Pour ou contre les puces RFID ?

Pour ou contre les puces RFID ?

Une interview de Michel Alberganti et Pierre Georget sur les enjeux des puces RFID.

Rien que sur le domaine du marquage des vêtements, un milliard d’étiquettes RFID, version plus «intelligente» des «codes à barres», ont été posées en 2012 ! De fait, les puces d’identification par radiofréquences sont entrées dans le monde de la grande distribution. Elles sont le collimateur de l’industrie automobile, des industries militaires, mais aussi et surtout des mondes de la santé et de la sécurité. Ce qui n’est pas sans susciter un grand nombre de questions, notamment éthiques…

Dans le long texte qui suit, Michel Alberganti et Pierre Georget rejouent le dialogue contradictoire qu’ils ont initié pour un livre écrit à deux mains, et dont le titre résume le thème : «La RFID, quelles menaces, quelles opportunités ?» (Prométhée, 2008). Acteur de ce monde du commerce qui s’intéresse tant à ces drôles de puces, Georget y jour le rôle de l’optimiste, bien que lucide et humaniste, tandis que son compère Alberganti, sensibilisé par son travail de journaliste à la critique de l’univers que tissent parfois à notre insu les nouvelles technologies, semble bien plus pessimiste. Reste qu’ils s’accordent sur l’essentiel : la nécessité d’un vrai travail de pédagogie sur cette RFID, promise à devenir l’une des figures de notre futur proche. De fait, la hauteur de vue qu’ils avaient pris il y a quatre ans sur le sujet rend leurs échanges tout à fait actuels à l’été 2012, les enjeux restant globalement les mêmes. 

Pierre Georget, Michel Alberganti, nous sommes là pour parler des puces RFID, c’est-à-dire de la Radio Frequency IDentification... Vous avez tous les deux co-écrit un livre qui s’appelle «RFID, quelles menaces, quelles opportunités ?», sachant que, par ailleurs, dans le cadre des rencontres professionnelles du Monde, vous, Michel Alberganti, vous avez organisé un débat intitulé «2009, la révolution RFID ?» le 13 novembre dernier... Pouvez-vous nous dire ce qui a finalement justifié l’écriture à deux mains de ce livre ?

Michel Alberganti - Je suis journaliste, j’ai travaillé longtemps au Monde avant d’en partir très récemment et je suis producteur d’une émission sur France Culture qui s’appelle Science publique. En outre, j’avais déjà écrit un livre qui s’appelle «Sous l’œil des puces, la RFID et la démocratie», paru en 2007. À la suite de cette publication, j’ai eu plusieurs rencontres avec Pierre Georget. Puis un éditeur nous a contacté - en l’occurrence il s’agit de Prométhée - pour avoir cet échange précis, critique, autour de la RFID, dans la collection qu’il a créée et qui se nomme Pour ou contre... Pour ma part, après avoir mené précédemment une aventure d’écriture en solitaire, j’ai pensé qu’il était tout à fait intéressant de me prêter à cet exercice, au sens où la formule conduit nécessairement à se confronter à une autre opinion et à répondre, puisque l’éditeur y tient, aux arguments qui sont avancés par un acteur du domaine, lequel est forcément d’un avis différent. Et je dois dire que cet exercice, qui paraissait intéressant, s’est révélé l’être particulièrement.

Pierre Georget - Oui, je ne peux que confirmer. À l’origine de ce livre à deux mains, il y a cette initiative de l’éditeur Prométhée qui a créé cette collection où étaient déjà parus d’autres ouvrages, comme «Pour ou contre la banque européenne», ou encore «Pour ou contre les sondages», etc. Il s’agissait donc d’un exercice «polémique», ouvert, engagé, particulièrement intéressant.
Mais, avant d’entrer dans la conversation, il me semble utile de préciser cette position d’acteur qui est la mienne. Je suis directeur général de GS1 France, en anglais : GS One, et le président de GS1 Europe... GS1 a été créé en 1977 pour identifier les produits qui circulent dans le monde de la grande consommation. Nous sommes aujourd’hui l’organisme qui attribue tous les numéros aux produits qui sont revendus dans les supermarchés, les pharmacies, de fait dans tous les magasins qui utilisent le procédé de la lecture optique pour assurer le passage aux caisses des produits, c’est-à-dire le code à barres. À un certain moment, nous nous sommes interrogés sur l’après du code à barres et nous avons considéré cette technologie émergeante de la RFID comme un futur possible... Cette réflexion a été menée conjointement avec le MIT, le Massachusetts Institute of Technology de Boston. Outre la question d’une autre technologie qui serait susceptible d’accélérer encore le passage aux caisses, notre réflexion et les recherches qui se sont effectuées dans le temps se sont orientées surtout autour de la question du traitement de l’information sur les objets qui circulent en logistique, c’est-à-dire les palettes et les cartons. Cet aspect de gestion logistique demeure à l’heure actuelle notre terrain privilégié d’utilisation de cette technologie RFID.

Ce que veut dire RFID

Comment pourrait-on définir ce terme de RFID ?

Pierre Georget - Il y a deux parties dans ce nom, RF pour les fréquences radio, et ID pour Identification. La RFID consiste à utiliser les fréquences radio pour identifier des objets qui circulent ou qui sont dans un environnement. Elle permet de capter à distance une identification et de la traduire en fonction du format qu’elle prend. Dans le cas de la RFID, il s’agit directement d’un format numérique qu’on va capter dans une puce qui est reliée à un lecteur au travers d’une antenne. Le code à barres, plus ancien, est une technologie voisine, puisque qu’il s’agit aussi d’identification et de reconnaissance de format, graphique en l’occurrence. Pour cette reconnaissance, il utilise la lumière, elle-même constituée de fréquences comme on le sait, là où la RFID se sert des fréquences radio. Au fond, il s’agit de deux technologies très proches, qui font partie d’un univers bien plus large : celui de l’identification automatique. Univers où l’on retrouve également tout ce qui est utilisation des pistes magnétiques, par exemple, ou encore la biométrie qui appartient au même univers de technologie d’identification automatisée d’objets mais aussi et surtout de personnes, puisque, naturellement, les deux sont possibles.

Cette puce, ou cette étiquette RFID, on peut la mettre soit sur des objets qu’on a besoin d’identifier, ou, effectivement, on peut la mettre sur des individus qui éventuellement en accepteraient la présence...

Pierre Georget - Exactement. Sans oublier les animaux et les végétaux. Puisque tous les arbres de Paris sont par exemple identifiés par une puce qui permet d’associer à chaque arbre un historique des interventions, ce contenu n’est pas stocké dans la puce, évidemment, mais est archivé ou collecté dans des fichiers... C’est donc l’identification d’un objet ou d’un être vivant, «unique» afin qu’elle ne se confonde pas à une autre identification, et qui permet d’associer de l’information à cet objet. Il s’agit en vérité d’une sorte de pedigree. Je crois que l’expression est plus juste. La plupart du temps, ce qu’on essaie de faire, puisque les objets ont une vie, puisque les végétaux ont une vie, puisque que les animaux ont une vie, c’est d’associer plusieurs données entre elles. Le pedigree de chaque objet va permettre d’effectuer de la traçabilité, et, par voie de conséquence, soit d’améliorer un traitement, dans le cas de patients ou d’arbres, soit plus simplement de suivre le parcours ou la trajectoire d’un élément, que ce soit un vêtement, une palette ou un carton...

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Écouter cet entretien avec Michel Alberganti et Pierre Georget en intégralité

Michel Alberganti et Pierre Georget rejouent le dialogue contradictoire qu’ils ont initié pour un livre écrit à deux mains, et dont le titre résume le thème : «La RFID, quelles menaces, quelles opportunités ?»

Durée : 54mn Télécharger

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