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L’abbaye de Cluny reconstituée grâce à la réalité augmentée. Image tirée du film 3D, Major Ecclesia réalisé en 2004 par la société On-situ.

L’abbaye de Cluny reconstituée grâce à la réalité augmentée. Image tirée du film 3D, Major Ecclesia réalisé en 2004 par la société On-situ.

Deux étapes de la simulation 3D du Cabinet de Charles V réalisée par Art Graphique et Patrimoine et le cabinet d'architecture Axyz dans le cadre de Futur(s) en Seine, juin 2010.

Au Musée des Beaux Arts de Rennes, la réalité augmentée dévoile histoire et détails cachés au coeur des tableaux avec l'aide d'un avatar ludique. Photo : ville de Rennes

Le patrimoine se réinvente en RA

Comment les lieux et œuvres du passé revivent pour leurs visiteurs avec la réalité augmentée

La réalité augmentée, c'est la possibilité de voir à la fois le présent invisible et l’hier oublié, d’enrichir des lieux vivants de mille connaissances ou de faire revivre des endroits et moments de notre histoire par le texte, le son et l’image sur tous les écrans à notre disposition, notamment mobiles.

La réalité augmentée est donc aujourd’hui un moyen privilégié pour redécouvrir des lieux en partie détruits comme l’Abbaye de Cluny ou dénudés par le temps tel le cabinet de Charles V au sein du château de Vincennes. Associée aux smartphones et aux systèmes de géolocalisation, elle permet aussi d’enrichir la visite de musées, de villes et de régions touristiques. Et dans les Musées elle devient un guide personnel, analysant les oeuvres et narrant leur histoire.

Ressusciter l’Abbaye de Cluny

L’une des réalisations les plus réussies de réalité augmentée appliquée au patrimoine est le dispositif multimédia mis en place depuis quelques années à l’Abbaye de Cluny. L’objectif visé est de faire revivre, grâce à une série d’écrans orientables, ce qu’a pu être la grandeur de ce lieu avant qu’il ne soit partiellement détruit lors de la Révolution française. Car il n’en subsiste aujourd’hui que 8% des constructions.

Installés à divers endroits de l’abbaye, ses grands écrans fonctionnent comme une sorte de maquette ou de «tableau vivant», selon les termes de leurs concepteurs. «En orientant cette fenêtre, expliquent-ils, on révèle les parties disparues de l’architecture, éclairées par la lumière de l’instant présent.» Comme par magie, la grande nef, reconstituée en 3D, apparaît, précisément là où elle était érigée et où aujourd’hui se dresse une palissade. Et le visiteur n’a plus qu’à faire pivoter l’écran pour explorer l’édifice.


Une vidéo qui montre comment, derrière le Cluny d’aujourd’hui, la réalité augmentée permet d’entrevoir ce qu’était cette monumentale abbaye.

Nouveauté depuis 2011 : une dizaine de tablettes iPad offrent aux visiteurs une visite plus personnelle de l’abbaye et du village. Mieux : une application pour iPhone est aujourd’hui disponible sur le site Clunyvision.


Un avant goût de ce qu’est aujourd’hui la visite de Cluny avec un iPad.

Retour au 14e siècle : le cabinet de Charles V

Autre exemple de réalité augmentée au service du patrimoine, la reconstitution du cabinet de Charles V. De cet endroit il ne reste aujourd’hui qu’un réduit nu, sans cachet, que l’on traverse lorsqu’on visite le donjon du château de Vincennes, rénové en 2007. Difficile d’imaginer que là était le cabinet de travail de Charles V (1338-1380), fils de Jean le Bon, qui acheva le donjon et fit construire le château au 14ème siècle. Depuis juin 2009, les visiteurs peuvent découvrir cette pièce telle que Charles V, dit le Sage, l’a décorée et occupée. C’est là qu’il conçut non seulement le reste du château et sa Sainte Chapelle, mais aussi toute l’organisation du royaume dont il fit le premier «État moderne».

A l’aide d’un «appareil photo magique», un terminal ultra-mobile (UMPC) Samsung, les visiteurs découvrent sur leur écran, comme s’ils y étaient, une simulation 3D de l’atelier. Voute et murs ornés de peintures polychromiques, lambris de chêne de la Baltique, mobilier, outils et livres, tout y est.

Cette application de pure réalité augmentée a été réalisée à partir des travaux de Jean Chapelot, historien du CNRS. «C’est la vision de l’historien qui est présentée aux visiteurs», explique Bruno Plantier, directeur technique et R&D de AXYZ qui a produit l’application, avec Art Graphique et Patrimoine et les fonds de Cap Digital. «Il n’existe aucune description ni gravure d’époque; tout a été reconstitué à partir des données collectées lors des fouilles (des lambris de lambris par exemple) ou de meubles d’époque qui avaient été conservés dans d’autres parties du château».

Des flashcodes, apposés sur les murs de pierre, permettent au terminal de connaître la position du visiteur et d’afficher en temps réel la simulation 3D de la pièce correspondant à son angle de vision et à ses déplacements. Une sacrée concession de la part de la Réunion des monuments nationaux (RMN), qui n’aime guère qu’on pollue les murs de ses châteaux. Mais, promis, ces signes cabalistiques n’altèreront pas la pierre, tout au plus «dénaturent-ils» la pièce selon certains. Et la qualité de ce qu’ils font découvrir vient assez vite à bout de cette critique.


Démonstration et making of de l’application «Le Cabinet de Charles V».

Art Graphique et Patrimoine et AXYZ ont également conçu une application de réalité augmentée pour la cathédrale d’Amiens. Un simple flyer présenté devant la caméra d’une des quatre bornes installées en ville, et la cathédrale en 3D apparaît. On peut l’examiner sous tous les angles, y compris ceux impossibles dans le réel, et avoir un avant-goût des illuminations nocturnes qui mettent en valeur les polychromies de sa façade. Le site de la cathédrale propose même de télécharger le flyer et l’application pour faire l’expérience de chez soi.

«Si Versailles et ses jardins m’étaient contés»...

Versailles et ses jardins attirent chaque année des millions de visiteurs du monde entier mais aussi des habitués, amateurs de flâneries au gré des bosquets et des fontaines. Dans une première phase de test en 2009 et 2010, l’idée ingénieuse d’Orange et du service multimédia du Château de Versailles a été de leur prêter un iPhone, pour les accompagner de façon originale dans ces jardins. Et en 2012, tout visiteur muni d’un iPhone ou d’un smartphone sous système d’exploitation Android peut désormais profiter de cette découverte en réalité augmentée.

Il ne s’agit ni d’un «nième» audio-guide trop bavard ni du parcours obligé allant du spot 1 au spot 24. Mais plutôt d’un accompagnateur aussi discret que savant, signalant au visiteur qu’à gauche il peut trouver le bosquet de la Reine, et que plus loin après le grand bassin, il existe un petit recoin à ne pas manquer.

Le visiteur se voit présenter au départ une carte des «points» remarquables. Il peut la suivre ou non. Etant donné qu’il est géolocalisé via son mobile, celui-ci va vibrer lorsqu’il approche d’un de ces «points». Et s’il décide de répondre à la sollicitation, il obtient des explications sur cet endroit particulier. Ceux qui aiment s’instruire et souhaitent connaître les différents états de ces jardins à travers les siècles, ont accès à des récits d’experts, historiens ou collaborateurs spécialisés du Château. La conservatrice de Versailles explique par exemple à ceux qui le désirent la conception «astronomico compatible» de la Grande Perspective qui ouvre l’accès aux jardins. Autre exemple : le visiteur est prévenu à l’approche de l’Orangerie et pourra la découvrir en compagnie de son jardinier attitré.

Emmanuel Mahé, acteur du projet pour Orange, explique l’originalité de l’application de réalité augmentée «Jardin de Versailles».

La réalité augmentée permet d’ajouter, au classique guide multimédia, une couche interactive supplémentaire. Grâce à la géolocalisation et à la caméra du smartphone qui fournit sa position au serveur, le visiteur peut visualiser à distance les autres «points» en vue, obtenir un résumé d’information sur chacun d’eux et décider lequel le tente le plus. Compte tenu de la taille des jardins, l’aide est précieuse et permet de ne pas passer à côté d’un coup de cœur... Avec, en bonus de l’application, des diaporamas et des vues aériennes de ces parcs royaux…

En route pour le «m-tourisme»

Le Tourisme mobile ou m-tourisme a de beaux jours devant lui. Plusieurs applications proposent des visites augmentées, sur smartphone, de villes ou de sites touristiques, comme Geoquestour, ou Ze Visit.

La balade de Ze Visit sur la colline de Fourvière à Lyon, par exemple, donne rendez-vous devant Notre-Dame, au pied de la colline. Il suffit au visiteur d’activer la caméra de son iPhone, pour voir s’afficher en surimpression sur le paysage réel des pastilles cliquables correspondant aux sept destinations à visiter. Chaque point d’intérêt donne accès à une présentation audio résumée. Libre ensuite au visiteur de se contenter de cette introduction, ou de se rendre sur ces sites, accompagné par la classique balade audio de Ze Visit. Il pourra alors flâner dans le quartier animé de la Croix Rousse et entendre son crieur du dimanche, se perdre dans les célèbres «traboules» du vieux Lyon, ou faire une halte à l’Opéra avant de rejoindre les rives du Rhône.

Pour Yann le Fichant, président de Voxinzebox, la société conceptrice de Ze visit : «la valeur ajoutée est dans l’usage. On n’est pas dans la performance technique à tout prix. On permet aux gens de visiter mieux, et la RA est un moyen simple, qui s’ajoute et complète nos audio-guides.»

D’autres métropoles ont choisi de revisiter leur passé ou de faire découvrir le futur de leur architecture. Aux Pays-Bas, on appelle ça «Urban Augmented Reality». L’Institut néerlandais d’architecture a ainsi développé des applications pour Rotterdam et Amsterdam. Armés de leur mobile, les promeneurs peuvent accéder aux images de bâtiments disparus, mais également à des reconstitutions 3D d’édifices existants ou en projet.

En Angleterre, c’est le Musée de Londres qui a eu l’idée de puiser dans son fond de photos anciennes. Résultat : une application baptisée Streetmuseum, qui permet de se balader autrement dans Londres. On a le choix entre suivre la carte des lieux répertoriés , ou partir à l’aventure et photographier monuments historiques ou lieu fameux, comme Picadilly Circus par exemple, pour voir s’afficher à l’écran images et informations sur ce qu’ils étaient avant.


Une plongée dans le passé de Londres grâce à l’application StreetMuseum.

La réalité augmentée dans les Musées

Les musées eux aussi s’intéressent aux nouveaux outils numériques, comme en témoigne notre dossier de Culture Mobile sur les musées à l’ère numérique. La réalité augmentée y a fait son entrée, comme en témoignent ces quelques exemples.

Au Musée des Beaux Arts de Rennes, le projet Gamme, développé en collaboration avec Orange Innovation, est désormais opérationnel. Il propose au public une découverte approfondie des oeuvres. Sa particularité : le terminal mobile (un MID Samsung) détecte les peintures sans l’aide d’aucun marqueur. Une fois l’oeuvre reconnue, un avatar 3D jaillit du mur pour fournir des explications sur la symbolique de la composition ou la technique utilisée. Le visiteur peut zoomer et déplacer un détail, passer en vision scanner pour voir les repentirs ou encore regarder aux dos du tableau les vignettes apposées par les différents musées où il a été exposé.

Pour sa réouverture après rénovation, le Musée Sukiennice de Cracovie a conçu une expérimentation originale pour attirer le jeune public. Dix tableaux de maitres, connus pour leur histoire singulière, ont été sélectionnés, et dix scénettes ont été tournées par des comédiens pour raconter ces histoires. Lorsque l’une des peintures  est détectée par le smartphone, la courte vidéo s’affiche à l’écran.


Découvrez sur votre Smartphone les petites histoires cachées derrière les tableaux du Sukiennice Museum.

Novateur également, l’Audio-guide 2.0 réalisé par le groupe Orbe et le collectif Kom.Post, que l’on pourrait qualifier de réalité augmentée sonore. Inauguré dans le cadre de 2062 Aller-retour vers le futur à la Gaité Lyrique, ce dispositif permet non seulement, via des flashcodes disséminés sur le parcours, d’accéder à des commentaires pré-enregistrés sur le contenu de l’exposition et l’histoire de la Gaité, mais aussi de participer en laissant à son tour un message. La boussole du smartphone permet de retrouver l’exacte position de tous ceux qui ont ainsi laissé leur témoignage.

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