L'ADN de Steve Jobs tombe dans le domaine public

Fait divers #1 : une histoire de partage

«L’ADN de Steve Jobs tombe dans le domaine public»

CITIZEN NEWS. 28 novembre 2023. Paul-Steven Jobs - le petit-fils de Steve Jobs – a annoncé hier que l’ADN de son grand-père serait «livré dans la semaine au domaine public». L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre sur le juteux marché de la vente d’ADN à des fins de reproduction – un marché de plusieurs milliards de dollars où se vend à prix d’or le sperme réel, artificiel ou modifié de mannequins, de prix Nobel ou de stars de la musique et du sport.

Par ce geste, Paul-Steven Jobs rejoint sans ambages les opposants à la loi faisant de l’ADN de chacun une propriété inaliénable. «Ce que donne la nature doit appartenir à tous. Il est intolérable que certains se l’approprient ou le vendent» martelait l’héritier dont la famille «a toujours refusé les offres de rachat du génome de Steve Jobs». Un génome supposé valoir plus de 350 millions de dollars – l’ADN de Steve Jobs étant potentiellement l’un des plus cotés du monde après ceux de Barack Obama et de Michael Jackson.

Mais ces belles paroles semblent cacher une réalité moins avouable. L’actrice Elsa Simpson a en effet annoncé hier à Cupertino être enceinte de Paul-Steven Jobs. Ce dernier aurait dans un premier temps envisagé de porter plainte contre elle pour le vol de ses gamètes mâles et cet «ADN-jacking» perpétré lors «d’un instant de faiblesse sciemment orchestré par la starlette». La presse américaine ironise depuis sur les dessous de l’affaire, en soupçonnant Paul-Steven Jobs de vouloir en réalité faire perdre toute valeur à l’ADN du bébé porté par la starlette.

C’est qu’à ce jour, l’ADN de Steve Jobs est indirectement un best-seller du Maghreb à l’Indonésie, via les ventes du sperme artificiel d’Abdulfattah Jandali, le père biologique du fondateur de Pixar et d’Apple. Une popularité récemment relancée par la fortune acquise en quelques mois par Djamel Steve Benabdallah qui n’a jamais caché qu’il comptait parmi les soixante-dix mille descendants supposés du père du visionnaire. Mais c’est surtout le film indien «Steve» qui a ravivé l’année dernière l’intérêt des futurs parents. 700 millions de spectateurs ont pleuré en découvrant l’histoire de la mère de Jobs, une catholique américaine forcée par sa famille à l’abandon de son bébé du fait de l’origine syrienne et de la confession musulmane de son père.

Pippin, la société qui commercialise le génome d’Abdulfattah Jandali (acheté à l’époque pour quelques millions de dollars) ne semble d’ailleurs pas craindre la concurrence de l’ADN versé au domaine public :

Si vous voulez que votre enfant ressemble à Steve Jobs, mieux vaut user de l’ADN de son père. Si vous y regardez de près, les descendants de ce grand visionnaire ne sont finalement aujourd’hui célèbres que pour leurs faiblesses face aux actrices blondes.

Les géants de la Biotech, de plus en plus violemment critiqués pour leur mainmise sur le patrimoine génétique de l’humanité, annoncent déjà la mise en vente prochaine de l’ADN synthétique de l’entrepreneur, modifié par leurs soins. Pour les représentants de 23&Yours «tel quel, l’ADN de Steve Jobs n’est pas sain et nous le déconseillons. Pour notre part, nous travaillons déjà à une version expurgée». Comprendre un génome in fine breveté car nettoyé de toute maladie potentielle et en premier lieu du risque de forme rare de cancer du pancréas qui a emporté Jobs à seulement 56 ans.

De leur côté, les psycho-génomistes restent dubitatifs quant à la valeur réelle de l’ADN de Steve Jobs : «C’est la vie de Steve Jobs qui en a fait quelqu’un d’exceptionnel, pas son génome. Ses parents adoptifs, ses expérimentations de la vie communautaire et du LSD dans les années 1970 et le fait qu’il se trouvait en Californie à une époque bénie, ont forgé son caractère et son destin bien plus que son ADN.» Jobs le disait lui-même quand il évoquait ses parents biologiques :

Ils ont été ma banque de sperme et d'ovules. Cela n'a rien de méchant, c'est juste la vérité : des donateurs de gamètes, c'est tout ce qu'ils sont, rien de plus.

Ironie du sort : c’est cette même phrase que 23&Yours met en exergue depuis hier dans ses publicités destinées à promouvoir les gamètes modifiées du génie.

Paul-Steven Jobs est malgré tout déterminé à partir en croisade pour que l’ADN de tous relève du domaine public. «Le monde a besoin de partager ses ressources, de préserver le vivant, pas de le vendre. Depuis la naissance de l’Humanité, l’ADN est une donnée partageable gratuitement et il doit le rester».

 

Par Régis Jaulin et David Neiss
Illustration Sidonie Le Gourrièrec

 

 

 

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