Dessine moi un commun

Un projet de société en phase avec le monde numérique

OpenStreetMap : le Wikipédia de la cartographie

Prenons à présent un exemple issu du monde numérique : la communauté d’OpenStreetMap a pris corps au Royaume Uni, en 2004, avec l’objectif de créer une carte libre du monde, dans un contexte où les données géographiques étaient verrouillées par des opérateurs privés (Navteq, Michelin, etc.) ou institutionnels (l’IGN en France ou l’Ordnance Survey en Angleterre).

Comment des centaines de milliers de contributeurs ont fait le succès de ce système cartographique ouvert

Après onze ans d’existence, plus de deux milliards d’objets ont été recensés sur OpenStreetMap par des centaines de milliers de contributeurs un peu partout dans le monde. Ce travail de fourmis est consultable en ligne, y compris sur mobile, gratuitement sous la forme d’une carte, à la manière de Google Maps. On y retrouve le détail des bâtiments, parfois en 3D, le nom des commerces, et puis bien sûr les routes, les voies ferrées, les champs, les rivières, les forêts, les monuments, etc.

En 2013, Michelin s’est appuyé pour la première fois sur les données d’OpenStreetMap afin de produire la carte de Clermont-Ferrand. Wikipédia a aussi adopté OpenStreetMap, tout comme certains services de SAMU, etc.

Le pari d’OpenStreetMap semble gagné. Il a créé en effet une cartographie du monde qui est aujourd’hui d’une richesse et d’une précision équivalentes à celle de Google Maps, leader du marché, et ces cartes participatives sont en constante évolution. Ce système cartographique est devenu un bien commun précieux, une propriété commune, utilisable par tous, même commercialement, et à laquelle nous pouvons tous, à tout moment contribuer.


Centre de Paris, OpenStreetMap (échelle 50 mètres).


Centre de Paris, Google Maps (échelle 50 mètres).

Une précision souvent plus grande que Google Maps

OpenStreetMap peut même se révéler plus précis que Google Maps sur certaines zones difficiles d’accès, comme la Corée du Nord, ou encore dans certains cas qui suscitent un fort intérêt communautaire, à l’image du Zoo de Berlin.


Pyongyang sur OpenStreetMap (échelle 500 mètres).


Pyongyang sur Google Maps (échelle 500 mètres).


Zoo de Berlin par OpenStreetMap (échelle 50 mètres).


Zoo de Berlin par Google Maps (échelle 50 mètres).

Un fonctionnement proche de celui de Wikipédia

OpenStreetMap fonctionne un peu comme Wikipédia. Chaque fois qu’un internaute signale une nouveauté, sa modification est validée par la communauté, puis par des robots afin de s’assurer de l’orthographe, de la géolocalisation et de la cohérence des informations. Pour contribuer, il suffit de se créer un compte sur OpenStreetMap et d’utiliser l’éditeur de la plateforme, ou d’en trouver un autre disponible sur le réseau. Corriger une erreur, rajouter le nom d’une rue, le nombre d’étages d’un immeuble, etc., est relativement simple et rapide.

OpenStreetMap est structuré en réseau de fondations et d’associations, avec en point d’orgue l’OpenStreetMap Foundation au Royaume Uni, qui est composée de membres résidant dans le monde entier. La Fondation britannique est le dépositaire des serveurs informatiques et des services nécessaires pour accueillir le projet.

Une licence proche de la licence GPL des logiciels libres

Les données d’OpenStreetMap sont publiées sous la licence ODbL (Open Database License). Cette licence s’articule autour de deux principes : la paternité, c’est à dire la mention d’OpenStreetMap en source, et le partage à l’identique. «Si vous souhaitez réutiliser OpenStreetMap, libre à vous, il n’y a pas besoin de le déclarer. En revanche, si la base de données venait à être améliorée ou remixée avec les données propriétaires, verrouillées, il y a une notion de réciprocité qui oblige à reverser à la communauté OpenStreetMap des données sous une licence ODbL ou une licence compatible avec elle», explique Gaël Musquet, le président de l’association OpenStreetMap France.

Il est donc possible de «faire commerce» de productions utilisant OpenStreetMap, dès lors que les données cartographiques en tant que telles, ayant servi à ces déclinaisons ou étant produites lors de l’utilisation du service, sont reversées dans le pot commun, et sont ainsi consultables et réutilisables par tous les membres de la communauté. De fait, plusieurs entreprises utilisent les données d’OpenStreetMap : certaines vendent des technologies de visualisation des données, d’autres s’en servent pour faire fonctionner un service. Les principes des communs sont en l’occurrence tout à fait compatibles avec l’activité marchande.

Quand l’Etat utilise OpenStreetMap plutôt que Mappy ou Google Maps

Aujourd’hui, l’Etat français a d’ailleurs bien compris l’intérêt d’une cartographie en bien commun comme OpenStreetMap, en regard d’autres solutions privées comme Google Maps ou Mappy qui vivent grâce à la publicité ou à la revente de services déclinés, et gardent pour elles toute la valeur d’échange, financière donc, produite par leurs cartes. On peut lire le texte suivant sur le site de Base d’Adresse Nationale, un projet Open data du gouvernement, qui associe, entre autres, OpenStreetMap, l’IGN, la Poste et les collectivités territoriales :

Pour que les services d'urgence arrivent au bon endroit, pour vous permettre de réaliser une analyse cartographique en quelques clics ou encore pour que les opérateurs publics et privés coordonnent mieux leurs chantiers, ce référentiel, véritable enjeu de souveraineté pour la France, est la première alliance entre l'État et la société civile.

Une réappropriation citoyenne du patrimoine géographique

Ainsi, la première étape aura été de libérer les données des mains d’opérateurs publics ou privés, afin d’une part, de rendre leur utilisation fluide et de favoriser une dynamique d’innovation, et d’autre part de stimuler une réappropriation citoyenne du patrimoine géographique au sens large. Google a joué un rôle majeur dans ce déverrouillage, les cartes de Google ayant été en grande partie construites en mode participatif. La différence tient dans la licence d’utilisation, plus restrictive chez Google, qui garde sa propriété. Le diable se trouve dans les détails…

Google Maps et OpenStreetMap ne sont pas fondamentalement des concurrents. OpenStreetMap permet cependant à des acteurs économiques de sortir d’une forme de dépendance à Google, à l’instar des constructeurs automobiles, concernant le sujet des GPS et l’avancée vers des véhicules de plus en plus autonomes. Dans ce cas, les communs peuvent servir, à la fois à enrichir un projet commun et à éviter certaines barrières à l’entrée et dérives vers une économie de la rente (péage sur les données).

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