La société collaborative entre utopie et dystopie

Cinq revendications aux effets paradoxaux

#3: La créativité. Entre originalité et banalisation

Par créativité, il faut comprendre ce qu’on apporte ou produit d’original en tant que personne, mais également la revendication d’un droit à le faire. Il ne s’agit pas tant d’une participation à l’acte, que de son contenu et du sentiment d’expression, de considération de soi que cette créativité nous procure. La créativité est une revendication de notre singularité individuelle et de notre droit à l’exprimer et à la vivre pleinement.

La créativité en réponse à l’automatisation ?

L’arrivée croissante des robots et de la régulation algorithmique dans la société renforce cette injonction à la créativité, comme si c’était le dernier rempart, le seul terrain sur lequel l’humain serait toujours supérieur à la machine… Ou pas, comme l’illustre Paul the robot, un robot dessinateur imaginé par l’artiste Patrick Tesset qui croque des portraits de façon obsessionnelle et reproduit une forme d’imperfection, a priori contradictoire avec l’informatique et totalement compatible avec ce que nous entendons d’habitude par ce terme de créativité.

Paul the robot dessine son créateur Patrick Tesset.

La fin du mythe du «tous créateurs»

Les outils et plateformes numériques ont permis un plus large accès à la création individuelle de type artistique, que ce soit au niveau de la production, avec le développement de logiciels de création numérique (photo, vidéo, musique, etc.), qu’au niveau de la distribution, notamment avec les plateformes collaboratives comme Soundcloud et les réseaux sociaux.

Mais l’utopie du «tous créateurs» et du «culte de l’amateur», soulevée dans le sillon du déploiement d’Internet et des technologies numériques, a subi de nombreux revers, d’où la critique d’Andrew Keen en 2007 dans son livre The cult of the amateur. Si la production de contenu par les individus s’est effectivement développée sur les plateformes numériques, comme YouTube ou Facebook, la qualité et l’intérêt de ces derniers sont très relatifs, disons très hétérogènes. De plus, la participation des internautes sur le réseau suit toujours la règle empirique du 1/10/100 : sur 100 personnes qui vont sur un site, 1 personne contribue, 10 commentent et 89 ne font que consommer passivement.

Des contenus générés, des talents et du marketing 

Néanmoins, l’explosion de la production de contenus générés par les utilisateurs est une réalité (selfie, vidéos amateurs, blogs…). Mais ces contenus sont majoritairement des témoignages directs de vies individuelles et très rarement des œuvres créatives au sens de reflet profond d’un sujet (un individu) et d’expression d’un regard sur le monde.

Francis Pisani conclut ainsi son livre Comment le web change le monde : Des internautes aux webacteurs :

La plus grande valeur du crowdsourcing semble bien être qu’en élargissant la participation, l’externalisation permet de puiser dans la longue traîne des talents.

Ainsi, l’important dans le nouveau monde numérique ne serait pas tant que nous soyons tous devenus de «vrais» créateurs que le fait, pour une entreprise donnée, d’avoir accès bien plus facilement qu’auparavant à une beaucoup plus large base de créateurs, ou du moins de talents, voire de participants à des projets, certes créatifs, mais aussi marketing…

D’où l’intérêt de se pencher sur notre quatrième revendication : la participation.

 

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