Pour ou contre les puces RFID ?

Une interview de Michel Alberganti et Pierre Georget sur les enjeux des puces RFID.

Les questions que pose la RFID à notre société

Derrière toute cette question de la technologie et de ses usages, n’avez-vous pas le sentiment qu’il existe une idéologie sous-jacente ? C’est-à-dire la pensée d’une société qui serait une société sans risques, qui se voudrait transparente, où tout serait lisible, visible, sans parler du tout sécuritaire... Une idéologie qui serait portée de manière induite, sans même qu’elle soit voulue par ses acteurs, par ce nouvel outil de la RFID ?

Michel Alberganti - Je crois que l’idéologie, c’est celle dont j’ai parlé, c’est l’idéologie de l’informatisation. C’est-à-dire de la maîtrise la plus poussée de tout ce qui a rapport à l’économie dans un premier temps, à savoir la vie des produits, leur circulation, leur emplacement, leur consommation, les modes de consommation, les habitudes des consommateurs... Tout cela, aujourd’hui, échappe en grande partie aux entreprises qui fabriquent ou qui distribuent des produits. Demain, en étendant cette informatisation à la vie en dehors des entreprises, des informations vont pouvoir circuler sur ces pratiques et, d’une certaine façon, oui, l’idéologie dominante sera : essayons de tout contrôler ou du moins d’appréhender un maximum d’informations sur ce qui se passe, et dans un périmètre le plus large possible.
Via la communication de l’information à un système informatisé, on voit bien qu’on va pouvoir se servir des produits comme des sortes de capteurs... Autant de produits, autant de capteurs qui peuvent signaler où ils sont, éventuellement qui les possèdent, comment ils sont traités... On va peut-être pouvoir un jour (cela arrive déjà en Allemagne semble-t-il), arrêter ou identifier la personne qui a jeté un emballage dans la mauvaise poubelle ! Et ce n’est qu’un exemple. Donc, c’est ce suivi jusqu’au bout de la vie du produit avec toutes les traces qu’il aura laissées au cours de cette vie qui va devenir une source d’information absolument étonnante et aboutir à une forme de matrice qui va se superposer à la réalité. Evidemment, cette matrice sera imparfaite. Elle aura des trous. Mais les trous deviendront de plus en plus petits. Aujourd’hui, les trous sont énormes, demain ils seront de plus en plus réduits... Et il arrive un moment où les trous ne sont plus gênants. Pour personne. Parce qu’il n’y a rien dans les trous. Il est donc inutile d’avoir des informations sur ce qui se passe dans ces interstices vides... On aura de l’information sur tous les lieux de cet espace global, de cette matrice, où il se passe quelque chose d’intéressant pour les entreprises qui sont en relation avec cet environnement.

Mais ce désir de tout maîtriser, de rendre tout transparent, est-ce que ce n’est pas un leurre ? Le «vivant» échappe sans cesse, en quelque sorte... Autrement dit : il est imprévisible...

Michel Alberganti - C’est ce que je pense. Mais la logique de l’informatique traduit le désir d’une maîtrise toujours plus grande.

Pierre Georget - On vit une révolution semblable à celle du livre, à la diffusion du livre, révolution que l’informatique a créée avec le support numérique. Pour reprendre votre terme, l’idéologie de cette révolution, si tant est qu’il y en ait une, se présente d’abord sous la forme d’une question, à savoir : que fait-on de toute cette capacité et surtout comment agit-on pour rendre l’information accessible à tout le monde !... La grande frustration aujourd’hui, ou le grand problème auquel on est confronté, c’est que cette technologie de l’information n’est accessible qu’à une minorité. L’idéologie se situe essentiellement, je crois, autour de cette problématique : comment fait-on pour mettre cette technologie à la disposition de tous ? La RFID ou le mobile, car ce sont des sujets qui sont très liés, visent à cela. Clairement. C’est-à-dire que les opérateurs, les offreurs de solutions et bien sûr les gouvernements désirent mettre l’informatique, en tant que capacité d’accéder à des informations, à la disposition du plus grand nombre. Je crois qu’on est plutôt dans cette idéologie-là.

Vous dites : «accéder à l’information». Mais la question est : quelle information, de quelle nature et venant de qui ?

Pierre Georget - Tout à fait. C’est la question de la maîtrise de l’information... Mais plus on va rendre l’information à la disposition du plus grand nombre, plus sa maîtrise sera partagée. On le voit d’ailleurs avec les jeunes générations qui commencent à maîtriser, à s’approprier cette technologie comme un outil qui leur permet d’interagir. Déjà, on est bien dans une situation qui n’est plus unilatérale mais bilatérale, où l’utilisateur et l’offreur commencent à interagir réellement. Et c’est cela l’idéologie de la technologie dans laquelle on est aujourd’hui, une idéologie qui est plus une idéologie de maîtrise partagée que de captation au profit d’une minorité. Et je pense d’ailleurs, et c’est essentiel, que c’est la solution pour qu’elle ne devienne pas un instrument d’oppression.

Michel Alberganti - Je n’ai pas du tout une vision aussi idéaliste, j’ai envie de dire si angélique de l’avenir qui se prépare. Je ne crois pas du tout qu’il y ait une égalité entre l’offreur et le consommateur. Que le consommateur ait un accès partagé à ces réseaux de communication, on comprend assez facilement que c’est l’intérêt économique de l’offreur. Il n’y a pas d’idéologie politique derrière ce déploiement. Il y a d’abord une idéologie économique. C’est-à-dire la volonté d’avoir plus de clients. De la même façon que les opérateurs de téléphone cherchent essentiellement à avoir un maximum d’abonnés. C’est à peu près du même ordre à mon avis. L’abonné, dans ce cas-là, reste un abonné. Il ne se retrouve pas à armes égales avec l’opérateur. Là, la même chose va se produire. Le consommateur restera un consommateur. Il aura beaucoup de mal à accéder à toutes les informations que le distributeur ou le fabricant collecteront. On le voit déjà aujourd’hui. Aujourd’hui, pour accéder à certains fichiers de police, cela nécessite un an de délai ! C’est très compliqué d’aller vérifier. Personne ne le fait, d’ailleurs. C’est à la fois compliqué et assez mystérieux. C’est une démarche qui pour l’instant n’est pas du tout habituelle... Peut-être le deviendra-t-elle ? Ce que je veux dire par là c’est que je ne vois pas comment, à terme, le consommateur pourra se retrouver dans une relation équilibrée avec le distributeur.

Sachant que cette relation équilibrée, pour reprendre l’expression de Michel Alberganti, sera d’autant plus difficile à réaliser avec ce nouvel outil, cette nouvelle technologie de la RFID, qui est en quelque sorte une technologie de «l’invisible»...

Pierre Georget - Prenons un exemple, je suis convaincu que dans dix ans le consommateur, disons le citoyen, l’individu, mettra ses propres puces sur des objets. J’en suis absolument convaincu. Et il en contrôlera le contenu. Il dira : cet objet est à moi, voilà son pedigree, voilà son histoire, comme on le fait aujourd’hui avec Facebook. C’est aussi une vraie tendance : aujourd’hui, en terme de commerce, le consommateur utilise les réseaux comme un outil de revente de ses propres produits. C’est ce qui a le plus de succès. La croissance la plus forte se voit dans l’échange ou la revente de produits de consommateurs à consommateurs. Un nouveau monde se crée... On est plutôt dans la logique du peer-to-peer, une logique de personnalisation où le consommateur dialogue avec un autre consommateur sur l’échange d’un produit. Et dans ce cadre-là, il faudra bien admettre la maîtrise partagée... On n’utilisera pas forcément la puce d’origine, on pourra mettre sa propre identification, son propre tag ou étiquette... D’autant plus lorsque ces identifiants vaudront moins d’un centime d’euro ! Il sera dès lors très facile d’identifier soi-même ses propres objets, pour les maîtriser, et ne pas avoir à utiliser l’identification choisie par quelqu’un d’autre.
Moi, j’ai une vision beaucoup plus optimiste, c’est vrai. Et surtout, je suis convaincu que comme avec d’autres technologies, l’individu finit toujours par maîtriser la technologie. Soit pour s’en défendre, soit pour en faire un outil de dialogue, de communication avec des tiers.

La ballade du «hacker de puces»

Si l’on suit votre pensée, Pierre Georget, la technologie RFID comme toutes les technologies est ou sera une technologie ouverte... Néanmoins, si on reprend l’exemple de Facebook, que vous citez, il y a une logique, derrière, qui est une logique d’encadrement économique. Facebook, si je veux y accéder, il faut que je devienne membre...

Pierre Georget - Dans ce cas de figure, l’avenir de Facebook est écrit. D’autres communautés d’acteurs peuvent monter leur propre Facebook, et on commence à le voir. Ce n’est pas parce qu’un acteur domine tout d’un coup un marché et qu’il exploite cette idée initale au maximum que pour autant il n’y a pas d’autres acteurs qui se créent. On l’a vu avec l’échange de musique. L’échange de musique en peer-to-peer a duré un certain temps. Il y a eu des sites comme Kazaa, des gens qui ont fait de superbes affaires autour de ça, et finalement c’est devenu beaucoup moins pertinent aujourd’hui... Cela n’empêche pas que l’échange de musiques continue.

Oui, mais vous faites l’impasse sur la logique qui est derrière... Les technologies et les gens qui les façonnent, à mon sens, définissent une logique, économique, et de consommation. Certes, il y a des variantes. C’est comme un jeu de cartes. Si je joue au poker, si j’ai un jeu de cartes, il y a des règles. Je ne crois pas qu’il soit possible de dire : Je ne veux pas de ces règles ou je veux changer les cartes !...

Michel Alberganti - Cela a été le cas, et l’exemple que donne Pierre Georget est très bon, celui du peer-to-peer, lequel a été l’exemple d’une période de l’Internet pendant laquelle les consommateurs - pour le coup, les internautes - pouvaient s’approprier suffisamment l’instrument pour créer des choses qui n’avaient pas du tout été prévues ou anticipées par les industriels qui étaient plus ou moins derrière ces réseaux. On voit bien qu’il a fallu un hiatus dans le système. Il a fallu l’invention du mp3. Sans ce petit détail, le peer-to-peer n’aurait jamais existé. Or le mp3 est une anomalie dans l’histoire des normes de compression. La plupart des autres normes sont encadrées, dirigées par les industriels eux-mêmes. Et là, il se trouve qu’un laboratoire a lancé ce format et il y a eu, effectivement, l’intelligence des internautes pour se l’appropier, l’exploiter à leur profit. Est-ce que pour demain on peut imaginer des équivalences avec la RFID, ça, j’en doute un peu...

Pierre Georget - La RFID est un bon exemple, puisque toutes les normes de la RFID, les quatre grandes familles de fréquences que l’on peut utiliser, qui sont aujourd’hui inscrites dans la loi de tous les pays du monde, les quatre protocoles pour le faire sont des protocoles ISO (International Organization for Standardization - ndlr) qui sont libres de droits, que n’importe qui peut implémenter dans une puce... Ensuite, Il reste effectivement à acheter des puces, mais... C’est réellement très proche du mp3, c’est réellement une technologie qui est disponible. N’importe quel étudiant en électronique peut développer sa puce et son protocole, construire un lecteur et un contenu de puce, et commencer à diffuser tout ça. On est bien dans la même situation que celle du mp3.

Il y aura donc forcément des bugs, et il y aura des hackers. Il y aura des «hackers de puces RFID»...

Michel Alberganti - Il y en a déjà.

Pierre Georget - Oui, Il y en a déjà. Mais cela a peu d’intérêt puisque le contenu est très limité. Si vous voulez avoir une puce très peu chère, vous pouvez mettre un identifiant dedans, oui, très bien, d’accord, et puis rien d’autre. Alors, ensuite, la valeur de l’identifiant...

Michel Alberganti - Mais la valeur de l’identifiant peut être énorme !... Si c’est l’identifiant de quelqu’un, par exemple, et qu’on vole cet identifiant, on vole l’identité de ce quelqu’un.
Ce qu’il faut bien voir, c’est que - dans cette toile, dans cette matrice, les objets étant identifiés, parfois associés à des personnes humaines -, il est clair que le fait de voler un identifiant unique peut avoir des conséquences capitales. Dans cette matrice, on va savoir à quel moment et à quel endroit se trouve tel objet... Par conséquent, si cet objet est identifié de façon unique, et si cet identifiant se rapporte à vous-même, vous serez donc localisé à cet endroit, à un instant donné, comme aujourd’hui dans une cellule de téléphonie mobile, mais avec encore beaucoup plus de précision, de l’ordre de quelques mètres, voire moins. Il sera par conséquent très difficile de démontrer que vous n’étiez pas là, en tel lieu, en ce lieu X ou Z, à tel moment. Avec cet identifiant personnalisé, il existera une preuve matérielle de votre présence, d’une certaine façon. De ce point de vue, le vol de l’identité numérique pourra avoir des conséquences d’une extrême gravité. On peut comparer cela avec ce qui se passe aujourd’hui avec l’ADN dans les enquêtes de police, où une trace ADN est difficile à contester... En réalité, une trace ADN peut être volée également, et c’est un peu de vous-même qui est volé... On peut voler un mégot de cigarette, on peut voler quelques cheveux que vous abandonnez dans un salon de coiffure et les placer sur un lieu de crime. S’agissant de l’identifiant numérique volé, ce sera un peu la même chose. Une fois qu’on aura volé un identifiant qui vous est bien associé, on pourra l’associer à un lieu où vous n’étiez pas.

Pierre Georget - Cela me paraît plus improbable dans le cas de la RFID que dans celui de l’ADN. À mon sens, le support physique reste quand même quelque chose qui fait «preuve», beaucoup plus que la présence d’un identifiant numérique...

Michel Alberganti - Certes, mais le problème, ce n’est pas l’un OU l’autre, c’est plutôt les deux qui se profilent.

De l’invisible, de la vie privée et de l’anonymat

Croyez-vous qu’il sera possible, dans le futur, d’échapper à ce monde RFID ? Quelqu’un pourra-t-il dire : Moi, je ne veux pas avoir affaire à l’Internet des objets, je ne veux pas d’identifiant ?... Ou bien cette personne sera-t-elle nécessairement marginalisée ?...

Pierre Georget - Dans une certaine mesure, je pense qu’on est déjà dans cette situation. Quelqu’un qui ne veut pas avoir d’identifiant de Sécurité Sociale aujourd’hui, il se trouve effectivement marginalisé, mais il peut encore faire ce choix. Idem pour quelqu’un qui ne veut pas avoir de numéro de compte en banque. Mais c’est vrai que c’est assez incompatible avec la vie en société. Un être humain vit en société. Il peut toujours faire le choix de vivre en ermite, mais... C’est là où nous sommes tout à fait d’accord, Michel et moi, car tout ceci pose au final des questions politiques.
On est en train de créer avec l’Internet des objets, et c’était déjà évidemment le cas avec Internet, ce qu’on pourrait appeler une infrastructure critique. La question de la gouvernance de cette infrastructure critique est le point clé. On ne peut pas rejeter la technologie pour la technologie mais, en revanche, il faut mettre en place des structures pour gouverner correctement cette infrastructure et l’usage qu’en font les acteurs. Aussi, on réfléchit au rôle de la CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés en France, mais aussi à une gouvernance de l’Internet des objets qui impliquerait le plus possible d’acteurs qui jouent un rôle dans ce domaine. Tout le débat qui existe sur l’Internet des hommes est en train d’être reporté aujourd’hui sur l’Internet des objets. Un pays ne peut pas gouverner l’Internet seul. L’Internet des objets est très clairement dans le même cas de figure. L’une des actions que l’on a mené avec Orange Business Service, qui a été de créer une tête de pont de l’Internet des objets pour la France et pour l’Europe, vise justement à établir l’indépendance de la France et des pays européens face à un Internet des objets qui se développerait sur le même modèle que l’Internet des hommes. Tous ces problèmes de technologie finissent toujours à la politique, c’est-à-dire à la question de savoir comment on en régule l’usage.

C’est un problème à la fois de gouvernance politique, donc de régulation, et d’indépendance, ou de relative indépendance stratégique à négocier... En clair, faire en sorte que l’Europe soit un acteur majeur dans cette équation technologique, politique et économique...

Michel Alberganti - Oui, c’est tout à fait un problème politique. Nous sommes là-dessus d’accord. Pour autant, je ne partage pas la vision «optimiste» de Pierre Georget, qui consiste à dire qu’on va pouvoir finalement maîtriser la chose pour que tout le monde soit heureux !... Il faut bien voir que nous sommes dans un contexte politique de pleine expansion du sécuritaire. Or, demain, avec l’Internet des objets, tout cet équilibre entre les consommateurs, les industriels et les acteurs politiques de cette nouvelle infrastructure informatique va reposer sur un équilibre des forces très incertain. Il est clair que le consommateur moyen n’aura pas le même pouvoir d’action que l’industrie sur les règles du jeu qui vont être instituées. Tout dépendra donc de la prise de conscience, notamment par les partis politiques - qui actuellement est proche de zéro -, ou encore de l’intervention des associations de consommateurs ou des défenseurs de citoyens, comme les organisations de droits de l’homme, etc... Tout dépendra donc de la motivation de tous ces acteurs par rapport à celle, assez prévisible, des acteurs économiques qui vont essayer de mettre en place ce système.
Quant à la question : va-t-on pouvoir échapper à l’identification ?... je pense que cette pression dont je parle peut conduire à développer des instruments qui vont permettre de s’affranchir de ce contrôle, qui vont permettre de brouiller les puces et la communication entre les puces RFID et les lecteurs, qui vont permettre de contrôler leur contenu d’une façon ou d’une autre, lesquels seront autant d’instruments nécessaires dans le contexte de cette matrice pour préserver certains îlots d’anonymat, de vie privée... Car ce sont ces notions qui sont en question dans cette nouvelle équation. Et si on ne fait pas cet effort d’équilibrage, ces notions vont disparaître. On ne fera plus un geste, que ce soit à l’intérieur de la maison ou à l’extérieur, dans l’entreprise ou dans les magasins, voire dans la rue, sans qu’un système d’information ne soit au courant, ne détecte votre présence, votre réalité. Alors, on peut trouver cela tout à fait nécessaire à l’intégration sociale, au fait de se sentir totalement intégré à cette société, mais on peut aussi trouver cela totalement insupportable !... La question est de savoir si nous aurons encore le choix.

Il y a une autre dimension aussi, c’est la question de la conscience... Parce que ce monde de puces sera totalement invisible. On sera environné de ces puces. Par conséquent, on pourra peut-être agir, comme vous l’exprimez-là, en disant : Je choisis de... mais parallèlement, on pourra « être agi » sans même qu’on s’en rende compte, sans qu’on n’en sache strictement rien...

Michel Alberganti - C’est pour cette raison que le rapport de pouvoir va être délicat à établir et qu’il est d’autant plus nécessaire qu’une information soit faite auprès du grand public afin que celui-ci ne soit pas un simple jouet entre les mains de quelques-uns. C’est-à-dire uniquement dans les mains du pouvoir économique. Cette prise de conscience est nécessaire chez nous, mais aussi dans d’autres pays, car ce système a une vocation mondiale. Et il est évident que le pouvoir politique, dans certaines régions du monde, pourra trouver grand intérêt à utiliser ces systèmes d’information. Tout sera dans le rapport de force qui sera forcément différent selon les pays. En outre, on peut espérer que dans les pays les plus démocratiques, dont la France fait partie, nous puissions parvenir à un équilibre qui serve également de modèle à d’autres pays. Et les discussions qui sont en cours à Bruxelles témoignent de cet enjeu crucial. On y discute notamment de ce point névralgique du passage aux caisses, du point critique de «libération» des puces, autrement dit : ou bien elles franchissent cette frontière indemnes, et elles peuvent continuer à fonctionner, et là il faudra clairement énoncer ce qu’elles peuvent continuer à faire, ou bien on les élimine à ce moment-là... Il n’est pas étonnant que cette question du «silence des puces» fasse l’objet de tant de débats à Bruxelles, c’est une question qui touche, bien évidemment, et très profondément, au droit d’accès et de contrôle de l’information...

Le point de «libération» des puces ou le droit de vie et de mort des puces RFID... le chant des puces éternel ou le silence imposé...

Michel Alberganti - Voilà. En espérant que ce ne soit pas un chant trop funèbre pour nos libertés.

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