels, logiciels et ressources nécessaires, la formation technico-pédagogique, un support par hot line, ainsi qu’une connectivité mobile basée sur des mini-routeurs Wi-Fi/3G connectant les tablettes à l’Internet quelle que soit l’infrastructure de l’école. Cette offre permettra vraiment aux enseignants de démarrer dès le jour de la livraison.

Lancement du projet TEN – Tablette Élève Nomade – initié en partenariat avec Orange, dans une école du Val d’Oise.

CM : N’y a-t-il pas risque que tout cela soit finalement un effet de mode ?

TC : Le risque existe, mais il est inhérent aux nouvelles technologies. L’éditeur Belin aime à rappeler que son entreprise et ses manuels scolaires existent depuis 1777 alors que sur la tablette nous n’avons que deux ou trois ans de recul.

Le vrai problème, c’est la différence de rythme entre les nouvelles technologies qui ont des cycles de 3 à 5 ans et le monde de l’éducation qui est bien plus lent du fait de la forte population concernée (800 000 enseignants, 11 millions d’élèves). La difficulté est de conserver une certaine homogénéité. De ce fait, on hésite toujours à utiliser les toutes dernières innovations parce qu’elles n’ont pas suffisamment fait leurs preuves. Mais on ne veut pas non plus déployer des solutions trop anciennes. Le résultat est que très peu de nouvelles technologies sont mises à profit dans le domaine de l’éducation, alors qu’elles y auraient une valeur ajoutée certaine.

Ce constat va dans le sens d’un équipement en terminaux par les familles. L’infrastructure, qui évolue moins vite, reste du ressort des collectivités locales. Et certains services clés sont pris en charge par le ministère, comme c’est par exemple le cas des services DCOL (soutien scolaire en ligne), Fondamentaux (ressources vidéo pour école primaire) ou encore English For School qui ont été lancés en 2013 par le ministère de l’Éducation nationale.

Concernant l’efficacité de ce type d’outils, il faut se rappeler qu’aucune étude n’a jamais montré scientifiquement l’intérêt pédagogique du manuel scolaire, ni de la calculatrice. L’outil est d’abord, usage à l’appui, jugé expérimentalement utile, ce qui lui permet de se diffuser. Il devient ensuite rapidement indispensable et finalement obligatoire.

Et pour aller plus loin


Une autre vidéo sur les expérimentations du projet TEN.
 

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