L’internet des objets
Demain des milliards d’objets, dans la maison, dans la ville ou que nous portons sur nous, nous permettront de mieux analyser notre quotidien.

L’internet des objets

Quand l’environnement quotidien devient connecté

L’internet des objets (en anglais Internet of Things ou IoT) a un temps fait figure de mythe. Mais force est de constater aujourd’hui que le nombre d’objets connectés monte en puissance. Nos maisons, nos appareils ménagers, nos compteurs et nos voitures sont de plus en plus équipés de capteurs et on porte même certains de ces objets sur soi. Des masses de données vont être stockées et elles permettront d’analyser de plus en plus finement nos activités et nos consommations quotidiennes. Le point sur ces développements avec Patrice Slupowski, directeur de l’innovation numérique et de NexT.com chez Orange.

CM : L’Internet des objets est en quelque sorte l’ultime évolution d’Internet. On en parle depuis plusieurs années, mais comment a-t-il évolué et comment se matérialise-t-il aujourd’hui ?

Patrice Slupowski : Ultime probablement pas, car l’Internet continuera à connaître des évolutions sans aucun doute, mais majeure oui, car on va passer d’un réseau où 2 milliards d’individus étaient connectés via un ordinateur ou un smartphone, à une toile beaucoup plus dense qui connectera 50 à 100 milliards de capteurs présents dans de très nombreux objets connectés. Derrière la plupart de ces objets il y aura des êtres humains dont les points de contact mutuels seront démultipliés.

Le nombre d’internautes avait déjà doublé ces dernières années sous l’effet de la démocratisation du smartphone et des tablettes qui deviennent les écrans les plus populaires pour l’accès à l’Internet. Non seulement les smartphones sont devenus des compagnons indissociables de notre quotidien, mais leur développement a permis une croissance fulgurante du marché des composants électroniques, ce qui fait qu’aujourd’hui des accéléromètres, des gyroscopes, des puces GPS et de nombreux autres capteurs sont disponibles à faible coût. Ce sont tous ces capteurs qui permettent l’émergence de l’Internet des objets en lien avec les smartphones que ces nouveaux terminaux utilisent bien souvent pour transmettre leurs données.

CM : Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ces nouveaux objets intelligents ?

PS : Il y a des objets existants qui pour devenir «intelligents» (smart en anglais) vont intégrer une connexion, et de nouveaux objets inédits avec un usage bien précis.
Parmi les plus visibles aujourd’hui on peut citer la TV connectée (smart TV), la montre connectée (smart watches) ou encore les lunettes (smart glasses).
Au-delà de ces objets connus, on voit aussi apparaître de tout nouveaux terminaux comme les podomètres ou les bracelets de mesure (nombre de pas et distance parcourue, durée du sommeil, stress, rythme cardiaque, etc.), des boîtiers de connexion pour les voitures, pour la maison etc.
Dans toutes les industries, des objets vont intégrer de nouvelles fonctions pour devenir communicants et ils vont progressivement apparaître partout autour de nous.


De la télévision aux dispositifs qu’on porte sur soi ou «wearables», les objets connectés s’installent dans notre environnement. Source : Orange.

CM : Quels sont les grands domaines du quotidien qui vont être impactés par ces objets connectés ?

PS : Ils vont toucher tous les aspects de notre quotidien, en particulier la santé et le bien-être, l’alimentation, les transports, l’énergie et l’habitat, le sport, les divertissements et bien entendu les pièces de nos maisons.

Dans le domaine de l’énergie et des maisons intelligentes, les compteurs d’eau et d’électricité ont déjà commencé à transmettre des télérelevés plusieurs fois par jour. Des prises intelligentes surveillent la consommation et avertissent en cas de panne d’électricité. Des thermostats intelligents mesurent la température et ajustent le fonctionnement de la chaudière. D’autres capteurs surveilleront la présence de substances toxiques comme le monoxyde d’azote ou détecteront les incendies. Des porte-clés intelligents signaleront où se trouvent les clés perdues et un jour les clés disparaîtront : les portes s’ouvriront toutes seules quand nous approcherons avec nos smartphones… et le réfrigérateur passera des commandes de réapprovisionnement tout seul quand il n’y aura plus de soda…

Côté transports, nos voitures seront bientôt équipées de boitiers qui transmettront tous les paramètres de fonctionnement du moteur et des systèmes électroniques mais aussi la position du véhicule, les paramètres de conduite, la vitesse, etc. Cela permettra beaucoup de choses : prévenir les pannes en appelant le garage avant le problème, être averti d’une tentative de vol, payer le parcmètre automatiquement dès qu’on coupe le contact, etc.

Dans le domaine de la santé et du bien-être, le suivi médical des patients mais plus fortement encore l’accompagnement de chacun dans sa vie quotidienne vont créer une sorte de capacité scientifique personnelle. Il y a aujourd’hui un phénomène important  d’automesure de soi baptisé «Quantified self» : des centaines de milliers de personnes, suivent en permanence les chiffres de leur vie : leurs mouvements et déplacements, leur sommeil, leur nutrition, leur poids, leur niveau de stress. Des algorithmes permettent d’analyser l’évolution de ces chiffres dans le temps et de proposer des services de coaching qui vont permettre à chacun de se connaître et même de s’améliorer. Perdre du poids, mieux dormir, se sentir moins stressé, sont des promesses qui vont devenir bien plus accessibles grâce à ces objets compagnons.
Dans le domaine médical, l’Internet des objets c’est aussi plus de confort pour vivre avec des maladies chroniques comme le diabète ou les maladies cardio-vasculaires

 Les objets connectés réalisée par Universcience
Une vidéo de Camille Le Bris sur les objets connectés réalisée par Universcience – Cité des Sciences et de l’Industrie de La Villette. Cliquez sur l'image

CM : L’Internet des objets est également lié au Big Data, car les capteurs produisent des masses de données. Qui va les conserver ?

PS : Aujourd’hui les données sont souvent conservées par le fabricant du terminal qui propose un service en ligne. Ces services sont en général en dehors de France et si on dispose de plusieurs terminaux de marque différente, il y a autant de lieux de stockage qu’il y a de fournisseurs. Les utilisateurs ne contrôlent pas vraiment ce qui est fait avec leurs données et la fiabilité n’est pas forcément garantie.
Il sera donc essentiel que ces données soient conservées dans un lieu digne de confiance, car elles vont souvent être personnelles voire intimes. A cet égard, Orange, qui s’est engagé de manière très claire au sujet des données et de leur sécurité, de leur maîtrise par les clients et de la transparence de leur utilisation, proposera une solution de conservation bâtie autour du Cloud d’Orange.

CM : Quel est l’intérêt de ces données pour les utilisateurs et pour les acteurs du monde numérique ?

PS : Les stocker dans un cloud sécurisé c’est aussi l’assurance de pouvoir utiliser des applications d’analyse, de visualisation ou de coaching qui pourront révéler tout le potentiel de ces données pour leur propriétaire. Ainsi tout le monde pourra apprendre des choses qu’il ne pouvait pas soupçonner sans étude poussée, que ce soit par l’analyse d’un type de données et encore plus par la corrélation mathématique entre l’évolution de deux ou trois types de données. Peut-être que la mémoire, le sommeil et la distance parcourue en une journée sont liés mais nous ne le savons pas encore…

CM : Il s’agit de données personnelles, il y a donc un enjeu important de protection de la vie privée. Où en est la réflexion à ce sujet ?

PS : La réflexion est partie de débats entre les acteurs du monde Internet.
Il est assez facile de comprendre à qui appartient un bien physique qui est unique et non duplicable. On sait qui le fabrique, qui le vend, qui l’achète. Pour des biens immatériels comme les données c’est nettement plus compliqué. Les données se dupliquent, se stockent, se transmettent. Il est plus difficile de savoir qui en est propriétaire et de les protéger, surtout quand elles sont placées dans un appareil électronique connecté à un réseau. Il y a des tentatives de piratage, de vol ou d’extorsion d’informations personnelles, souvent à des fins d’usurpation d’identité, etc. Quelques acteurs du monde internet ont même décidé que les données utilisateurs qu’ils stockaient leur appartenaient ou qu’ils en détenaient tous les droits d’exploitation.

Pour un opérateur comme Orange, c’est une évidence, nous parlons ici de données personnelles, alors avant même d’avoir envisagé l’immensité des champs d’application et des usages, nous avons souhaité nous engager en signant, courant novembre, une charte de protection des données personnelles. Elle comporte quatre engagements : la sécurité de ces données ; leur contrôle par les clients ; la transparence dans leur gestion ; et l’accompagnement des clients pour les aider à protéger leur vie privée et à gérer leurs données personnelles. Nous affirmons clairement que les données produites par nos clients leur appartiennent et, dès lors, notre rôle est de les aider à exercer leur droit de propriété.


Les perspectives de vente des «wearables» selon une étude 2013 de ABI Research.

CM : Combien d’objets connectés utilisez-vous ?

PS : J’en utilise trois au quotidien. J’ai une balance connectée wifi (Withings) dont je me sers tous les matins et qui mesure mon poids et mon taux de masse graisseuse. J’ai à la taille un podomètre électronique (Fitbit) qui suit depuis trois ans et demi mes pas, la distance que je parcoure, le nombre d’étages montés, et la nuit il s’installe à mon poignet pour mesurer la durée et la qualité de mon sommeil. A la maison j’ai une prise intelligente Orange MyPlug qui surveille mon alimentation électrique et m’avertit en cas de panne de mon réfrigérateur. J’utilise aussi trois smartphones, un PC et une tablette mais ça ne compte pas…

Une vidéo de la Chaîne techno 01net expliquant le fonctionnement de la balance connectée Withings.

CM : Quels sont les développements en cours chez Orange ?

PS : Nous développons un tableau de bord permettant à chacun de nos clients de visualiser et de sécuriser l’usage de ses données personnelles.
L’année dernière nous avions lancé un prototype d’application mobile innovante,  nommé Bodyguru, agrégeant les données de six terminaux différents autour du nombre de pas, de la mesure du poids et du sommeil. Cela nous a permis de comprendre beaucoup de choses sur les attentes de nos clients autour de l’agrégation des données.

Nous aurons très bientôt l’occasion de distribuer une sélection d’objets connectés en ligne et dans nos boutiques et nous travaillons à l’extension du Cloud d’Orange aux données de l’Internet des objets.

CM : Au-delà de ce qui existe aujourd’hui, quelles sont les perspectives de développement envisagées pour demain ?

PS : Derrière tous ces objets, il y a souvent la créativité d’une start-up qui va tout faire pour apporter quelque chose d’inédit et cette course à l’innovation est passionnante. Certains de ces objets resteront des gadgets mais d’autres prendront demain une place absolument évidente dans notre vie quotidienne.

Dans tous les cas, la vision que nous avons pour demain c’est celle d’une accélération de l’internet des objets dans tous les domaines pour donner naissance à une myriade d’objets connectés qui sont autant de nouvelles occasions de relier les êtres humains entre eux.

Et pour aller plus loin

La vidéo de présentation du dernier objet connecté développé par la start-up Sen.se : Mother.

 

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