La culture sampling
L'image audiovisuelle détournée et réutilisée, des avant-gardes du XXe siècle à l'amateur d'aujourd'hui. Par Jean-Yves Leloup.
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Du sampleur au « sémionaute » Si la législation actuelle traîne à s'adapter aux usages des artistes et d'un nombre croissant d'internautes, c'est sans doute parce que bien peu d'intellectuels ont réussi à traduire, auprès des décideurs comme du grand public, la dynamique culturelle contemporaine. Parmi les rares essayistes à s'être penché sur la question, le français Nicolas Bourriaud fait sans doute figure d'exception. Dans son ouvrage, « Post-production » (2002, Les Presses du Réel), le critique, commissaire d'exposition et ancien directeur du Palais de Tokyo s'interroge sur le sens du travail de certains plasticiens, parmi lesquels Pierre Huyghes, Maurizio Cattelan ou Vanessa Beecroft qui, depuis les années 1990, ne cessent de redéfinir la notion d'auteur et de création. Selon Bourriaud, ces artistes « contribuent à abolir la distinction traditionnelle entre production et consommation, création et copie, ready-made et œuvre originale. La matière qu'ils manipulent n'est plus première. Il ne s'agit plus pour eux d'élaborer une forme à partir d'un matériau brut, mais de travailler avec des objets d'ores et déjà en circulation sur le marché culturel, c'est-à-dire déjà informés par d'autres. Les notions d'originalité (être à l'origine de...), et même de création (faire à partir de rien) s'estompent ainsi lentement dans ce nouveau paysage culturel marqué par les figures jumelles du DJ et du programmateur, qui ont tous deux pour tâche de sélectionner des objets culturels et de les insérer dans des contextes définis. (...) La pratique du DJ, l'activité d'un web surfer et celle des artistes » de ce que Bourriaud nomme la « post-production », « impliquent une semblable figure du savoir, qui se caractérise par l'invention d'itinéraires à travers la culture. Tous trois sont des sémionautes qui produisent avant tout des parcours originaux parmi les signes. Toute œuvre est issue d'un scénario que l'artiste projette sur la culture, considérée comme le cadre d'un récit - qui projette à son tour de nouveaux scénarios possibles, en un mouvement sans fin ». A l'aube des années 2010, serions-nous tous, simples internautes surfant entre les sons et les images, devenus des sémionautes sans le savoir ?
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