Livre et numérique, 25 ans à s’observer

Livre et numérique, 25 années à s’observer

Une interview de Jean-Pierre Arbon, pionnier du livre numérique

Quinze ans après avoir été l’objet d’un incroyable effet de mode puis avoir disparu avec l’éclatement de la bulle Internet, le livre électronique est désormais bel et bien vivant, fort de technologies d’encre et de papier électroniques mais aussi de supports dédiés beaucoup plus efficaces et ergonomiques. Pour Jean-Pierre Arbon, qui nous raconte vingt-cinq ans d’histoires tumultueuses entre les univers du papier et du numérique, l’âge du support unique de lecture pour les livres est définitivement révolu.

Au sein de Flammarion d’abord, puis au cœur de la bulle Internet, il a été l’un des pionniers français de l’édition numérique sous toutes ses formes… Lorsque nous revoyons Jean-Pierre Arbon en mars 2013, à la veille du Salon du livre et cinq ans après notre première longue discussion, l’homme est plus que jamais d’abord un chanteur de variété, même si d’esprit toujours assez rock et surréaliste. Mais il n’a pas pour autant cessé d’observer les rapports du monde de l’édition avec les révolutions du numérique, dont il est un témoin privilégié depuis vingt-cinq ans et dont il analyse le présent avec la lucidité que lui permet sa prise de distance.

Le numérique a eu un impact mais n’a pas transformé l’objet livre

Aujourd’hui, explique Arbon, «à côté des tablettes polyvalentes comme l’iPad, ou spécialisées comme le Kindle, on trouvera toujours PCs et smartphones, mais aussi du papier et de l’encre électronique, et… le bon vieux livre traditionnel »…

Dire pour autant que le marché du livre n’a pas changé depuis l’irruption d’Internet serait en revanche se voiler la face : «Ceux qui affirment qu’il n’y a pas eu d’impact oublient que le secteur des dictionnaires et des encyclopédies a complètement disparu en dix ans, alors qu’il représentait 16 à 20% de ce qu’était le marché du livre à la fin des années 1980. Presque un cinquième du marché du livre de cette époque s’est volatilisé, même s’il ne s’agit pas du territoire auquel l’on pense spontanément quand on parle du livre, à savoir les romans et les essais.» La faute à Wikipédia et à tous ses petites frères de l’ère numérique, sans doute…

Reste qu’en 2013, l’idée même de ce qu’est un livre, même en format numérique, n’a guère bougé… L’idée du numérique s’est principalement traduite jusqu’à présent par une transposition de l’écrit plus ou moins amendée par les «+» du numérique : «Comment faire en sorte que ce que j’ai sur papier, je le retrouve à peu près en numérique sans perdre mes repères»…

Le numérique a transformé l’offre de lecture

En revanche, précise notre observateur, l’offre de lecture a beaucoup changé depuis Internet. Quand Jean-Pierre Arbon est entré à Flammarion, en 1988, outre la presse et les journaux, le livre représentait l’essentiel de l’offre de lecture, proposée aux gens qui aimaient lire. Un éditeur, c’était un passeur d’histoires, de connaissances, de réflexions, au travers de ce moyen qu’était le livre :

Aujourd’hui, je pense que l’offre de lecture s’est élargie de façon considérable, sur Internet, avec les blogs, les réseaux sociaux. La part du livre dans l’offre de lecture s’est donc réduite : le livre est devenu une forme de lecture parmi bien d’autres, et non plus la première d’entre elles avec les journaux… Le temps moyen de lecture des livres s’est donc réduit au détriment des supports numériques.

Enfin, bien sûr, il y a tous ces nouveaux supports électroniques du livre, justement, qui se multiplient depuis cinq ans, de la liseuse au PC en passant par la tablette, le smartphone, etc… Et là, pour le coup, c’est un vrai changement…

Sauf que ce changement, dit Arbon, «n’affecte pour l’instant que la distribution, l’accès à la lecture». C’est déjà considérable, mais cela ne représente évidemment pas l’essentiel de ce qu’est la lecture… «Ça n’affecte pas encore beaucoup la forme. La forme de base reste le livre tel qu’il serait publié sur papier. Ensuite, on le transforme en numérique, on en fait un ebook, on va le mettre au format epub, PDF, etc. Pouvoir le lire sur sa tablette, sur son téléphone, sur son ordinateur… Alors qu’en réalité, la linéarité du livre, sa longueur d’écriture n’est pas exactement adaptée à la lecture sur support numérique…»

Pourquoi en est-on seulement là ? Et comment en est-on arrivé à ce stade ? Les trois premiers chapitres de l’article retracent l’histoire de notre personnage dans le monde de l’édition numérique telle qu’il nous l’avait racontée en 2008, et qui reste très instructive sous ce regard. Les quatre autres chapitres, en revanche, laissent la part belle à ses réflexions sur l’aujourd’hui, ici et maintenant en 2013, et sur l’avenir du livre numérique tel qu’il le perçoit…

Découvrez les sept chapitres de notre interview…

Écouter nos deux entretiens avec Jean-Pierre Arbon

Entretien en mars 2013 avec Jean-Pierre Arbon, ancien Directeur général de Flammarion et pionnier du livre numérique autour de ses réflexions sur l’aujourd’hui, et sur l’avenir du livre numérique.

Durée : 37mn Télécharger

Jean-Pierre Arbon, ancien Directeur général de Flammarion et pionnier du livre numérique nous raconte en 2008 son histoire dans le monde de l’édition numérique.

Durée : 74mn Télécharger

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