« The Company of Colours »,

La Cyber réputation

Soignez votre moi numérique

Savez-vous que votre cyber réputation, ou votre alter ego numérique, vous suivent comme une ombre lors de chacune de vos pérégrinations sur la toile ?

Ces deux néologismes désignent ces fragments d'identité et d'informations personnelles offerts au regard de millions d'internautes, que l’on peut glaner sur votre profil Facebook, votre blog, un site de partage de photos ou au fil de commentaires, laissés par vous-mêmes ou vos proches, sur tel site de débat ou de rencontre.

Cette notion de cyber ou d'e-réputation touche autant les entreprises que les simples internautes. Les premières sont de plus en plus sensibles aux avis des internautes sur leur activité, aux blogs qu'ils créent, le plus souvent pour les critiquer, au point que se mettent en place des agences spécialisées en «e-réputation» ou en «corporate branding».

Du côté des particuliers, le symbole de la «e-réputation» tient à un geste devenu commun : taper son nom sur un moteur de recherche, comme bien d'autres le font à votre place pour vous connaître, ou plutôt découvrir votre double numérique...

Information, indiscrétion, voyeurisme...

La «cyber réputation» a son origine sur les sites marchands comme eBay : les acheteurs y sont invités à noter la qualité de service des vendeurs, les deux acteurs de la transaction étant de façon générale de simples particuliers. Mais cette notion connaît depuis le milieu des années 2000 un écho croissant suite à l'explosion des blogs et des réseaux sociaux, à quelques faits divers, par exemple des élèves critiquant leur professeurs sur leur page personnelle, ou à des polémiques opposant consommateurs et entreprises sur la qualité de leurs produits.


Un graphisme illustrant la question de la cyber-réputation sur le site de l’agence Reputation Squad.

La capacité accrue pour les internautes de s'exprimer sur de nombreux sujets, à propos d'une marque comme d'une personne physique, et la permanence des informations publiées sur Internet, imposent désormais aux entreprises, aux professionnels et aux particuliers soucieux de leur notoriété, de mieux maîtriser leur image, autrement dit gérer leur «personal branding».

C’est désormais un réflexe courant. À chacune de nos rencontres, ou lors de chacune de nos décisions, un petit exercice de «googling» s'impose. Qui est donc vraiment cette charmante personne rencontrée l'autre soir ? Mon patron dévoile-t-il sa vie intime et ses amours parallèles sur Facebook ? Mon collègue se prend-il pour un surhomme sur Second Life ? Et ce restaurant, où je m'apprête à inviter ma dernière conquête Meetic, ou ce nouvel ordinateur censé doper ma soif de piratage, qu'en disent les bloggeurs et les consommateurs avertis ?

Un business de la réputation

Aujourd'hui, c'est dans le monde de l'entreprise, bien plus que dans le grand public, que le concept de «cyber réputation» se concrétise et suscite de nombreux débats et de nouveaux types de services. Les recruteurs sont désormais nombreux à compléter la lecture d'un CV par une recherche approfondie sur le web. Les réseaux sociaux comme Facebook, dont les paramètres de confidentialité sont rarement adoptés par ses utilisateurs, offrent en effet de nombreuses informations à quiconque possède un tant soit peu de curiosité et de psychologie, via les commentaires de tous, les photos de vacances, les récits intimes ou encore le nombre et la popularité des amis affichés.


Un graphisme illustrant la question de la cyber réputation sur le site de l’agence We Are Reputation.

Devant une telle menace pour les particuliers, et plus encore pour les cadres et les personnalités dont la réputation numérique est capitale, de nombreux consultants, professionnels du web et spécialistes du «personal branding» (le marketing de soi en quelque sorte) offrent désormais leur conseil et leur expertise à tous ceux qui souhaitent mieux gérer leur personnalité numérique. Au niveau des entreprises, des agences mettent même à disposition de leurs clients des services de veille consacrées à leur réputation, se proposant, grâce à un complexe système de liens et de lobbying, de repousser au plus loin des pages des moteurs de recherche, les articles jugés négatifs à leur encontre. Elles offrent par ailleurs un conseil juridique ou parfois même la création de sites, d’articles ou de blogs vantant les mérites de leurs clients.

Un ADN numérique

Au-delà d'un nouveau business de la communication et de l'image, cette récente évolution de la toile soulève la question de «l'identité numérique». Sur son blog, Fred Cavazza, consultant dans les métiers du web et du commerce électronique, définit l’identité numérique comme «un ensemble de données formelles (coordonnées, certificats) et informelles (commentaires, notes, billets, photos », toutes ces bribes d'information composant « une identité numérique plus globale qui caractérise un individu, sa personnalité, son entourage et ses habitudes. » Et il ajoute :

Ces petits bouts d'identité fonctionnent comme des gènes : ils composent l'ADN numérique d'un individu.


«Third Person» (troisième personne), une œuvre interactive de Rafael Lozano-Hemmer, présentée lors de l’exposition «Tracker» à la Gaîté Lyrique. Photo : Maxime Dufour. Courtesy : Gaîté Lyrique.

Cavazza représente cet ADN numérique sous la forme de deux diagrammes, constitués d'une multitude de données, certaines publiques, d'autres confidentielles. Il est nourri par les coordonnées des internautes (adresse e-mail ou IP), mais plus encore par les contenus qu'ils génèrent (blogs, commentaires) ou qu'ils partagent (sur Youtube ou Flickr par exemple), les liens qu'ils tissent sur les sites de rencontres ou les réseaux sociaux, leurs achats chez les marchands du web, ou les aventures de leurs avatars aux confins des mondes virtuels ou ludiques.

Affiner sa réputation, soigner son ego

Dans l'espace réel et social, on ne raconte pas sa vie à n'importe qui, on respecte l'intimité de ses amis, on adopte quelques formes de politesse, on tente de faire preuve de professionnalisme, soient autant d'usages qu'il est judicieux d'adopter lors de nos déambulations dans le cyberespace. En d’autres termes, il s'agit sur le Net de «de protéger son identité personnelle et de promouvoir sa réputation professionnelle», comme le résume sur son blog Olivier Zara, fondateur de la société Axiopole.


Beknown, une application dont l’ambition est de faciliter la création et le développement d’un réseau professionnel sur Facebook, sans mêler sa vie privée à sa vie professionnelle.

Afin d'affiner sa web réputation et soigner son moi numérique, cet auteur d'un blog réputé sur le sujet, se permet même de nous donner quelques conseils tout simples. Par exemple : composer un CV ou une page personnelle qui apparaît en première ligne sur un moteur de recherche grâce aux outils mis en place par les jobboards (sites d’offres d’emplois) ou grâce à des services comme Doyoubuzz, Ziki ou BeKnown de Facebook. Adopter un pseudonyme dans ses relations amoureuses ou lorsque l'on aborde des sujets sensibles comme la religion ou la politique. Lancer un blog destiné à faire preuve de ses compétences. Ou encore séparer, tant que possible, connaissances professionnelles et amicales sur les réseaux sociaux. En résumé, se comporter dans le virtuel comme dans le réel.

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