Femmes et numérique

Les sept clichés capitaux

Cliché 2 : «Les filles ne comprennent rien aux jeux vidéo, alors en développer…»

Quand Michèle Obama, l’épouse du Président, se fait expliquer le fonctionnement de la Wii U par une petite fille (en anglais)…

La Wii U, la dernière console de salon de Nintendo, était passée sous le radar de Michelle Obama. Fin 2012, l’épouse la plus célèbre du monde n’avait, de son propre aveu «pas la moindre idée de ce que ça pouvait être», jusqu’à ce qu’elle se la fasse expliquer par une gamine lors d’un déjeuner en l’honneur des familles de militaires à la Maison Blanche. Alors, si même la Première Dame des Etats-Unis n’y comprend rien…

Trop peu de femmes dans l’industrie du jeu vidéo ?

De son côté, le très sérieux magazine EDGE, une référence dans l’industrie du jeu vidéo, a révélé qu’en 2009 les femmes ne représentaient que 9% des professionnels du secteur en Grande-Bretagne, et devraient être encore moins nombreuses dans les années à venir. Une situation loin d’être un cas isolé, la question de la parité dans les studios du monde entier enflamme régulièrement les débats.

On dénombre bien entendu des exceptions, comme le studio français Ubisoft Paris, où une équipe plus féminine développe le jeu Just Dance


Just Dance sur Wii : un jeu vraiment très féminin ?

Leonie Manchanden, vice-présidente du très influent studio Irrational Games, à l’origine de la juteuse licence Bioshock (qui s’est écoulée à plus de 9,5 millions d’unités à travers le monde) confirme ce recul :

Je ne reçois presque jamais de candidature féminine. Et même dans notre studio, il n’y a que très peu de femmes au sein des divisions art, programmation, design.

Et si le vrai stéréotype était la cible trop masculine des jeux ?

Un décalage qui s’explique par la stratégie commerciale des grands éditeurs : Electronic Arts, Activision, Ubisoft… Ils focalisent aujourd’hui encore leurs efforts sur des licences destinées à une cible masculine qui serait âgée de 15 à 35 ans, le fameux stéréotype du «joueur hardcore». Jeux de tir (Call of Duty) et simulations sportives (FIFA) bénéficient toujours des plus gros budgets et des meilleurs lancements. Ce n’est pas pour rien que ces deux séries réalisent chaque année les meilleures ventes de jeux sur consoles.

Toujours pas de femme au casting du prochain Call of Duty…

Leurs thématiques font évidemment échos à des secteurs traditionnellement réservés aux seuls hommes. «On peut effectivement faire un rapprochement entre l’industrie du divertissement et l’industrie automobile ou celle du sport ; elles ne s’adressent pas aux femmes. Et je comprends que certaines ne soient pas chaudes à l’idée de développer un énième shooter bourrin», plaide Leonie Manchanden.

Ce qui est étonnant, c’est que cette tendance va à l’opposée des autres secteurs du numérique, mais aussi du marché global du jeu vidéo. On sait en effet qu’aujourd’hui au moins la moitié des joueurs sont des joueuses. Un renversement de pouvoir que l’on doit à l’émergence des jeux sur mobiles et réseaux sociaux, trustés par les femmes. Reste que les thématiques développées dans les nombreux jeux sur mobiles ou réseaux sociaux manquent cruellement de modernité : mode, cuisine, animaux, copines…


Parfois même les femmes perpétuent les clichés qui les poursuivent : ici un membre des Team Unicorn, célèbre équipe de production de jeu californienne, en «gameuse».

Pour autant, les choses bougent dans les jeux vidéo comme ailleurs. Le débat sur le sexisme dans les jeux fait rage, à tel point qu’Arrêt sur Image lui a dédié une émission le 12 avril dernier. Par ailleurs, une pétition en ligne invite les internautes à réclamer des équipes féminines de foot dans les fameux jeux FIFA.

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