Les Hype(r)Olds à Marseille

Les Hype(r)Olds à Marseille

Quand ces demoiselles de plus de 77 ans s’emparent de la 4G

Prenez la capitale européenne de la Culture 2013, introduisez-y six artistes, cinq gangs de demoiselles de plus de 77 ans, pour lesquelles Internet n’a plus de secrets ou presque, ajoutez-y un petit train, des tablettes tactiles et le réseau 4G d’Orange, laissez agir pendant 48 heures et vous obtiendrez les Hype(r)Olds à Marseille. C’est à dire un atelier performance dans la ville, qui a produit en live, deux jours durant, des flux d’images et de vidéos originales et ludiques, une jolie démonstration des possibilités offertes par la 4G, matière à réflexion et à plaisir pour toutes celles et ceux qui y ont assistés.

14h15, mardi 14 mai 2013. Garé devant l’hôtel  Mama Shelter, le petit train blanc s’ébranle et descend la rue pentue de la Loubière, direction le Vieux Port. A son bord, une trentaine de demoiselles pimpantes, ayant pour la plupart plus de 77 ans, fraichement débarquées le matin de Paris, Toulouse, Poitiers et Valence, ainsi qu’une vingtaine d’accompagnateurs. Il y a parmi eux des artistes, des blogueuses et autres acteurs de la marque Orange, qui soutient les ateliers depuis un an et finance les deux journées marseillaises, le staff de MCD (Musiques et Cultures Digitales), producteur de l’opération Hype(r)Olds, des photographes, des cameramen et même une équipe de tournage…


Les gangs de hype(r)Olds dans le petit train qui les a fait déambuler dans Marseille. Photo : Céline Mory

Parapluies + tablettes + 4G = studios mobiles

Premier arrêt au pied de la Cannebière, sous l’Ombrière de Norman Foster, magnifique plafond miroir qui vous fait voir le port, la mer et le monde à l’envers. Les Hype(r)Olds dégainent leurs appareils photo numériques, mitraillent et posent pour les photos et les vidéos. Les animateurs artistes ont sorti quelques unes des tablettes fournies par Orange et expliquent aux demoiselles plus ou moins attentives ce qu’est la 4G. Ils testent le réseau très haut débit, déployé depuis un an à Marseille par Orange qui en avait fait sa ville test, en envoyant quelques clichés des filles et de ce plafond... renversants. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, infos et surtout images ont atteint le serveur parisien et se retrouvent en ligne, notamment sur Twitter et Culture Mobile.

Les demoiselles en action sous l’Ombrière de Norman Foster au Vieux Port de Marseille.

Albertine Meunier et Julien Levesque, les deux créateurs de ces ateliers démarrés en 2008, donnent l’exemple. Ils déploient un premier parapluie Orange en forme de cœur et accrochent un tissu noir sur le pourtour. C’est le «studio mobile» dont ces dames vont se servir pour interviewer les passants et leur poser la question clé : «Etes vous à cœur (hacker) ou à pique ?». Dessous, on peut tenir à quatre (comme 4G !). Le reste du matériel est tout aussi léger : un pico-projecteur à l’aide duquel l’«assistant-artiste» projettera sur le visage de l’interviewé une des six images préparées à cette intention, et la tablette 4G Samsung/Orange avec laquelle l’«artiste-hype(r)Old» filmera la séquence (ou prendra l’image) et la uploadera en deux clics sur Instagram et sur Ustream.

Contrairement aux idées préconçues, ces drôles de dames appartenant à la catégorie «seniors» n’ont pas peur de la technologie. Le blocage, pour peu qu’il y en ait eu un, a été dépassé grâce aux ateliers Hype(r)Olds. Elles sont rompues à la pratique du réseau et des tablettes, fin prêtes à passer à l’action. Curieusement, elles semblent moins attirées par les réseaux sociaux que par les fonctions standard du Net et de tous ces outils qui transposent en numérique des processus analogiques. Les rafales de tweets seront donc envoyées en majorité par les animateurs et les blogueuses.

Des demoiselles hypes et motivées

Pendant que le gang de Toulouse va rencontrer les pros de la boutique Orange, le petit train dépose les autres au Pavillon M (espace d’information de Marseille Provence 2013), le temps d’une visite. Tablettes en main, elles testent les installations interactives racontant l’histoire de Marseille. Puis le gang de Valence pose dans un décor de vieille carte postale : clic, clac, la tablette enregistre et envoie les images.


Les demoiselles en visite dans une boutique Orange de Marseille.

Les langues se délient : «Je m’intéresse beaucoup à l’image, je suis peintre, c’est utile pour moi», confie une dame du gang de Valence. «On manque encore un peu de bases», ajoute-t-elle. Puis elle explique que leur animateur, Nicolas Frespech «qu’elles aiment beaucoup, est un artiste qui les embarque dans ses trucs», comme la production d’un livre numérique «qu’elles n’ont pas eu le temps de finir, mais ce n’est pas grave»…

Victoria, de Toulouse, qui est venue avec le seul homme de plus de 77 ans de l’équipée, baptisé «le passager clandestin», est très motivée : «Au départ, c’était pour apprendre à me servir de la tablette qu’on m’avait offerte. Mais là, je crois qu’il va me falloir un ordi, parce que le Flash ne marche pas... Et puis Safari ne veut pas me télécharger le logiciel pour faire mon arbre généalogique – ça me passionne ça»… Victoria, qui va de forum en forum sur la Toile, est une vraie geek : «Oui, je suis très tenace» affirme-t-elle, tandis que le passager clandestin opine du chef.


Victoria du gang de Toulouse.

Des seniors aux usages multiples

Chacune a ses raisons de s’approprier les outils. Qui pour raviver le lien social avec ses enfants et petits-enfants, qui pour sortir de chez elle, qui pour se lancer dans un projet, une activité, pour vivre tout simplement. Marie confie même s’être inscrite à l’atelier à cause de sa fille, qui ne cesse de lui répéter «qu’elle est incapable de se débrouiller avec un ordinateur». Mais, ajoute-t-elle en riant, «il y a des fois où je bugge».

«Elles sont très curieuses !», explique Julien Levesque. En priorité elles s’intéressent au mail et aux recherches sur Google, mais aussi «au chat et à un tas d’outils utiles, voire intrigants comme Google Maps, Street View, Google Translation, Skype, Sketchup, etc.». Et puis, ajoute l’artiste Caroline Delieutraz, «pour elles l’ordinateur n’est pas seulement un outil, mais un vecteur d’ouverture, de découvertes et de nouvelles expériences».

Halte au  Quartier utopique

Le train emmène ensuite ses passagères au Quartier Utopique, une cité de containers installée par Generik Vapeur, compagnie de théâtre de rue, devant un Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) toujours vide. Il s’agit d’une sorte de village nomade, avec son bar, sa cuisine, son salon improvisé, sa bibliothèque (où des livres rescapés du pilon sont offerts), ses tables en plein air et sa scène. Avec l’aide des artistes, les demoiselles s’activent, préparent leurs studios mobiles, abordent les passants, leur flanquent le parapluie dans la main, leur balancent la question fatidique et les filment comme des pros. Autour d’elles un essaim de photographes et de cameramen. Le spectacle est drôle, voire loufoque, et l’ambiance bon enfant. Edith, une pionnière du gang de la Gaité Lyrique, observe ces petites scénettes improvisées. Et elle a une pensée pour deux autres Hype(r)Olds, parties trop tôt…


Le Quartier Utopique, le 17e arrondissement de Marseille.

Ce qui frappe, c’est le contraste entre population de cette zone d’autonomie temporaire du Quartier utopique, pas ou peu technologique, et demoiselles chics et hyper branchées. Mais la rencontre entre jeunes et moins jeunes se déroule dans le monde réel comme sur Internet. La passion et la philosophie du «do it yourself» sert de trait d’union entre ces deux univers. Preuve, s’il en fallait, que le réseau et les outils numériques, bien utilisés, abolissent les barrières sociales et intergénérationnelles.

Et la Bonne Mère en 4G pour finir la première journée…

Dernière étape de cette première journée dans Marseille, la longue montée par le bord de mer vers Notre Dame de la Garde, qu’on appelle ici communément la Bonne Mère… Arrivés sur le parking, les accompagnateurs préviennent : l’ascenseur ferme dans 15 minutes et il faudra redescendre au retour les quatre volées de marche à pied. On laisse donc les studios mobiles, mais les artistes gardent les tablettes, pour suivre et filmer leurs demoiselles.

Seule Marie-Thérèse, qui a de mauvaises jambes, reste en bas avec Albertine qui improvise. Qu’à cela ne tienne, puisque l’équipement est là, Marie-Thérèse aura droit à une visite virtuelle sur mesure, commentée par Julien qui filme à tous les étages et qui interpelle Nicole pour qu’elle transmette quelques mots à son amie restée en bas. L’image vidéo transite en quasi temps réel via les serveurs et revient directement sur la tablette de Marie-Thérèse, au pied de la Bonne Mère, qui n’a qu’à contempler à distance. Un petit miracle du à la Bonne Mère, mais aussi et surtout à la 4G, qui laisse ainsi entrevoir quelques développement prometteurs pour les personnes à mobilité réduite dans les lieux non ou mal équipés. 


Pour Marie-Thérèse, une chouette visite virtuelle improvisée de Notre Dame de la Garde grâce à la 4G par tablettes interposées.

Regards sur une expérience unique

Le lendemain, mercredi 15 mai, les demoiselles levées à mâtines sont toujours aussi fringantes. Elles poursuivent leur programme avec la visite de la Friche de la Belle de Mai et l’exposition Digitale Afrique.


Une demoiselle à la tablette 4G devant une oeuvre de Ammar Bouras exposée à Digitale Afrique.

Elles seront émaillées d’interviews et d’utilisations ludiques des tablettes, par exemple la création d’autoportraits ou des jeux comme Jakadi ou le quizz Air de Paris. Et puis l’heure du retour sonne. Direction la Gare Saint Charles, on s’embrasse et on se dit à bientôt… Chacune rentre dans ses pénates, la tête pleine de souvenirs qu’elle va pouvoir retrouver sur le Net pour les partager avec sa famille et ses amies.


Nicole respire un peu d’Air de Paris, œuvre en référence à celle de Marcel Duchamp qui fleure bon le mouvement Dada.


Autoportraits à la tablette de Victoria en Belphégor et de Rose-Marie de Valence, la bouche en coeur.

Pour Orange, ces drôles de demoiselles sont la preuve vivante que le rôle d’un opérateur est aussi de développer des outils et services adaptés aux seniors, pour rompre l’isolement, renouer les liens sociaux, casser les clichés et puis faciliter l’entrée de cette «nouvelle génération» dans la vie numérique.

Pour les artistes et les organisateurs, épuisés mais contents, le bilan de cet atelier «hors les murs» est positif. Le séjour a permis d’accumuler des images et des sons avec lesquels ils vont pouvoir travailler. Il a aussi, sans aucun doute, nourri le désir que ces demoiselles ont de s’approprier les usages des outils numériques et du réseau. Pour Albertine et Julien, une fois encore «les Hype(r)Olds ont “haché” (pour “hacké”) la ville» . Comme tous les autres ateliers, cette «performance dont elles sont les vedettes et les artistes, les animateurs» a été «un moment de grâce, d’échanges et de confiance» où chacun partage ce qu’il sait. Longue vie au projet et aux Hype(r)Olds, donc !

Et pour aller plus loin

L’article, très complet, qui présentait sur Culture Mobile l’événement de ces deux jours Hype(r)Olds à Marseille.

Le déroulé des 2 jours sur le Storify de Culture Mobile. Plein de souvenirs de l’événement retransmis en live !

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