Des usages des réseaux sociaux professionnels
Le réseau social professionnel: un espace pour s'informer, développer son réseau de contacts et booster sa carrière.

Des usages des réseaux sociaux professionnels

Comment les marques et les entreprises s’exposent sur le web 2.0

A quoi servent les réseaux sociaux professionnels, qu’y fait-on, qu’y trouve-t-on et quelles informations donner sur soi et son entreprise pour que le fait d’y être soit positif et non nuisible ? Quelles règles de base doit-on respecter, comment mettre en valeur son profil et ses compétences ? Quels enjeux sous jacents – Big data, données personnelles, vie privée – ces réseaux induisent-ils ? Estelle Chauvey, manager en stratégie de communication chez Orange, fait le point pour nous sur cet univers qu’elle connaît comme sa poche.

CM : Quels sont les principaux réseaux sociaux professionnels et en quoi se distinguent-ils les uns des autres ?

Estelle Chauvey : Deux grands acteurs se dégagent dans le domaine des réseaux sociaux professionnels, ce sont Linked in et Viadeo. Le réseau de référence, et le plus connu, est Linked in qui réunit 277 millions de membres dans le monde, dont plus de 7 millions en France, issus de 170 secteurs d’activités dans plus de 200 pays. On sait que deux nouveaux membres rejoignent la plateforme chaque seconde ! Il est très puissant en Amérique du Nord. Sa principale mission est de connecter les professionnels pour accroitre leurs performances et leur réussite et booster leur carrière. Les utilisateurs sont principalement des cadres au profil international (dont 60% d’entreprises de plus de 500 salariés).

Viadeo, lui, compte 55 millions de membres dans le monde et une forte présence sur les marchés émergents (3 millions en Afrique, 1 en Russie, 17 en Chine). Il est leader en France avec 8 millions de membres issus de 30 secteurs d’activités), un positionnement au cœur de l’économie locale et un très bon maillage géographique. Il se positionne comme un facilitateur et sa mission est d’accompagner et accélérer la carrière de tous les actifs français. Il s’adresse d’ailleurs à tous les actifs : chercheurs d’emploi, jeunes diplômés, cadres, décideurs TPE/ PME et entrepreneurs.

Il existe d’autres réseaux alternatifs comme Xing (un réseau allemand comptant 13 millions de membres en 2012) qui  propose gratuitement aux internautes un véritable gestionnaire de contacts professionnels leur permettant de saisir de nouvelles opportunités. Ou encore le réseau social HUZZ qui permet de mettre en relation les recruteurs avec les chercheurs d’emploi. Il est davantage dédié à l’emploi et repose sur un système de cooptation pour l’adhésion.

Chaque jour des dizaines de milliers de membres rejoignent les réseaux sociaux professionnels.

CM : Quels en sont les différents usages aujourd’hui ?

E C : Selon une étude 2013 de l’Observatoire des réseaux sociaux créé par l’IFOP, aujourd’hui 86% des internautes sont inscrits sur au moins un réseau social. Et un internaute est inscrit sur 4,5 réseaux sociaux en moyenne. Malgré tout l’image des réseaux sociaux professionnels est réductrice car nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut être en recherche d’emploi pour les utiliser. On sait d’après une enquête Viadeo - ACCE (menée auprès de 600 actifs et 400 recruteurs français) que 28% des actifs et 26% des recruteurs français y sont inscrits.

Il faut également dire que 95% des internautes séparent vie privée et vie professionnelle. Il y aurait donc une plateforme pour chaque moment de la vie. On s’y exprime en tant que personne, sur sa sphère privée ou professionnelle ; on y partage ses centres d’intérêts et des contenus liés à des moments de divertissement parfois futiles. Sur Twitter, par exemple, on s’exprime dans l’instant en tant qu’émetteur d’opinions sur des sujets d’ordre privés ou professionnels.

L’état d’esprit est également très différent : sur les plateformes professionnelles on «investit» du temps, alors qu’on passe du temps sur les réseaux sociaux personnels. On y construit son identité numérique : on est maître et conscient de ce qu’on publie sur soi. On assume son nom, on valorise ses compétences, son expérience, son image avec des photos valorisantes, on soigne sa présentation et on optimise l’empreinte qu’on laisse. On développe un réseau de contact avec pour objectif de l’élargir. On améliore ses perspectives de carrière en affirmant son expertise via le partage d’articles, une présence active dans des groupes de discussion, ou en se faisant le porte-parole de son entreprise grâce aux Pages Entreprise. On s’informe, sur des secteurs d’activités professionnelles qui nous intéressent.

Linked in - Orange
Des pages Orange sur le réseau social Linked in.

CM : Quels sont les intérêts pour une entreprise d’y être présente ?

E C : C’est une vitrine supplémentaire pour l’entreprise qui complète les autres points de contact. Un espace pour exprimer du contenu riche et utile sur sa culture d’entreprise, sa marque employeur, l’activité et les innovations de celles-ci et ses idées.

Il est important de noter qu’aujourd’hui ce type de contenu concernant une marque suscite six fois plus d’interactions que des communication classiques. Ces plateformes permettent de cibler avec précision et d’adresser des contenus enrichis (liens, videos…)

«Optimiser sa présence sur les réseaux sociaux» une vidéo sur Orange Business TV.

CM : Cela modifie-t-il le rapport entre la marque et son public ?

E C : Oui puisque qu’à travers  les groupes de discussion on peut interagir avec les communautés en diffusant des éléments de réflexion, en communiquant avec les clients actuels et potentiels, et en suscitant des commentaires et des avis.

Le contenu n’est pas un simple panneau d’affichage, il entraîne fatalement une discussion, qu ‘il faut entretenir. Et le processus même de la discussion est d’informer en adressant des données utiles et faciles à assimiler, d’inspirer en diffusant des éléments de réflexion et d’écouter les commentaires et les avis pour y répondre

Le challenge auquel doivent aujourd’hui faire face les marques sur ces médias sociaux (contrairement aux médias classiques) est de faire quotidiennement bonne impression à chaque engagement de discussion.

CM : On parle beaucoup de contrôle de la e-réputation ? De quoi s’agit-il quand on est une entreprise, ou un individu ?

L’identité numérique se construit. Elle correspond à ce que vous décidez de dire de vous et ou de votre entreprise sur les différents réseaux. L’e-réputation est en revanche subie. C’est la perception que les internautes ont de votre marque, ou ce que les gens disent de vous en fonction des flux d’informations qu’ils rencontrent sur le Net. Une mauvaise e-réputation peut être la conséquence d’une présence trop importante d’informations portant sur votre vie privée, ou sur une entreprise donnée, des informations qu’on ne peut plus contrôler ensuite. On ne peut pas empêcher les gens d’avoir des opinions sur vous et de les exprimer. Il y a des règles de bonne conduite sur les réseaux sociaux qu’il faut s’appliquer, comme la bienveillance, et des réflexes à avoir, comme de ne pas tagguer les gens sur n’importe quel contenu inapproprié. Il faut toujours se demander si l’on apprécierait que quelqu’un nous fasse la même chose.

Pour une marque, c’est le rôle du community manager de veiller sur chaque plateforme à la tonalité du contenu qui est échangé. Lorsque «la température monte», il doit répondre au nom de la marque, de manière très factuelle, très calme. 

CM : Peut-on vraiment «contrôler» son identité numérique et sa réputation en ligne ?

E C : La e-réputation ne nous échappe pas complètement si on reste vigilant sur ce qu’on publie et si on évite surtout les contenus susceptibles de porter préjudice.
Les réseaux sociaux professionnels, justement, nous permettent de canaliser et structurer le contenu relatif à cette identité. Chez Orange, par exemple sur le site Bien vivre le digital on retrouve des guides, des vidéos et des conseils pour apprendre à gérer son image sur les réseaux sociaux.

«Votre entreprise face aux trolls» 29ème épisode de la série Votre entreprise sur les médias sociaux, les conseils de Loïc Le Meur sur Orange Business TV.

On peut d’ores et déjà appliquer ces quelques principes sur les réseaux professionnels :

1 - Restez en veille active sur ce qui se dit sur vous ou sur votre marque. Commencez par auditer sa réputation ou la vôtre personnelle en tapant son nom ou le vôtre dans un moteur de recherche. Contrôlez régulièrement le contenu publié par des tiers (photos, commentaires, profils, vidéos) qui pourraient vous faire du tort, car les recruteurs ont de plus en plus tendance à étudier l’e-réputation des candidats à un poste avant de les rencontrer.

2 - inspirez-vous de la présence personnelle des membres qui ont un profil similaire au vôtre (participation aux groupes de discussion, mots-clés référencés, pages entreprises suivies etc).

3 - Passez d’un statut de spectateur à un statut d’acteur en publiant des contenus pertinents et en restant à l’écoute des avis des autres membres.

4 - Impliquez vos contacts dans la construction de votre profil, demandez-leur de confirmer vos compétences et de vous recommander. Une même information sur différents supports sera plus crédible qu’une information confuse et diluée.

5 - Choisissez vos paramètres de confidentialité en fonction de vos objectifs.

CM : On touche là la sphère des Big Data et de la protection de la vie privée... Autrement dit des quantités énormes de données à traiter en temps réel et des données parfois très sensibles. De ce que vous voyez des usages, diriez vous qu’aujourd’hui on a trouvé un juste équilibre ?

E C : En effet concernant la protection de la vie privée, il faut savoir que lorsque vous utilisez les services de la plupart des plateformes, vous acceptez que vos informations de profil soient collectées, transférées, manipulées, stockées, et utilisées tel que décrit dans leurs conditions d’utilisation. Les données ne sont pas si sensibles qu’on ne le pense, puisque par exemple on ne laisse pas ses coordonnées bancaires. Mais on présente malgré tout son profil, on engage ses relations et on expose son comportement. Ces informations ont pour objectif d’aider les gens à construire leur réseau professionnel, il ne faut pas l’oublier. Viadeo expose par exemple sa politique de confidentialité des données en toute transparence dans sa rubrique «aide».

Pour les marques en revanche, les données issues de ces plateformes sont précieuses. Elles leur permettent de segmenter efficacement leur audience et de diffuser le bon message à la bonne cible, d’être prédictives dans le service rendu. On peut dire que c’est «gagnant gagnant» puisque un ciblage précis, basé sur des données fiables, permet à l’utilisateur de recevoir des contenus qui l’intéressent. J’en profite pour souligner à quel point la politique de protection de la vie privée est un sujet très important pour un opérateur comme Orange. En novembre 2013, il a ainsi publié sa Charte pour la protection des données personnelles.

Nous avons encore un peu de chemin à faire pour trouver le bon équilibre. Il faut, à mon avis, que les marques travaillent en partenariat avec les plateformes sociales, comme nous le faisons chez Orange, afin de mettre nos expertises au service du client, dans le but de faciliter son quotidien. Et nous devons, en parallèle, poursuivre l’accompagnement des utilisateurs dans les usages digitaux.

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