Quand le numérique transforme la danse

Danse et arts digitaux aux Bains numériques

Un nouvel art du son et de la danse

Spatialisation, multidiffusion, murmures à l'oreille ou création de musique par les mouvements grâce à des capteurs avec des œuvres comme «Escales tactiles» de Scénocosme et K. Danse ou «A-Muse» de Mié Coquempot en 2010 : le son numérique est plus que jamais l’une des pièces maîtresses de la danse contemporaine à Enghien-les-Bains…

L’interaction corps et musique selon Mié Coquempot

Symbole d’une fusion des arts de la danse et du son digital : en 2012, Mié Coquempot a réalisé «PH», «incarnation chorégraphique futuriste de la musique de Pierre Henry», pionnier d’entre les pionniers de la musique électronique, auteur avec Michel colombier du fameux tube «Psyché Rock» à partir de la musique du ballet de Maurice Béjart «Messe pour le temps présent» en 1967.

Mais dès l’édition 2010 du festival, la chorégraphe a exploré de façon étonnante l’interaction de la danse et de la musique… Dans «A-Muse», réalisé avec Cyrille Henry pour les «interactions», des capteurs incorporés permettent en effet à la danseuse en quelque sorte «d’interpréter» une partition pour piano préenregistrée, ici «augmentée» par l'expression de son corps dansant. Les interactions entre ses mouvements et le son multidiffusé font de l'espace une interface, avec laquelle elle semble jouer comme d'un instrument.

«A-Muse» de Mié Coquempot (chorégraphie) et Cyrille Henry (interactions).

« Mié a écrit la danse en même temps que la musique, explique Cyrille Henry. La musique a ensuite été enregistrée, pour être diffusée pendant le spectacle. Des capteurs sont utilisés pour apporter la part d’interprétation de la danse dans le son. Les mouvements des bras et du torse sont utilisés pour piloter en temps réel des effets de type distorsion et réverbération, ou encore harmoniser... »

Et la chorégraphe elle-même de préciser sa technique : « La musique a été composée à partir des paramètres spatiaux temporels de l’écriture du mouvement dansé. Le cadre pour récolter les informations est un espace préparé de 3m60 x 3m60. Avec le tapis blanc de la scénographie: à l’horizontale = un demi-ton tous les 30 cm, à la verticale = une octave tous les 40 cm (comme des claviers en 3D). Cela m’a permis d’inscrire sur mes portées (ligne de partition), les “notes” et les durées qui correspondaient aux mouvements choisis. Une fois les partitions finies, j’ai enregistré les pianos, c’est-à-dire les fichiers son qui sont diffusés en spectacle. Ce n’est que lors de la représentation que se réalise A-MUSE, parce que l’interprétation devient “hypervivante”, par addition de celles de la danse et de la musique. »

Le son des sirènes ?

Depuis la bonne vieille stéréophonie, distinguant le canal droit du canal gauche pour restituer un espace au son, au «home cinéma» et aux systèmes de projection des orchestres de hauts-parleurs, la création d’un espace sonore est une problématique constante dans le développement des nouvelles technologies, a fortiori dans leur utilisation pendant des performances artistiques, où le son produit des affects beaucoup moins perceptibles (car souvent inconscients) que l’image. Si les festivals d’arts numériques ont longtemps été ancrés sur l’image, les Bains Numériques explorent depuis quelques années les trésors du son. De fait, les sélections «Danse et Nouvelles Technologies» optent pour une utilisation immersive de l’élément sonore, utilisant la multidiffusion pour solliciter le récepteur de tous côtés, le plaçant au centre d’un dispositif sonore englobant.

L’effet «chorale» de voix démultipliées autour du public, a été saisissant, par exemple, pendant la représentation de «Manifiesto Mandrilista» des compagnies Rhizome et DanAE, jouant sur la proximité sonore de murmures entremêlés et sur la matérialité du son (bruits de bouche, susurrements) pour illustrer l’animalité revendiquée par le personnage central de la scénographie.

Autre illustration : pour le spectacle «Hermself» de la compagnie Clair-Obscur, le «sound design», évoquant notamment les travaux du musicien électronique japonais Ryoji Ikeda, participaient, grâce à un choix de fréquences sonores millimétrique, aux impressions de claustration et d’organicité, redoublant le «tunnel» visible sur scène en un environnement sonore lui-même immersif.

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