RFID : réalités, peurs et fantasmes

Cinq visions de notre futur en RFID, de nos identités plurielles au «silence des puces».

Le droit au silence des puces

Où il est question de la préservation de la vie privée. Où il est question de confiance, de contrôle, de maîtrise, de la création d’un nouveau droit. Où il est question du développement de l’industrie RFID.

Bernard Benhamou :

« Le droit au silence des puces est un terme qui peut apparaître comme quelque peu poétique pour décrire une réalité qui l’est beaucoup moins. Il s’agit, pour les individus, d’être en mesure de désactiver le cas échéant, s’ils le souhaitent, telles ou telles puces RFID présentes dans leur environnement quotidien (dans un objet, un vêtement ou bien encore dans un livre) afin d’éviter que celles-ci ne puissent donner de l’information par devers eux et contre leur volonté. C’est donc un droit à la préservation de la vie privée. Mais c’est aussi un droit pour les entreprises à être certain que les informations stratégiques qu’elles pourront avoir sur les puces ne soient pas trop largement disponibles involontairement. Le terme américain qui traite de cette captation involontaire d’information s’appelle le "skimming". D’ailleurs, aux Etats-Unis, ce "skimming" est considéré comme un délit. Il est donc important pour le développement de la RFID que se mettent en place des mécanismes de contrôle pour éviter que la RFID ne soit perçue comme le bras armé de Big Brother, pour paraphraser certaines inquiétudes relayées ici ou là...

« Bien entendu, ce droit au silence des puces renvoie aussi au droit du citoyen. C’est un nouveau droit, en ce sens que la vie privée a été codifiée dans un univers où il n’était pas possible de voir au travers des vêtements, au travers d’une personne, en toute impunité, pourrait-on dire. Jusqu’alors, il était relativement simple d’affirmer : on n’a pas le droit de prendre de l’information sur une personne contre son gré. La Loi de 1978 et la création de la CNIL concernant l’accès et le contrôle des fichiers informatiques concrétisaient ce droit. Mais lorsque, loin de n’être que informatiques, les systèmes deviennent partout présents, ubiquitaires comme disent nos amis japonais, et nous accompagnent dans l’ensemble de notre vie quotidienne, le droit doit changer. Et ce droit nouveau devra faire en sorte que les puces soient conçues dès leur architecture, dès leur conception initiale pour être en mesure d’être désactivées, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle... On peut "tuer" les puces mais on ne peut pas leur "faire silence", leur "imposer silence".

« Si l’on songe à ce qu’on appelle désormais l’Internet des objets, à savoir la connexion de toutes sortes d’objets au-delà des objets informatiques traditionnels, il est clair qu’il s’agit d’un enjeu politique majeur. Il est important effectivement que cela se fasse en confiance, que les citoyens aient la maîtrise de cela. Il est de notre responsabilité, à nous, Européens, de veiller à ce qu’on fasse passer le citoyen avant le client dans cette opération. Et d’un point de vue industriel, il est aussi essentiel de veiller à ce que les développements qui pourront être créés reposent sur un socle de confiance. C’est là une condition nécessaire - j’oserais même dire indispensable ! - pour que puisse se développer cette industrie. »

Ecouter l’interview de Bernard Benhamou

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