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La ville, plate-forme d'innovation ouverte

Une interview de Thierry Marcou, pilote du programme « Villes 2.0 » de la Fondation Internet Nouvelle Génération.

Du global au particulier

Cette ville 2+1, n'est-elle pas une utopie politique ? Ce dont vous parlez, au fond, c'est d'un fonctionnement en synergie, un fonctionnement en collaboration : on collabore et on avance ensemble, dans la même direction. Or notre système démocratique repose sur le choix de représentants qui prennent des décisions, lesquelles sont acceptées ou non, parfois après de sévères controverses. Donc, il y a débat. La ville est aussi un territoire conflictuel. Ce qu'on n'entend pas dans votre positionnement c'est cette question du débat, du heurt, du conflit...

Je suis d'accord avec vous.

Prenons l'exemple du graph' : quel symbole ! Il y a des gens qui trouvent ça formidable, et d'autres qui trouvent ça absolument odieux ! On pourrait parler à l'inverse de la pub dans le métro...

Il ne s'agit pas pour nous de tout lisser et d'éliminer l'ensemble des conflits... Vous savez, nous avons fait tout un travail sur la notion de la mobilité... Le premier axe de réflexion au sein de ce travail a été de se dire : la mobilité est une conquête sociale, or cette conquête n'est pas du tout achevée. On sait bien qu'un territoire comme celui de l'agglomération parisienne comprend un certain nombre de territoires qui sont des territoires de ségrégation, de relégation... Il faut encore une heure et demie de transport en commun pour venir de Clichy-Montfermeil à Paris !... Cela fait vingt ans qu'on le dit et cela fait vingt ans qu'il ne se passe rien à ce niveau-là... Nous ne sommes pas naïfs. A la FING, nous avons bien conscience qu'il y a des tensions sociales et politiques très fortes qui structurent encore la vie de ces territoires. Simplement, sur cette question de la mobilité par exemple, nous, ce que nous disons, c'est qu'il y a des décisions infrastructurelles, réglementaires, politiques qui doivent continuer à se prendre dans le périmètre des mécanismes actuels, et qui par conséquent doivent faire l'objet de décisions ; à un moment donné, le politique a la main, et c'est très bien, car c'est ainsi que fonctionnent nos démocraties aujourd'hui... mais, en deçà de ces décisions infrastructurelles, qui ont le tort malheureusement d'avoir des temps de réponse très longs - Clichy-Montfermeil, vingt ans de temps de réponse, c'est pas terrible, vous me l'accorderez - en deçà de cela, il y a aujourd'hui, grâce à ce nouvel écosystème d'innovations issu du Web 2.0, la possibilité d'avancer sur un certain nombre de questions...

Au fond, pour résumer, cette culture 2.0, vous l'envisagez sous l'angle de la légèreté, de l'air, du souffle, au sens d'insuffler de l'énergie, comme une sorte d'accélérateur de particules !...

Absolument. Prenons l'exemple concret du co-voiturage. Le co-voiturage, c'est quelque chose dont on parle depuis des années. C'est une idée qui n'est absolument pas nouvelle mais qui a beaucoup de mal à se réaliser. Un des freins au co-voiturage, c'est le problème de la confiance. Vous ne savez pas qui va monter dans votre voiture, vous ne savez pas dans la voiture de qui vous allez monter...Une société américaine, qui s'appelle Zipcar, faisait de la location de voitures avec un service de co-voiturage sur son site, classiquement je dirais, et cela ne fonctionnait pas. Puis ils ont eu l'idée de développer une application autour de ce service et de le mettre dans Facebook... Leur service de co-voiturage est ainsi devenu une application dans Facebook, qui s'appelle GoLoco. Eh bien, en agissant ainsi, ils se sont exonérés de cette difficulté de la confiance. Quand vous êtes dans Facebook, et que vous faites du co-voiturage avec vos amis, ou les amis de vos amis, ou les amis des amis de vos amis, vous êtes a priori déjà dans un système qui fabrique de la confiance. Donc, l'alliance de Facebook et d'un système de co-voiturage permet de s'exonérer de ce frein de la confiance et, du coup, cela fonctionne très bien !... Avec un dispositif comme Facebook, qui est quelque part un moteur qui fabrique de la confiance - c'est de la confiance transitive -, vous dépassez le problème, vous êtes capable d'envisager autrement le co-voiturage.
Voilà un exemple sur la mobilité, modeste encore une fois, qui ne fait pas du tout abstraction des autres modes d'action sur des sujets beaucoup plus lourds et qui supposent des temps de réponse beaucoup plus longs. Simplement, nous, ce que nous disons, en attendant que ces actions lourdes produisent leurs effets, c'est qu'il y a sans doute d'autres actions, à court terme, pertinentes, efficaces, qui s'appuient sur ce nouvel écosystème d'innovation et d'innovateurs.