Houellebecq, Creative Commons, Wikipedia et l'internaute libre
30 novembre 2010
Est-ce la preuve que la carte n'est pas le territoire ? Est-ce la démonstration que Michel Houellebecq ne serait qu'un vulgaire pompeur ? Ou n'est-ce que le coup médiatique d'un jeune titulaire d'un Master en informatique et d'un Master en droit, par ailleurs partisan de la licence libre Creative Commons ? Rappelons les tenants et aboutissants de cette affaire qui secoue les mondes du World Wide Web et de l'édition française depuis deux semaines... Premier acte : le 8 novembre, soit le jour même où est décerné le plus fameux des prix littéraires, le jeune juriste Florent Gallaire met en ligne sur son blog une version PDF du dernier Prix Goncourt, La carte et le territoire de Michel Houellebecq. Selon lui, en effet, l'auteur aurait littéralement copié pour son œuvre trois textes (correspondant aux termes « Frédéric Nihous », « la mouche domestique » et « Beauvais ») du site Wikipedia, sans citer sa source comme il se doit. Or les articles de l'encyclopédie en ligne sont sous licence « Creative Commons By-Sa », qui stipule le « Partage des Conditions Initiales à l'Identique ». D'après Florent Gallaire, le statut du roman de Houellebecq doit en conséquence être le même que celui des articles de Wikipedia qu'il a utilisés. Conclusion : il est possible de le proposer en téléchargement gratuit sur Internet. Dont acte, via le site de téléchargement Rapidshare. Sauf que depuis, ce feuilleton a connu de nouveaux épisodes. Flammarion a déclaré « entreprendre des démarches juridiques » contre le jeune homme responsable de la mise en ligne. Et il est dorénavant impossible de télécharger l'œuvre que Houellebecq aurait mis sous licence Creative Commons « à l'insu de son plein gré ». Lors d'un procès face à un grand acteur de l'édition, l'argumentation du jeune diplômé en droit et en informatique peut-elle faire le poids ? En tout cas, Florent Gallaire a réussi son coup de « buzz ». Et ainsi s'est fait connaître. Comme quoi les voies de la réputation sur le Web ne sont pas si impénétrables.
Non, leur dit la justice : votre entreprise a eu raison de vous licencier pour avoir critiqué vos chefs sur Facebook
23 novembre 2010
Côté pile, début octobre, nous annoncions dans Culture Mobile le vote prochain en Allemagne d'une loi censée limiter les usages des réseaux sociaux par les recruteurs des entreprises, selon la règle d'une stricte séparation des espaces privés et publics de chacun. Côté face, en France cette fois, trois salariées de la société Alten viennent de voir leur licenciement confirmé par le conseil de prud'hommes de Boulogne-Billancourt, pour cause de propos jugés « injurieux » pour la direction de leur entreprise. L'histoire remonte à fin 2008. Un samedi soir, les trois employées se connectent sur Facebook depuis chez l'une d'entre elles et publient sur leur « mur » des propos critiquant leur hiérarchie, mais aussi leur directeur des ressources humaines. Ces messages, comme il se doit, ne sont accessibles qu'aux personnes acceptées par les trois salariées en tant qu'amis sur Facebook. Sauf qu'un collègue, Judas pourtant inscrit en tant qu'ami, en fait un copier-coller et les transmet à leur employeur commun. Résultat : la direction d'Alten décide de se séparer des trois dames pour faute grave, sur les motifs d'incitation à la rébellion et dénigrement de l'entreprise. Premier point polémique, très conjoncturel : accuser certains membres de la direction de son entreprise d'être un « club de néfastes » est-il réellement « injurieux » ? Deuxième point, structurel et bien plus important sur le fond : un tel message, laissé depuis chez soi sur sa propre page Facebook à l'accès restreint, est-il d'ordre purement privé ou peut-il être considéré comme une prise de parole publique ? En France, certains employés ont déjà été condamnés pour de tels agissements, mais le support incriminé était l'Intranet de l'entreprise. Là, pour un message sur Facebook, il y a fort à parier que le jugement aurait été différent en Allemagne. Il faut croire qu'au sein même de l'Europe, la séparation entre privé et public n'est pas vue ou vécue de la même façon... L'avocate des salariées a donc des arguments pour faire appel.
Combien de fois n'avez-vous pas regretté un mail envoyé trop vite, dans les vapes à 1 heure du matin ? Ou une photo mise sur Facebook alors que vous rentriez d'une fête décapatante à trois heures du matin, la tête très embuée par les clameurs de la nuit ou quelque substance légale ? Le pire, dans le genre, c'est cette histoire d'un jeune homme, en Bretagne, qui s'était répandu en insultes sur son mur Facebook contre les gendarmes alors qu'il venait d'être verbalisé en janvier dernier, et qui a été condamné fin octobre par le tribunal correctionnel de Brest à trois mois de prison ferme et 750 euros de dommages et intérêts ! Aurait-il évité cette déconvenue s'il avait installé sur son ordinateur « l'éthylotest pour réseaux sociaux » que vient de lancer un éditeur d'antivirus tout ce qu'il y a de plus sérieux, Webroot Software ? Ce « social média sobriety test » se présente sous la forme d'une option à rajouter sur son navigateur Firefox, comme n'importe quel antivirus ou pas loin. Une fois installé, le petit logiciel demande à l'internaute de paramétrer son éthylotest numérique : choisir les sites sur lesquels il souhaite que s'exerce cette « auto-surveillance » (Facebook, MySpace, Twitter, Flickr, YouTube, etc.), mais aussi la tranche horaire concernée. Le programme fonctionne également pour Gmail. Dès que l'utilisateur se connecte aux sites choisis ou bien à Gmail dans les heures sélectionnées, il se voit proposer des tests. Il doit être capable, par exemple, de garder le curseur de sa souris à l'intérieur d'un cercle se déplaçant sur son écran. S'il échoue, il lui sera impossible de mettre en ligne quoi que ce soit, photo ou bien sûr commentaire. Cet éthylotest iconoclaste est-il vraiment utile ou n'est-il qu'un coup marketing de la société Webroot ? Toujours est-il qu'il révèle un problème bien de notre époque...
Les Français raffolent des SMS et de l'Internet mobile
9 novembre 2010
Qu'y a-t-il a priori de plus simple et ras-des-paquerettes que l'envoi et la réception d'un SMS tapé de ses doigts sur le clavier de son mobile ? Qu'y a-t-il à l'inverse de plus moderne et sophistiqué que l'usage de son smartphone pour ses mails et la navigation sur le World Wide Web ? Et pourtant, selon les derniers chiffres de l'Observatoire du marché des télécommunications de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, alias l'Arcep, rien ne séduit plus aujourd'hui les Français que les indémodables SMS et l'Internet mobile, quant à lui très tendance. Côté pile, en un an le trafic est passé d'une moyenne d'un peu plus de 90 SMS par mois et par client à plus de 132 ! Soit tout de même une progression de 62,5% ! Pour l'année 2010, les Français ont échangé 24,545 milliards de SMS. Côté face, le parc de clients disposant de l'Internet mobile s'élève au 30 septembre 2010 à 25,5 millions de personnes, soit 43,6% du parc actif total. Dopé par les ventes de l'iPhone 4, de mobiles sous Android et d'offres dites « illimitées », l'Internet mobile a enregistré une croissance de 22,3% an une année. Certes, on peut envoyer et recevoir un SMS depuis n'importe quel mobile, y compris les vieilles mécaniques noir et blanc aux airs préhistoriques, alors qu'il faut un terminal évolué pour voguer sur Internet. D'un côté l'esthétique « low cost » et « low tech » du SMS, de l'autre le comble du « high tech »... Sauf que dans les deux cas, il s'agit bien d'envoyer, de recevoir ou de consulter des données, au-delà de la voix, de façon si pratique, si naturelle qu'on en oublie l'appareillage technologique.
La carte musique jeunes va-t-elle séduire les 12-25 ans ?
2 novembre 2010
Elle a été conçue il y a presque un an par la mission Zelnik, afin d'encourager chez nos jeunes pousses le téléchargement légal de musique. Elle devait naître en juin 2010, à l'occasion de la fête de la musique. Finalement, elle n'a été lancée que le 28 octobre dernier, suite à la publication d'un décret. Cette carte d'achat virtuelle permet aux jeunes gens et jeunes filles de 12 à 25 ans d'acheter de la musique à moitié prix sur une série de sites de la toile, qu'il s'agisse de streaming ou de téléchargement. Parmi les supports concernés, citons l'incontournable iTunes Music Store d'Apple, Deezer, Starzik, MusicMe, VirginMega, AmazonMP3 ou Qobuz. La carte, selon les termes de son site, « permet de panacher les offres de plusieurs plates-formes ou formules différentes. Par exemple, un abonnement à dix euros sur une plate-forme de streaming ainsi que deux souscriptions à des formules de téléchargement à vingt euros chacune coûteront vingt-cinq euros au lieu de cinquante. » Ne pouvant être créée que sur son site dédié, elle existe en trois versions : de 5, 10 et 25 euros. L'internaute peut acheter une quantité de musique équivalente au double du prix, la différence étant subventionnée par l'Etat. Mais attention : en théorie, un utilisateur ne pourra créditer chaque année sa carte d'une somme supérieure à 25 euros. De plus, le système ne sera en vigueur que deux ans, avec un maximum d'un million de cartes à émettre par an. Aussi peut-on se demander ce qu'il en sera à l'usage. Le site d'information ZDNet a démontré qu'il serait très facile de « tricher », par exemple de dépasser le seuil de 25 euros par l'utilisation de différentes adresses mail, ou de plusieurs ordinateurs. Certains sites, comme Starzik ou MusicMe, ont créé des offres spécifiquement adaptées à la carte. Mais cela suffira-t-il à créer une dynamique ? Il serait tout de même assez cocasse que cette carte, censée contribuer à la lutte contre ledit piratage de fichiers musicaux, devienne elle-même l'objet de piratages d'un autre ordre...