Mobile et santé : le point sur les études

Bilan, méthodes et conclusions des principales études sur les risques supposés du mobile sur la santé

Sept autres programmes d’études européens

Afin de donner à chacun un aperçu des études les plus importantes qui sont régulièrement réalisées sur les questions relatives aux risques éventuels de l’usage du téléphone mobile sur la santé, nous en avons choisi sept très diverses mais réputées crédibles. Elles posent la question des risques de cancer mais aussi liés à l’audition ou plus largement au « bien-être » et aux « fonctions cognitives »…

GUARD (audition)

Le projet GUARD, sous-titré en Anglais «Potential adverse effect of GSM cellular phones on hearing 2002-2004», est un programme de recherche sur les effets potentiels des radiofréquences sur l’oreille, notamment des effets sur les cellules ciliées pouvant altérer leur fonctionnement, voire modifier leur sensibilité à d’autres agents pathogènes (par exemple le bruit ou certains agents chimiques).

À partir de l’année 2000, des spécialistes français, britanniques, italiens, grecs, lituaniens, hongrois et russes ont mené des essais approfondis, notamment sur des animaux. Parallèlement, des systèmes élaborés d’enregistrement de mesures ainsi que de contrôle ont été mis au point pour mener des tests directs sur les systèmes auditifs de volontaires humains, en particulier en fonction du positionnement des appareils. L’un des thèmes étudiés portait sur la question centrale des effets non thermiques localisés que peut entraîner l’usage intensif des appareils GSM opérant aux fréquences de 900 et 1800 MHz.

Les études menées n’ont pas montré selon leurs auteurs d’effet significatif sur l’audition ou l’équilibre de l’exposition de l’oreille aux radiofréquences des téléphones mobiles. Après avoir exposé un total de 490 animaux et 550 volontaires humains, les équipes ont conclu qu’ils n’avaient pas détecté d’effets sur l’audition des animaux et des volontaires. Selon Paolo Ravazzani, coordinateur du projet : «Après trois années de recherches, aucun de nos résultats ne permet d’affirmer qu’il y ait la moindre nocivité décelable des téléphones portables actuellement utilisés sur les principales facultés auditives.»

Ces études continuent actuellement dans le cadre du programme européen EMFnEAR, cette fois en étudiant les ondes au standard UMTS.

REFLEX (modèles in vitro)

Douze groupes de chercheurs provenant de sept pays européens ont participé à ce projet REFLEX. Son titre complet : «Risk Evaluation of Potential Environmental Hazards From Low Energy Electromagnetic Field Exposure Using Sensitive in vitro Methods».

Les travaux se sont déroulés de 2000 à 2004. Il s’agissait de mener des essais intensifs en soumettant in vitro différents systèmes cellulaires humains isolés (fibroblastes, lymphocytes, etc.) à toute une gamme variable d’expositions électromagnétiques. Dans un second temps, ces échantillons ont été soumis à un examen attentif pour observer si ces rayonnements avaient entraîné, au niveau cellulaire, des effets considérés comme classiquement susceptibles d’entraîner des pathologies cancéreuses ou «neurodégénératives».

Les résultats font apparaître que des ruptures simples ou doubles des brins d’ADN de plusieurs systèmes cellulaires se produisent sous l’effet des champs à très basse fréquence ou des radiofréquences auxquels ils ont été exposés. En outre, ces phénomènes « génotoxiques » sont présents même lorsqu’on descend sous des densités de flux magnétiques ou des taux d’absorption spécifiques répondant aux normes de sécurité admises en vigueur.

Selon Franz Adlkofer, de la Verum Foundation à Munich (DE), coordinateur du projet : «Ces résultats ne permettent pas de tirer de conclusions en terme de santé. Les recherches que nous avons menées fournissent des indications d’ordre biologique qui concordent de façon claire et constituent une base de connaissances de départ.»

Et le chercheur de préciser : «D’autres travaux doivent préciser des points singuliers de nos résultats, comme par exemple le fait que l’apparition des effets génotoxiques semble étroitement influencée et différente selon que l’exposition aux champs électromagnétiques est intermittente ou continue. Ainsi, à de très basses tensions, la génotoxicité n’apparaît que lorsqu’il y a intermittence tandis que, dans la gamme des radiofréquences, l’intermittence entraîne une génotoxicité plus marquée que l’exposition continue.»

CEMFEX (cancer)

Le programme Cemfex, pour «Combined effects of electromagnetic fields with environmental Carcinogens», est coordonné par l’Université de Kuopio en Finlande.

Les effets co-cancérogènes des signaux de terminaux GSM 900 à faible dose ont été étudiés sur l’animal, en l’occurrence sur des rats Wistar. Le cancérogène utilisé pour induire des cancers et constater ou non des effets « facilitateurs », accélérateurs ou catalyseurs de l’exposition à des ondes électromagnétiques, était le mutagène MX introduit dans l’eau de boisson. Par ailleurs, des études in vitro utilisant deux lignées cellulaires ont été menées. En complément du MX, un autre cancérigène, en l’occurrence un fongicide, a été testé en combinaison avec l’exposition aux radiofréquences sur des lignées cellulaires de mammifères. Plusieurs tests ont été pratiqués : stress oxydatif, prolifération cellulaire, analyse du cycle cellulaire, apoptose, modifications des potentiels de membrane mitochondriale, et expression de gènes. Les niveaux de DAS (Débit d’absorption spécifique) étaient similaires à ceux utilisés pour les tests animaux (0,3 et 1 W/kg).

Si elles ont confirmé l’effet cancérogène du MX, les résultats des expérimentations animales n’ont pas démontré de façon significative quelque incidence des radiofréquences sur les tumeurs, qui n’ont pas augmenté suite aux expositions. Selon les résultats de l’étude, elles n’induisent pas non plus d’effet génotoxique au niveau des cellules sanguines, hépatiques ou cérébrales. Enfin, il semblerait que les radiofréquences ne produisent pas d’effet sur l’ADN des cellules du foie ou du cerveau.

Les expérimentations in vitro ne montrent aucun effet sur le stress oxydatif, l’apoptose, le potentiel des membranes mitochondriales ou l’expression d’oncogènes. Toutefois, les radiofréquences seules ou en combinaison avec une exposition chimique diminuent la croissance cellulaire. Cet effet n’apparaît qu’après 24 heures d’exposition.

Les auteurs ont conclu que, dans l’état actuel de compréhension des mécanismes de la «cancérogenèse», l’observation d’un effet «protecteur» contre les dommages de l’ADN et la légère diminution de la prolifération cellulaire auraient plutôt tendance à suggérer une réduction qu’un accroissement du risque de cancer.

Les résultats de la première étude TNO

Une première étude, dite «TNO», a été menée en 2003 par la Netherlands Organisation for Applied Scientific Research (et dont TNO est l’acronyme), sous la direction du Professeur Peter Zwamborn.

Cette première étude TNO avait analysé les effets des signaux d’une station de base GSM et, pour la première fois, ceux des signaux d’une station UMTS sur le bien-être subjectif ainsi que sur les fonctions cognitives de 24 personnes dites «électrosensibles» d’une part, et de 24 personnes « non électrosensibles » d’autre part. Dans les deux groupes, les chercheurs avaient constaté une diminution du bien-être après une exposition aux champs électromagnétiques du type GSM. Aucune influence consistante n’avait été relevée en revanche sur les fonctions cognitives.

Cette étude TNO a suscité diverses critiques, portant notamment sur sa conception, sa méthode et son analyse. Ses conclusions ainsi que des reproches venant d’horizons divers ont suscité un débat dans le public mais aussi chez les scientifiques, et ce d’autant que les résultats de l’étude n’avaient pas été publiés dans une revue scientifique.

TNO (réplique suisse de l’étude TNO)

Cette étude suisse sur «les effets des champs électromagnétiques de la téléphonie mobile UMTS (3G) sur le bien-être et les fonctions cognitives de personnes électrosensibles et de personnes non électrosensibles» s’est fondé donc sur la première étude TNO, qu’elle a reprise pour vérifier la fiabilité de ses résultats.

Les chercheurs ont opté pour des conditions d’exposition aussi proches que possible de celles choisies pour l’étude TNO, mais ont amélioré la méthode utilisée. Pour relever les effets du rayonnement électromagnétique UMTS sur le bien-être subjectif et sur les fonctions cognitives, ils ont eu recours respectivement à des questionnaires et à des tests cognitifs informatisés. Comme pour l’étude hollandaise, certains sujets étaient électrosensibles - s’estimant eux-mêmes sensibles au rayonnement électromagnétique -, d’autres non. Une dosimétrie détaillée, grâce à un calcul précis de l’énergie absorbée par le tissu biologique, a pu être effectuée sur les organes et le cerveau.

Les résultats obtenus n’ont pas permis de confirmer tous les résultats de l’étude TNO. Il a été en particulier impossible de prouver la capacité des groupes examinés à percevoir les champs électromagnétiques, quelle que soit l’intensité de champ (nulle, de 1 V/m ou de 10 V/m). Comparées aux conditions de référence, ni l’intensité UMTS de 1 V/m ni celle de 10 V/m ne semblent avoir altéré le bien-être des sujets.

Indépendamment de l’intensité de champ UMTS, les personnes électrosensibles ont néanmoins signalé davantage de symptômes. Les personnes électrosensibles ont en moyenne eu l’impression d’être soumises à une intensité plus forte et ont mentionné davantage de symptômes que les personnes non électrosensibles.

Concernant les performances cognitives, aucune influence notable du rayonnement UMTS n’a pu être démontrée. En tout, les résultats de 44 tests ont été analysés. Dans 42 tests, aucun effet n’a été observé. En revanche, avec une intensité de 10 V/m, en comparaison des conditions de référence, une très légère augmentation de la vitesse de réaction a été enregistrée lors d’un test sur le groupe électosensible.

Les calculs dosimétriques révèlent qu’avec une intensité de 10 V/m, le taux spécifique maximum d’absorption du tissu cérébral est 100 fois inférieur à la valeur limite recommandée par l’ICNIRP, et jusqu’à 100 fois inférieur au taux atteint pendant l’utilisation d’un téléphone portable.

Ces résultats permettent de se prononcer uniquement sur les effets immédiats d’une exposition brève au signal d’une station de base UMTS, et d’affirmer qu’ils n’ont aucune conséquence. Aucune conclusion ne peut en revanche être tirée concernant les risques que présente pour la santé l’utilisation sur la très longue durée des portables 3G ainsi que l’exposition prolongée et constante au rayonnement des stations de base UMTS.

PERFORM-A (cancer)

De son nom complet «In vivo research on possible health effects related to mobile telephones and base stations», le projet PERFORM-A a rassemblé six laboratoires de cinq pays différents sur la question de l’effet de champs électromagnétiques GSM sur des animaux.

L’étude portait d’une part sur la possibilité de la formation de tumeurs chez des rongeurs sains, d’autre part sur l’éventualité d’une croissance favorisée chez des rongeurs déjà malades, les deux populations étant exposées à des ondes électromagnétiques selon une fréquence et des durées d’exposition différentes.

Deux volets distincts de l’étude ont exposé des souris et des rats à des champs électromagnétiques respectivement de 900 MHz et 1800 MHz, à raison de deux heures par jour, cinq jours par semaine, pendant deux ans. Un troisième volet a été consacré à l’examen de l’influence d’une exposition quotidienne de quatre heures à 900 MHz pendant six mois sur des rattes Sprague-Dawley, auxquelles des tumeurs mammaires avaient préalablement été induites avec du DMBA (diméthylbenz (a) anthracène).

Une autre partie de l’étude consistait à vérifier les résultats de l’étude australienne de 1997, effectuée sur des souris, lors de laquelle un taux de lymphomes doublé (voire triplé) avait été constaté sur des souris transgéniques après 18 mois d’exposition quotidienne d’une heure à 900 MHz.

L’ensemble des résultats a été négatif. Dit autrement : il a été impossible de mettre en évidence quelque incidence délétère des expositions à des radiofréquences GSM sur les différentes populations de rongeurs, qu’ils soient déjà malades ou non. Aucun effet cumulatif sur le développement des tumeurs n’a donc été observé.

Etude japonaise 2008 (cancer)

Publiée dans la revue British Journal of Cancer, une étude japonaise, réalisée sous la direction du Dr. Naohito Yamaguchi (Tokyo Women’s Medical University), indique que l’utilisation du téléphone portable n’entraînerait pas de risque de tumeur cancérigène au cerveau.

322 patients atteints d’un cancer au cerveau et 683 personnes en bonne santé ont participé à cette étude incluant les conditions d’utilisation du téléphone portable, le nombre d’années d’utilisation et le temps d’appel quotidien. Les chercheurs ont relié ces données aux types de cancers dont souffraient les personnes (gliomes, méningiomes, adénomes hypophysaires), en tenant également compte du type de téléphone utilisé.

Les auteurs de l’étude n’ont trouvé aucun lien entre utilisation du téléphone portable et développement d’un cancer au niveau du cerveau. Son responsable, le Docteur Naohito Yamaguchi, affirme en effet : «Malgré l’utilisation de nouvelles techniques de mesure plus précises, nous n’avons pas trouvé de lien entre l’usage d’un mobile et la fréquence d’apparition de cancer, ce qui renforce l’idée que les téléphones portables ne sont pas responsables de l’apparition de tumeurs cérébrales.»

Le rapport du MTHR britannique

En Grande-Bretagne, fin 2001, le programme de recherche du MTHR (Mobile Telecommunications and Health Research Programme) a été lancé afin de lever les interrogations soulevées par les travaux sur les risques éventuels pour la santé liés à l’utilisation des téléphones portables. 23 articles ont été publiés.

Le rapport final, rendu public en septembre 2007, ne montre aucune association épidémiologique entre l’exposition aux radiofréquences des téléphones portables depuis moins de dix ans et les cancers du cerveau et du système nerveux. «Aucune des recherches couvertes par le programme et publiées à ce jour n’indique que l’exposition aux rayonnements des téléphones mobiles entraîne des effets biologiques ou nocifs pour la santé».

Après examen des études réalisées à ce jour, le rapport n’a trouvé aucune relation directe entre d’une part l’utilisation de téléphones mobiles ou le fait de vivre à proximité des relais radio, et d’autre part d’éventuels effets nocifs pour la santé.

Il préconise toutefois la nécessité de réaliser d’autres études s’agissant des éventuels effets nocifs sur le long terme du téléphone portable, apparition de cancers ou autres affections (maladie de Parkinson, d’Alzheimer, etc.).

Et pour aller plus loin

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