Travailler demain

Sans bureaux, patrons ni salariés, quelle société ?

Demain il n’y aura plus de patron

 Rappel : Nous sommes en 2025 ou 2030, la nouvelle économie a pris le pas sur la société de consommation.

Option 1 : la technologie est un outil collaboratif

Les décisions sont prises de manière collaborative et le plus localement possible, les hiérarchies ont été abandonnées, à l’exception de quelques îlots de résistance spécifiques comme dans l’armée ou la médecine. Le travail s’organise de façon horizontale, tout en s’appuyant sur les compétences spécifiques de chacun. La technologie assiste les individus afin de faciliter les prises de décisions, à l’image d’un outil comme Loomio qui permet à toutes les voix de se faire entendre, garantissant une meilleure prise de décision. Avec des fonctionnalités de vote, de commentaires et de visualisation du processus de décision, l’outil propose de suivre une méthodologie en trois étapes : débattre, se mettre d’accord et décider ensemble.

Vidéo de démonstration de Loomio.

L’apprentissage du travail collaboratif non hiérarchisé commence à l’école avec des outils de prise de note collaborative comme ce prototype baptisé CLIP, réalisé en 2014 par des étudiants du Strate Ecole Design et de l’ESILV. Cette plateforme permet aux étudiants d’enrichir leurs prises de notes avec celles des autres étudiants ayant assisté au même cours. Chaque étudiant part de ses propres notes et l’outil lui permet de repérer rapidement des trous dans son cours ou des parties de cours moins riches que sur les notes d’autres étudiants… Il peut alors facilement rapatrier des éléments dans son propre cours et échanger avec les autres étudiants.

Vidéo de démonstration de CLIP.

Au début du 21e siècle, nous étions plutôt dans une injonction dogmatique, il fallait collaborer, peu importe la manière ou la finalité. Aujourd’hui nous avons changé de paradigme, nous vivons par défaut dans un état de collaboration, mais nous avons appris à nuancer les niveaux et les modes de collaboration. Si les individus ont compris que pour bénéficier de la participation des autres, il leur fallait eux-mêmes jouer le jeu et mettre en commun les idées et les productions, il leur a fallu également apprendre que, dans certains cas, ne pas collaborer s’avère plus efficace. Mettre en place les conditions et la potentialité de la collaboration s’est avéré plus crucial que la collaboration elle-même.

Option 2 : la technologie remplace les humains

Les prises de décision ont été automatisées afin de supprimer la subjectivité et les aléas intrinsèquement liés aux humains, qui n’étaient plus tolérables étant donné l’interdépendance grandissante entre les humains due à la mondialisation de l’économie. En d’autres termes, la vie est devenue une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des humains.

Le passage au temps réel a été l’autre facteur qui a fait basculer le management vers la prise de décision automatisée. Aussi talentueux soit-il, un humain est beaucoup trop lent. Ainsi les programmes informatiques ont pris progressivement place dans les conseils d’administration. Il est rare aujourd’hui d’y croiser des humains. Les conseils se déroulent virtuellement et dans un langage purement algorithmique. Inutile aujourd’hui de passer des jours à organiser des meetings convenant à l’agenda de chacun, ni de passer des heures à taper des comptes rendus et encore moins de perdre des minutes précieuses à parler du temps qu’il fait, de prendre des nouvelles les uns des autres ou encore d’aller se faire un café. Les patrons sont partis en retraite, les robots veillent et se révèlent bien plus efficaces.

C’est Deep Knowledge Ventures, une société d’investissement hong-kongaise dans le domaine de la recherche médicale qui avait lancé le mouvement en 2014 en nommant un robot à son conseil d’administration. Au départ, la mission de Vital («outil de validation pour les investissements dans la recherche scientifique»), le nom de l’algorithme, était d'analyser les résultats prévisionnels, les premiers tests de médicaments, la disponibilité des brevets et les levées de fonds précédentes des sociétés dans lesquelles la société envisageait d'investir. Aucune décision d’investissement ne pouvait être prise sans avoir au préalable consulté Vital. Vital est devenu un avantage compétitif très fort, et dans les années qui ont suivi, il a rejoint de nombreux conseils d’administration.

Il y a 10 ans, les décisions étaient déjà largement pilotées par les algorithmes, leur entrée aux conseils d’administration a été en fin de compte plus symbolique qu’autre chose. Le gouvernement Valls, en 2014, aurait dû écouter l’agorithme Regionator 3000 au moment de la découpe des régions, car l’avantage des décisions algorithmiques réside dans l’incapacité pour des humains d’influencer le résultat en fonction de leurs intérêts personnels.

Le syndicat de défense des travailleurs humains, la CHT (Confédération Humaine du Travail), continue de se battre pour rétablir les décisions humaines en entreprise, attaquant l’argument de la rapidité propre aux machines : «Plus on augmente la vitesse de prise de décisions, plus on augmente le nombre de décisions prises, et par conséquent plus on augmente le nombre de mauvaises décisions».

Le syndicat des patrons robots, le Medor, assure pourtant que tel n’est pas le cas, la probabilité de prendre une mauvaise décision étant aujourd’hui proche de zéro, comparée à celle des humains qui s’approche de 0,5 ou, en d’autres termes, reviennent à jouer une décision à pile ou face. Le Medor ajoute que, de toute façon, les derniers biais seront bientôt éliminés : les nouvelles générations de machines seront en effet entièrement programmées par d’autres machines, sans intervention humaine, sans risque donc…

Et pour aller plus loin

Commentaires