Une école virtuelle ?

Demain des élèves sans lieu, sans profs mais avec des jeux vidéo et des robots

Vers une profusion d’écoles ?

Des transformations importantes sont visiblement en cours, tant sur la façon d’apprendre que sur la façon d’enseigner. L’école deviendrait plus ludique, plus interactive, plus collaborative et plus personnalisée. Une partie de ses transformations semblent préparer l’école et ses protagonistes à une plus grande dématérialisation, à une acceptation de l’automatisation de l’évaluation et de l’accompagnement pédagogique, et à une remise en cause de la centralité du professeur. Mais ces changements peuvent-ils advenir partout ?

Et si l’école du futur n’était pas virtuelle ?

Les initiatives actuelles ne dessinent pas une réalité unique. En parallèle de la montée des écoles virtuelles comme les cours en ligne de masse, se développent des cours de proximité comme la Trade School ou les SPOC (Small Private Online Classes). Les SPOC mélangent le cours en ligne et le cours en présentiel sur le principe de la classe inversée : on apprend la leçon en ligne, on en discute en classe.

Autre contradicteur d’une dématérialisation de l’école : un cabinet d’architectes australien, NBRS+PARTNERS, et trois étudiants en architecture ont mené des recherches sur l’école du futur en 2025. Ils postulent que l’école a besoin d’un lieu physique identifiable. Ils ont alors dessiné une école du futur (un bâtiment) qui dans son architecture prendrait en compte une série d’évolutions majeures :
- l’apprentissage interactif s’appuie sur l’expérimentation et requière différentes approches en fonction des sensibilités des élèves, visuelle, auditive, kinesthésique, tactile, rythmique ;
- l’apprentissage collaboratif transforme le rapport hiérarchique enseignants/élèves en un rapport entre co-apprenants ;
- le professeur a un rôle d’encouragement plutôt que de prescription, d’influence plutôt que discipline ;
- la culture du questionnement, de la curiosité (culture of inquiry), construit l’école comme une communauté d’opinions plutôt qu’une institution de la vérité.

A partir, entre autres, de ces hypothèses, ils ont structuré différents espaces dans une idée de learning continuum (continuité de l’apprentissage). Ces espaces rendraient floues les frontières entre apprentissage formel et informel, faciliteraient les passages d’un espace à un autre (en écho au passage d’une idée à une autre), renforceraient les liens sociaux et les provoqueraient (pour une explication détaillée de ces espaces, voir 2025 THE LEARNING CONTINUUM). Ce travail montre à quel point il est possible de faire évoluer l’école dans la continuité de l’existant et non en rupture comme le propose d’autres modèles, à l’image de l’école virtuelle.


Learning continuum (NBRS+PARTNERS) : une salle de classe sans mur et intégrée dans une circulation sans rupture au sein de l’école.

Une école informelle ?

Il serait hasardeux de comparer les systèmes éducatifs des pays occidentaux avec les systèmes éducatifs (et parfois leur absence) de certains pays émergents. Cependant, les actions comme celles de Nicholas Negroponte ou Sugata Mitra nous permettent de penser l’apprentissage «scolaire» en dehors de l’école, et nous amène à nous libérer de l’école en tant que structure unique et obligatoire pour la repenser sur des bases différentes.

Une école high-tech ?

Le «tout technologique» porté par certains industriels a tendance à concentrer l’attention sur la forme, le moyen risquant alors d’influencer trop fortement la finalité, voir de s’y substituer. Aussi, il est important de faire la différence entre ce que peut faire la technologie dans une perspective précise et ce qu’elle induit d’elle-même si elle n’est pas intégrée dans un débat plus large.

Les structures comme les écoles Waldorf ou les Trade Schools, qui remettent au centre l’interaction humaine et l’expérience par les sens (manuel, visuel, auditif…), témoignent de la méfiance ou tout au moins du questionnement vis-à-vis de l’intrusion technologique dans l’éducation.

Une multiplication d’écoles ?

Ces différentes tendances et initiatives soulignent en tous les cas un fort besoin d’évolution de l’école sous peine d’implosion ou de désertification, un besoin urgent de prendre en compte l’essoufflement d’une société calquée sur le modèle industriel et de s’appuyer sur les nouveaux souffles qui dessinent la société en devenir. Aujourd’hui, l’école semble avoir atteint le seuil contreproductif décrit par Illich dans La Convivialité.

Plutôt qu’une synthèse de toutes ces initiatives et tendances, qui relève clairement du vœu pieu ou de la promesse politique, nous verrons sans doute apparaître une multiplication de formes d’écoles, comme autant de visions de l’apprentissage.

Sera t-il alors possible de veiller à l’égalité d’accès à l’éducation et à la cohérence des savoirs, deux fondamentaux revendiqués par un système éducatif républicain centralisé comme celui de la France ? (Néanmoins les résultats de l’étude PISA montrent en 2013 une défaillance de ce système sur l’égalité d’accès en pointant du doigt une aggravation des déterminismes sociaux…)

En effet, devant une démultiplication des types d’apprentissage comment s’assurer que chacun aura un droit à une éducation de qualité ? Comment s’assurer que les savoirs ne seront pas manipulés ? Comment s’assurer que les uns et les autres pourront participer au débat démocratique sur la base d’une histoire commune ? Quels seront les garde-fous de demain ? Qui seront les juges ? Et quels recours auront les individus ?

Et pour aller plus loin

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