Jardin du Luxembourg, Paris, 31 mai, début d'après-midi... Kellen est Brésilienne et vit en France depuis cinq ans : « Je viens de Santiago, une petite ville au sud du Brésil, à environ 450 kilomètres de Porto Alegre, la capitale du sud du Brésil... Il y a un beau soleil là-bas, comme vous pouvez l'imaginer, un très beau soleil, cela me manque un peu quelquefois, surtout l'hiver... »
« Ce que j'aime ici, c'est le contact avec les autres cultures, non seulement avec la culture française mais avec les gens du monde entier, les gens qui viennent de partout !... Aujourd'hui, la notion des distances a changé... On a beaucoup plus de facilités dans les domaines des transports et surtout des télécoms... On a ce besoin de communiquer, c'est très important, c'est fondamental. Je pense qu'on est une immense communauté globale... C'est vrai !... »
Porto Alegre, Santiago, État du Rio Grande do Sul (Il existe aussi un État du Rio Grande do Norte dont la capitale porte le nom merveilleux de « Natal »), Paris... : outre le téléphone, « principal outil » pour communiquer avec sa famille (« avoir mes parents au téléphone, cela change tout ! »), Kellen utilise assidûment Internet et les sites sociaux. « Avec mes amies et mes sœurs, on utilise beaucoup les mails et les réseaux sociaux, Facebook et Orkut, qui est un réseau social très populaire au Brésil. »
Et c'est autour de cette pratique régulière des réseaux sociaux et de la nécessité de filtrer les informations personnelles qu'on y abandonne, souvent à son corps défendant, que s'engage naturellement sa réflexion :
« Je connais bien les risques de dérive quand on utilise ce genre de sites, mais je trouve qu'il y a un côté positif très fort, très important... Ces outils nous ont énormément facilité la vie. C'est immédiat, c'est rapide. Pour moi, c'est une façon de faire partie encore de la vie de mes amies. Je ne me sens pas très éloignée, en fait, mais très proche... Avec une copine, par exemple, qui a eu un bébé, je peux être présente, je peux voir les photos, l'accompagner dans cette nouvelle étape... »
Elle poursuit : « Bien sûr, sur ces sites, la personne livre ce qu'elle veut de sa personnalité, c'est une autre dimension... Personnellement, je ne vais pas dévoiler toute ma vie sur Internet... Certains font une sorte de journal intime, moi, ce n'est pas mon cas. On peut écrire sur le moment des choses qu'on ne va pas cautionner d'ici vingt ans !... Il y a toute cette question de la mémoire... Je pense qu'on a le droit à l'oubli !... Si on livre certaines photos, certains états d'esprit, certains commentaires, il faut savoir qu'ils peuvent être sauvegardés... Il n'y a rien d'éphémère sur Internet. C'est dans ce sens-là, je crois, qu'il faut prendre des précautions, tout simplement. »
Jardin du Luxembourg, treize heures et des poussières, dernier jour de mai, soleil et tourbillons de vent furtifs... L'éphémère, la trace, la mémoire, le temps, la distance (prendre ses distances), la proximité, la vie privée, l'intime, le droit à l'oubli... Être à la fois présent et distant, relié et délié... Kellen : « Avec ma famille, on échange aussi des vidéos... J'aime bien les accompagner de cette façon, par le biais des vidéos... Mais jamais sur le réseau ! C'est très strict, très personnel, c'est un accès vraiment limité. Donc, on échange des DVD, c'est strictement privé... Là encore, on peut dévoiler ce qu'on veut sur Internet, mais il y a des choses qui restent bien du domaine privé ! »
... Mamadou Ly, du village de Mboyo au village planétaire