La peur des ondes

La peur des ondes

Est-ce une question sociale et politique ? Une interview du sociologue Olivier Borraz…

Selon Olivier Borraz, les polémiques autour des ondes Wi-Fi ou de téléphonie mobile dépassent le cadre scientifique de leurs éventuels dangers sanitaires. Elles témoignent de la croissance d’un sentiment d’insécurité, que l’État entretient tout en cherchant officiellement à en résoudre les causes depuis douze ans.

Dans la longue interview qu’il a accordée à Culture Mobile en 2008 et qui reste toujours d’une grande actualité, Olivier Borraz revient en détail sur la naissance de la polémique autour du «risque sanitaire» des ondes électromagnétiques et plus précisément des antennes-relais entre 1999 et 2000 en Europe. Comme le montre le début de notre entretien ci-dessous, c’est en sociologue des organisations et de l’action publique qu’il en trace l’histoire, les manifestations et les causes, s’attachant aux rôles qu’y ont joué et qu’y jouent encore le pouvoir politique, les communes, les opérateurs et les associations.

Un champ de recherche spécifique

Comment pouvez-vous définir ce qu'est votre champ de recherche, ici, au CSO, à savoir le Centre de sociologie des organisations ?

Le champ de recherche qui m'occupe entrecroise deux disciplines : la sociologie et la science politique. Depuis une quinzaine d'années, je travaille avec Danielle Salomon sur des sujets qui touchent au domaine des risques, et plus précisément à la santé et à l'environnement. Nous avons d'abord commencé par travailler sur des controverses autour de l'épandage de boues d'épuration urbaines en agriculture, et, à partir de là, nous avons développé un programme de recherche sur les différents types de risques sanitaires environnementaux.
Ce programme interroge les mobilisations, dont notamment le moment où les individus se regroupent, se mobilisent contre un risque potentiel - un incinérateur, un épandage de boue, l'implantation d'une antenne relais, etc. Il permet de suivre la manière dont évolue ce mouvement social, dont il construit un problème, mais aussi d'observer quand cet enjeu devient une question sociale plus générale. Le problème public, en particulier, naît lorsque les ministères le reconnaissent comme un enjeu majeur, en l'occurrence comme un risque sanitaire, et font appel aux experts scientifiques à qui ils demandent de se prononcer...
Il s'agit enfin de comprendre comment travaillent ces experts, à quels types de conclusions ils aboutissent, comment ces conclusions sont suivies par les pouvoirs publics, à quelle gestion politique on parvient. Nous nous intéressons aussi au rôle des opérateurs privés et des collectivités locales dans l'invention de solutions qui visent à régler le problème. Bref, au sein du Centre de sociologie des organisations, nous essayons d'avoir une vision globale du risque sanitaire environnemental, de son émergence jusqu'à sa prise en charge par les pouvoirs publics - et au-delà.

Cette vision globale permet de cerner les différents acteurs qui interviennent dans cette question du risque sanitaire, de la naissance de celui-ci jusqu'à sa gestion politique. Cette notion de risque se dévoile ainsi dans toute sa complexité sociologique...

En effet. Mais, c'est un point important, il faut s'entendre sur le mot «acteurs».
Il y a tout un pan de recherche sociologique qui porte sur la perception des risques, et qui se préoccupe de la manière dont les individus se représentent un risque... Les chercheurs de ce domaine de la sociologie se demandent pourquoi un tel va considérer que le risque sanitaire lié à la téléphonie mobile est important, et tel autre, non. Cette perception très différente de l'un et de l'autre est-elle liée à leur milieu social ? À leur éducation ?, etc.
En ce qui nous concerne, nous menons un autre type de recherche sociologique, axée sur les organisations bien plus que sur la perception fine des individus eux-mêmes. Nous nous intéressons donc aux mouvements sociaux, aux organisations qui vont effectivement se mobiliser, qui vont lutter ou qui vont imposer des définitions du risque. Notre champ d'investigation touche à la dimension, je dirais politique, de ces risques. Ce qui ne veut évidemment pas dire que nous ignorons les individus. Mais nous les étudions au travers du rôle des groupes sociaux auxquels ils appartiennent directement ou non, des associations, des opérateurs privés, des pouvoirs publics ou de la communauté des experts, autrement dit au travers des structures agissantes dans ce type de problème.

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Écouter notre entretien complet avec Olivier Borraz

Le sociologue Olivier Borraz analyse l’histoire sociale et politique de la peur des ondes électromagnétiques en France

Durée : 45mn Télécharger

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