Femmes et numérique

Les sept clichés capitaux

Cliché 6 : «La fille Geek n’existe pas.»

Découvrez la série «Hello geekette», plutôt drôle

Le cliché du geek mâle, mal habillé, mal nourri, mal aimé et qui préfère se vautrer dans son canapé plutôt que de sortir prendre l’air a fait son temps. Pour être remplacé par un nouveau du genre : «La geekette n’existe pas, car elle prétend aimer Star Wars pour se trouver un mec» ?

La chasse aux vraies fausses «geekettes» ?

Novembre 2012, Tony Harris, dessinateur et auteur de bande dessinée plusieurs fois récompensé des prestigieux Eisner Awards publie sur sa page Facebook une longue tirade à l’encontre des filles qui se déguisent en personnages de comics.

Ce qu’il en dit : «J’en ai marre de toutes ces meufs déguisées. Je sais qu’une petite partie d’entre elles est vraiment cool et – vous allez être choqués – aiment et lisent des comics. Elles sont l’exception à la règle. Mais j’ai une annonce à faire à toutes les autres : “Hé ! Toi qui te crois mignonne mais ne l’est pas, tu es plus pathétique que les VRAIS nerds, toi qui penses en secret qu’ils sont VRAIMENT PATHÉTIQUES. (…) TU NE CONNAIS RIEN AUX COMICS, SORTIE DE LA RECHERCHE SUR GOOGLE IMAGE QUE T’AS FAITE POUR AVOIR DES INFOS SUR LE COSTUME LE PLUS DÉNUDÉ DU PERSONNAGE LE PLUS MAINSTREAM POSSIBLE.»

C’est le point de départ d’une véritable chasse aux sorcières qui s’appuie sur un nouveau mythe, celui de la «fausse Geek» ou «Fake Geek Girl». Une fille insuffisamment moche, illégitime et hypocrite qui utiliserait la culture geek pour se rapprocher des garçons, dans un but encore très flou. Un comportement face auquel les femmes ont du mal à réagir autrement qu’en se justifiant. Comme l’explique David Peyron, sociologue et auteur de Culture Geek, à paraitre aux éditions Fyp :

La croyance sous-jacente qui veut que les filles sont un peu moins geek renforce leur manque de confiance dans leur maitrise de références communes.

À elles donc de citer toutes les formations que compte le Corps des Green Lantern (7200 héros fictifs qui nous protègent depuis l’espace), de détailler leurs faits d’armes sur World of Warcraft ou de dérouler la biographie de Joss Whedon (réalisateur d’Avengers mais aussi créatif ultra prolifique de la culture geek).


«Ne soyez plus des proies ! Faites la différence ! Cela peut vous sauver la vie !» Certaines femmes se moquent du phénomène de la fausse fille geek avec humour.

Contre les clichés du geek et de la «geekette» !

Ce type de comportement est encouragé par la culture d’un «entre-soi» masculin, autour de laquelle s’est construite l’identité du geek puceau, timide, et communautaire. David Peyron précise : «Il faut comprendre que les hommes geeks s’insèrent dans un système ; ils ont vécu des adolescences souvent compliquées où le garçon qui plaisait aux filles n’était pas le président du club d’échec.» Comme quoi les garçons sont, eux aussi, victimes de stéréotypes.

La websérie française Hello Geekette raconte avec humour le quotidien d’une fille complètement geek et de sa colocataire hermétique à cet univers. Mais avec ses couettes et son suffixe « –ette, » la « geekette » Valérie Devalinor, star de la série, personnifie un autre travers, que dénonce David Peyron : 

Lorsque des hommes disent : «Oh mais si c’est sympa une fille qui s’intéresse à tout, c’est mignon c’est une geekette, ce n’est pas plus constructif, c’est une fausse bienveillance, condescendante». Je lutte contre les mots en –ette.

Finalement, la mixité chez les geeks viendra peut-être des pays arabes. Dans un l’article «Hackers, pourquoi tant de mecs ?», paru en janvier 2013 dans Les Inrocks, Sabine Blanc, journaliste qui connait bien les communautés de hackers, révèle un fait étonnant : les communautés de hackers des pays arabes sont bien plus paritaires que celles des pays occidentaux (masculines à 90%). Le premier club de sécurité d’Algérie est présidé par une femme.

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