Démocratie électronique

Vers la démocratie électronique ?

Réflexions sur l’usage des technologies pour la participation des citoyens à la vie démocratique

Quelles sont les débats publics adaptés à Internet ? Notre nouveau monde numérique, ses outils ainsi que les réseaux sociaux peuvent-ils susciter plus de participation à la vie politique et sociale ? Quelle est la réalité en Europe de cette «démocratie électronique» ? De cette «cyber démocratie» qui faisait rêver certains à l’aube du World Wide Web ?

Au début de l’année 2012, peu avant ce double rendez-vous des élections présidentielles du 22 avril et du 6 mai puis législatives des 10 et 17 juin, Le Monde et l’agence Linkfluence ont dressé la carte interactive de la blogosphère politique de la France. Ils ont comptabilisé près de 1.500 sites de partis ou surtout de militants et de sympathisants, toutes opinions confondues. Il faut savoir qu’un tiers des internautes américains inscrits sur un réseau social affichent sans ambiguïté leurs engagements dans des activités politiques et civiques, pour mieux en discuter cela va de soi… On ne pourrait mieux démontrer la façon dont nos multiples conversations politiques ont désormais envahi la Toile, élargissant ainsi l’espace public. Comme l’explique Dominique Cardon dans son livre La démocratie Internet (2010, Seuil, La République des Idées) :

Internet ouvre grand les portes d’un univers qui s’était enfermé dans un dialogue entre des journalistes encartés et des professionnels de la politique.

Sauf que les responsables politiques n’ont pas tous réellement conscience de cette petite révolution et de toutes ses conséquences sur l’exercice de leurs fonctions, au risque de se faire bousculer par la liberté d’une parole à laquelle ils ne sont guère habitués. C’est bien là le message de Bernard Pancher, député de la Meuse et président de l’association Décider Ensemble, lorsqu’il organise en juillet 2009 un séminaire à l’Assemblée nationale sous le titre : « Nouvelles technologies et concertation : TIC et formes participatives de la démocratie, quels dispositifs et méthodes pour une meilleure gouvernance ? ». Séminaire dont le sujet reste plus pertinent que jamais en 2012…


A l’antenne de La Chaîne Parlementaire, le député Bernard Pancher exhorte les hommes politiques à s’emparer enfin de l’Internet pour dialoguer voire travailler avec les citoyens.

Quelques mois avant les élections présidentielles, l’association Décider ensemble a envoyé à tous les candidats «10 propositions pour moderniser notre démocratie». Il n’y est pas question que de «cyber démocratie», bien évidemment. Il n’en reste pas moins que la difficulté de nos décideurs politiques à utiliser les potentiels des réseaux sociaux et plus largement d’Internet dans le cadre des projets qui concernent leurs électeurs est significatif d’une difficulté à sortir des voies officielles de la parole publique et donc, in fine, à moderniser leur rapport à la démocratie au jour le jour.

 
Les témoignages sur leurs usages politiques de l’Internet (en juillet 2009) de deux députées de Paris, Martine Billard et Sandrine Mazetier, du député du Loir-et-Cher Patrice Martin-Lalande, de la présidente de Ville-Internet Florence Durand-Tornare et de Bruno Janet, directeur des Relations avec les collectivités locales de France Télécom.

Selon Dominique Cardon, auteur de La Démocratie Internet et chercheur aux Orange Labs, les nouvelles formes d’expression de l’Internet «pluralisent et distribuent autrement les formes de la parole publique, en empruntant des langages et en habitant des espaces que la politique conventionnelle, bien souvent, ne sait pas reconnaître.» Bref, elles se passent d’intermédiaires et ne supportent guère la langue de bois. De fait, la façon informelle, pragmatique et souvent éphémère dont les collectifs de discussion se forment sur la Toile, par «le bas» donc bien plus que par quelque décision venant «d’en haut», est peu compatible non seulement avec les mécanismes de la démocratie représentative mais aussi avec les dispositifs de consultation en ligne inspirés des logiques classique de démocratie participative. C’est bien pourquoi, explique Cardon :

Les formes de délibération citoyenne initiées par les institutions publiques sur la Toile se sont révélées plutôt décevantes. Elles ne parviennent à mobiliser qu’une fraction infime de citoyens très concernés.

Dominique Cardon voit véritablement le Net comme un espace ayant libéré la parole de citoyens qui, pour beaucoup, auparavant se taisaient. C’est donc un outil de démocratie. Il n’en fait pas moins le constat qu’un long chemin resterait à parcourir avant de parler de «démocratie électronique» au sens propre du terme.

Constat que partagent, chacune à leur façon, les trois chercheuses ayant participé en juillet 2009 au colloque de l’association Décider ensemble, et auxquelles les trois chapitres de cet article sont dédiés : d'abord Jocelyne Arquembourg, autour de la notion de débat public telle pourrait s'appliquer via les outils du numérique ; ensuite Laurence Monnoyer-Smith, sur la nécessité de revoir le fonctionnement même de notre démocratie représentative ; et enfin Stéphanie Wojcik, qui évoque la multiplicité mais aussi les limites de différentes expériences menées dans l'Union européenne…

Écouter l'intervention de Florence Durand-Tornare

Florence Durand-Tornare, présidente de Villes-Internet parle des nouvelles pratiques liées à Internet dans les communes françaises au colloque Décider Ensemble de 2009.

Durée : 6mn Télécharger

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