RFID : réalités, peurs et fantasmes

Cinq visions de notre futur en RFID, de nos identités plurielles au «silence des puces».

Identités plurielles

Où il est question de l’émergence d’un «règne numérique». Où il est question de téléprésence, d’ubiquité, d’avatars, de transmission, de mémoire et de la nécessité d’avoir plusieurs identités.

Michel Riguidel :

« Aujourd’hui déjà, notre personnalité est d’une certaine manière complètement fragmentée, notre identité est donc multiple... Nous n’avons pas affaire à un seul système numérique mais à plusieurs. Il suffit de songer au téléphone portable ou à Internet. Et ceci va s’amplifier. Par conséquent, dans le futur on aura de plus en plus des niches spécifiques numériques auxquelles nous voudrons alouer une partie de notre identité.

« D’où la nécessité finalement d’avoir en interface, vis à vis de ces systèmes numériques, plusieurs identités. Je crois que dans le futur, de plus en plus, on aura besoin pour le respect de la vie privée de privilégier un sous-ensemble de sa propre identité. Par ailleurs, n’oublions pas que l’identité a un rapport avec la filiation, avec la généalogie, avec l’histoire, avec la mémoire, il est donc très important de pouvoir zapper éventuellement son identité, ou, au contraire, de pouvoir être tracé, pour des problèmes d’alibis, pour dire "j’étais là, ici et maintenant !". Cette notion d’identité, déjà fragmentée, aura dans le futur plusieurs facettes autonomes voire antagonistes, il y aura cette dimension dialectique qu’il faudra surmonter s’agissant de l’identité de soi-même et de l’identité du cortège des objets que l’on a avec soi.

« Pour moi, après le règne minéral, végétal, animal, on assiste désormais à la naissance, à l’émergence d’un règne numérique qui va vivre sa vie. La RFID est en quelque sorte symptomatique de l’émergence de ce règne numérique. Von Neumann, il y a déjà cinquante ans, pensait que les logiciels, les robots allaient à la limite nous échapper, un peu comme dans le mythe de Frankenstein... Sans aller jusque-là, je pense néanmoins que nous aurons de plus en plus, à côté de nous, des robots, des assistants qui nous aideront dans notre travail, qui vont prolonger notre cerveau, nos mains, notre histoire, etc... Aujourd’hui, on est en train d’initialiser, de créer un réseau personnel sur lequel il y aura bientôt des données et une intelligence sans cesse en éveil. Bientôt, il y aura une espèce de téléprésence : je serai partout, dans tous les recoins de la planète, j’aurai des avatars... Par conséquent, tous les problèmes de responsabilité, de mémoire, de vie privée se poseront, je dirais, non seulement pour mon corps physique mais aussi pour tout ce règne numérique qui va m’accompagner tout au long de la vie. »

Ecouter l’interview de Michel Riguidel

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